Madagascar, un cadenas liberticide sur la liberté de la presse

Avec le Code de la Communication, le gouvernement propose des mesures liberticides qui menacent la liberté d’expression et celle de la presse. Vu la sévérité des peines pour une simple diffamation, on peut se demander sur la définition de la liberté dans ce pays.


Avec le Code de la Communication, le gouvernement malgache propose des mesures liberticides qui menacent la liberté d'expression et celle de la presse.

Le nouveau code de la communication fait grincer les dents. Il aurait mieux valu l’appeler comme le code pour protéger les magouilles et les copinages dans les méandres du pouvoir. Quand on regarde ce code, il n’y a rien sur la communication, mais plutôt un copier-coller de la loi sur la cybercriminalité. C’est comme si c’était désormais illégal d’utiliser sa liberté d’expression et celle de la presse. L’article 20 de ce code interdit de parler de la vie privée des politiciens et de critiquer les actions de l’Etat. Une mesure étrange puisqu’un politicien élu, par définition, n’a pas de vie privée en soi, car toutes ses actions sont publiques. Les médias se fichent de ce qu’un politicien peut faire un samedi soir, mais quand il prend des décisions qui peuvent influencer les actions dans le pays, alors il faut en informer le public. De plus, si des actions en privé sont liées à la fonction publique, alors c’est cette dernière qui prévaut.

L’interdiction de critiquer l’Etat est une aberration puisque c’est à l’encontre même de la liberté de la presse. Ce code de la communication montre une grande méconnaissance du fonctionnement des médias et de leur rôle de contre-pouvoir face au gouvernement. De plus, il montre également que le gouvernement a dû mal à gérer sa propre communication et qu’il verrouille tout pour être tranquille.

Et si on regarde les peines proposées par le Code de la Communication, on peut dire que la Corée du Nord pourrait être fière de l’évolution de . Si vous diffamez un agent public ou une entité de l’Etat, alors vous risquez une peine de prison de 2 à 5 ans et d’une amende de 2 millions à 100 millions d’ariary (soit près de 27 000 euros). Pour mettre cette débilité en perspective, les pédophiles risquent une amende de 2 millions à 10 millions d’ariary. C’est uniquement dans ce pays où la diffamation est plus grave qu’un acte aussi abject que la pédophilie. Cela montre que les gouvernants sont dans une sorte de sacralisation du pouvoir et si on les laissait faire, alors ils n’hésiteraient pas à proposer un crime pour blasphème au roi. C’est un gâchis monstrueux. Le Code de la communication a mis 10 ans à débarquer et on a juste un code totalement liberticide. On savait que la liberté était fragile dans ce pays, mais on peut dire que ce Code lui a mis une balle dans la tête.

 

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Boubakar Nguema

Journaliste et réalisateur. Couvre principalement l'actualité africaine et panafricaine.

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