Risque de guerre civile dans le sud de Madagascar


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    Le 12 février 2015, 3 gendarmes sont tués dans la région de Tsaraitso et cela montre que le problème des Dahalos n’a jamais disparu et que le gouvernement a juste tenté de le cacher sous un tapis d’annonces solennelles. On assiste à une escalade de la violence et des exactions. Les forces de l’or sont totalement démunis puisqu’ils n’ont pas les moyens de faire face à un soulèvement général de la population. Les prétendus Dahalos sont juste des paysans affamés qui ont dû abandonner leurs terres pour devenir des voleurs de grands chemins. Avec l’enrichissement du vol de zébus, ces Dahalos ont désormais suffisamment d’argent pour influencer les personnalités locales.

    Une reddition de 4000 dahalos sur le papier

    Il y a quelques mois, le gouvernement avait lancé l’opération Dahalo Miova-Fo pour que les Dahalos rendent les armes en échange d’une amnistie et d’aides pour démarrer une nouvelle vie. L’annonce officielle disait que 4000 Dahalos avait accepté de se rendre, mais on n’a jamais pu le mesurer sur le terrain. Selon les témoignages des rares journalistes qui ont enquêtés sur place, la reddition concernait au maximum 158 personnes dans l’extrême sud de Madagascar tandis que la majorité des Dahalos était déjà remontée vers le nord.

    Le phénomène des Dahalos est très intéressant à observer si on regarde leur évolution ces derniers mois par rapport à leur perception par la population locale. Si les Dahalos se livrent à une guerre acharnée contre les forces de l’ordre, les populations locales ont tendance à les considérer comme des alliés. En effet, de nombreux nouveaux Dahalos (qui faisaient partie de la population locale) aident les paysans en leur donnant de l’argent et de la viande. Cela explique aussi la grand difficulté des forces de l’ordre à les traquer puisque une grande partie de la population les cache ou donne de fausses informations sur leur emplacement. Cela crée un cercle vicieux où ces forces de l’ordre commettent parfois des abus pour forcer les paysans à révéler les informations et ces derniers se rapprochent de plus en plus des Dahalos.

    Une bombe à retardement pour le gouvernement

    Le gouvernement semble impuissant face à cette nouvelle menace. Ou plutôt une ancienne menace qui a pris de l’ampleur. Le Sud de Madagascar fait face à une sécheresse et un état de famine généralisée et le gouvernement fait la politique de l’autruche plutôt que de faire des actions concrètes sur le terrain. Selon les témoignages des chauffeurs des Taxi-brousse et des voitures de location reliant la capitale vers les villes du sud, les attaques sont de plus en plus nombreuses et des criminels d’autres villes profitent de la cacophonie pour détrousser les passagers. Parfois, les chauffeurs forment une caravane de 5 voitures et cela ne suffit pas à décourager les Dahalos. Mais les Dahalos ne sont le seul problème.

    Des rumeurs sur des gangs de criminels étrangers

    Des témoins dans la ville de Fianarantsoa rapportent qu’ils voient des étrangers qui partent de plus en plus vers le Sud. A la fin de 2013, les médias malgaches avaient publiés plusieurs reportages qui montrent que des personnes d’origine russe s’étaient établis dans les régions isolés du sud de Madagascar pour exploiter illégalement l’or et d’autres métaux précieux. Si les Dahalos et ces entités étrangères forment une alliance, alors cela risque devenir une situation explosive pour le gouvernement.

    Il faut absolument que le gouvernement fasse des actions concrètes sur le terrain. Il ne suffit pas de laisser pourrir la situation pour penser que tout va s’arranger. Le sud de Madagascar représente une grande partie du pays et une aggravation de la situation pourrait provoquer un blocage généralisé avec le nord du pays. Sérieux, est-ce qu’on a déjà oublié le bordel qui a été provoqué par les barrages de Brickaville pendant la crise de 2002 ? On pourrait dire que le gouvernement est impuissant, mais de simples actions suffiraient à renverser la balance.

    Par exemple, le déblocage d’aides considérables en faveur de la population du sud contribuerait à apaiser la colère des paysans qui sont injustement abandonnés par le gouvernement et la population au nord du pays. En effet, il serait malhonnête de rejeter la faute au pouvoir central puisque le nord du pays ne s’est jamais empressé de s’occuper des problèmes dans le sud.

     

    Madagascar : Entre crises perpétuelles et espoirs sans lendemain

    Si dans les cartes postales, Madagascar possède une image idyllique, faisant baver les occidentaux qui respirent de la brique à longueur de journée, la réalité est toute autre. Pauvreté, misère, famine, corruption, népotisme, autant de mots qui sont coupables des maux malgaches.

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    Boubakar Nguema

    Journaliste et réalisateur. Couvre principalement l'actualité africaine et panafricaine.

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