Baisse des prêts chinois en Afrique : Le continent n’intéresse-t-il plus l’Empire du milieu ?


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  • En 2020, les prêts de la Chine en Afrique ont atteint 1,9 milliards de dollars, soit un montant divisé par 4 par rapport aux années précédentes. Est-ce que la Chine est déçu de l’Afrique et que l’argent ne coulera plus à flot ? C’est certain que la Chine change sa logique vis à vis des prêts, mais ce ne sont pas les principales raisons.


    En 2020, les prêts de la Chine en Afrique ont atteint 1,9 milliards de dollars, soit un montant divisé par 4 par rapport aux années précédentes. Est-ce que la Chine est déçu de l'Afrique et que l'argent ne coulera plus à flot ? C'est certain que la Chine change sa logique vis à vis des prêts, mais ce ne sont pas les principales raisons.

    Un rapport de l’université de Boston estime que la Chine a octroyé 1,9 milliards de dollars en Afrique en 2020 alors que les années précédentes, on avait une moyenne de 8 milliards de dollars. Quand ils ont vu cette baisse, certains analystes ont estimé à tort que ça y est, la Chine se retire de l’Afrique et que ses investissements n’ont rien donné. Mais la Chine peut modifier sa logique d’investissement et surtout, elle ne change pas de plan tous les 4 matins.

    La première raison, qui explique cette baisse, est le COVID. Avec les confinements qui ont duré plusieurs mois en Chine sans oublier que les autorités chinoises, quand ils ont une crise, font comme la tortue, se recentrent sur eux-mêmes, a impliqué que les dignitaires et les entreprises chinoises n’ont pas pu visiter de nouveaux pays pour trouver des opportunités d’investissement.

    Et on le voit avec les pays qui ont reçu les prêts chinois en Afrique en 2020 qui sont l’Ouganda, le Ghana, la RDC, le Mozambique, le Burkina Faso, Madagascar, le Rwanda et le Lesotho. A part le Ghana, les autres pays dans cette liste ne sont pas de gros emprunteurs vis à vis de la Chine. Par exemple, les 5 pays africains les plus emprunteurs de la Chine sont l’Angola, l’Ethiopie, la Zambie, le Kenya, l’Egypte.

    La seconde raison est le tir de contre-batterie de l’Occident avec ses missiles comme le FMI, la Banque mondiale et les agences de notation. En exploitant le COVID, ils ont utilisé une culpabilité digne de l’Ancien Testament en disant que les pays africains étaient trop endettés ce qui n’est tout simplement pas vrai. Ainsi, plus de 64 pays dans le monde ont une dette qui surpasse les 60 % du PIB. Mais c’est étrange, car sur ces 64 pays suffisamment endettés, le FMI considère exclusivement qu’il y a un « problème » avec 12 de ces pays et encore plus étrange, mes aieux, ces 12 pays sont tous africains.

    Et comme les élites africaines ne comprennent pas encore le mal que peuvent faire des machins comme le FMI et la Banque mondiale, alors ils tombent dans le panneau. Ils sont plus réticents vis à vis des prêts et ils demandent de l’argent par d’autres moyens… comme par exemple, des prêts spéciaux auprès du FMI et de la Banque mondiale…

    Cependant, les autorités chinoises ne tombent pas dans ce panneau d’hypocrisie. Ainsi, l’Ouganda ou le Ghana sont considérés comme des pays assez endettés par le FMI et pourtant, ils ont reçu des prêts chinois en 2020. De là à dire que la Chine s’en contrefout des discours larmoyants et culpabilisant sur la dette africaine, il n’y a qu’un pas qu’elle n’a pas hésité à franchir.

    Maintenant, qu’est-ce que cela implique pour les prêts chinois en Afrique dans le futur ? Est-ce qu’il y aura une baisse ? Il faudra attendre plusieurs années pour s’en apercevoir. Car on le voit actuellement, la Chine combat toujours le virus et elle a aussi d’autres priorités comme la question taïwanaise et empêcher que l’OTAN s’étendent à l’Asie. Mais la Chine ne va pas abandonner l’Afrique de sitôt. Et la preuve est que chaque année, la tournée diplomatique de la Chine commence par l’Afrique.

    De plus, il est également faux de dire que la Chine se contente désormais de financer des petits projets. Car même si la quantité des prêts a baissé, le montant n’a pas baissé. En moyenne, un prêt chinois à un pays africain est de 150 à 200 millions de dollars et en 2020, cette moyenne est resté autour de 170 millions de dollars. Il faut également inclure un changement de politique interne, par exemple, Madagascar joue actuellement la carte du plus offrant avec les occidentaux et les chinois et le gouvernement actuel penche davantage vers le FMI et la Banque mondiale.

    La Chine ne change pas sa politique vis à vis de l’Afrique, mais les termes peuvent changer. L’Empire du Milieu possède de l’argent si besoin, mais c’est aux pays africains d’être plus actifs dans la demande des prêts. Si l’Afrique propose de grands projets de développement, alors on voit que les autorités et les entreprises chinois accourent à toute vitesse pour satisfaire ces demandes. Et il n’y a pas que l’Etat. Car le pays compte également sur les investissements directs par les entreprises chinoises pour compenser l’absence de l’Etat chinois.

    En gros, l’Etat chinois ne peut pas fournir des financements massifs sans des projets concrets derrière. Car vu la corruption rampante des pays africains, cet argent servirait à enrichir les élites africaines pour s’acheter de nouveaux immeubles dans les quartiers chics de Paris. La logique des prêts chinois a changé dans le sens que la Chine attend davantage de projets concrets et une meilleure relation diplomatique avec la Chine.

    En bref, la Chine demande à l’Afrique de « ne pas creuser le puit en étant assoiffé » qui est un proverbe chinois qui implique qu’on ne doit pas se précipiter pour accepter la moindre offre quand on est dans l’urgence, car c’est le meilleur moyen de se faire baiser.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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