L’IPEF est une coquille vide contre le dragon


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  • Un navire nommé IPEF conduit par les américains veut soumettre l’Asie, mais c’est une coquille vide tandis qu’en face, le porte conteneur chinois RCEP écrase tout sur son passage.


    Un navire nommé IPEF conduit par les américains veut soumettre l'Asie, mais c'est une coquille vide tandis qu'en face, le porte conteneur chinois RCEP écrase tout sur son passage.

    Annoncé de façon tonitruante comme Ze solution pour contrer la Chine, l’IPEF est davantage une déception ou une franche rigolade quand on regarde ses détails et quand on le compare aux colosses de libre-échange mis en place par la Chine avec les pays de l’ASEAN et ses voisins.

    L’IPEF pour Indo-Pacific Economic Framework est une initiative américaine en intégrant 12 pays pour renforcer le développement économique dans des secteurs tels que l’économie numérique, les chaines de logistique, l’économie verte, la transparence des entreprises et la lutte contre la corruption. Et les aspects de ces secteurs sont l’inclusivité, l’économie durable, la compétitivité et l’équité. C’est à dire des termes qui ne veulent rien dire et qui ont été inventé par des marketeux médiocres pour faire croire qu’ils sont intelligents.

    Si l’IPEF est Ze Solution pour contrer la Chine, alors on peut dire que le dragon peut dormir tranquille sur ses deux oreilles. Il y a 12 pays en plus des USA qui ont rejoint l’IPEF et on peut citer l’Inde, l’Australie, Brunei, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, les Philippines, Singapour, la Corée du Sud, la Thailande et le Vietnam. C’est sûr que certains de ces noms peuvent faire saliver, car ils représentent parmi les économies les plus dynamiques au monde.

    Ainsi, l’Indonésie subit la plus grande mutation économique de son histoire pour devenir un géant qui pourrait surpasser la Chine. Les Philippines viennent d’élire un nouveau président qui va booster les investissements dans les infrastructures. Mais le principal problème de l’IPEF est qu’il manque cruellement de détails sur les aspects concrets que peuvent bénéficier les pays signataires. On est aujourd’hui dans le nouveau monde et ce dernier est multi-polaire.

    Cela signifie que c’est débile de dire que tel ou tel pays, indépendamment de sa taille, est aligné avec untel ou avec l’autre. La multi-polarité implique de facto que chaque pays a son propre plan de développement et qu’il a maintenant le luxe de dire NON face à un Occident qui perd les pédales et qui subit un déclin accéléré dans tous les domaines.

    Et l’Amérique l’a répété à plusieurs reprises, l’IPEF n’est pas un accord de libre-échange. Ce qui signifie qu’il n’y aucune obligation légale pour les différents pays et chacun devra discuter avec l’autre dans chaque secteur. Cela va créer des négociations interminables de marchands de tapis. L’Amérique avait un accord de libre-échange avec l’Asie connu comme le TPP (Trans-Pacific Partnership) que les yankees avaient mis des années à négocier, mais un certain blondinet un peu fantasque à la Maison Blanche l’avait décapité de manière définitive.

    Je ne suis pas un fan du néo-libéralisme, mais un accord de libre-échange est quelque chose d’extrêmement régulé avec des mécanismes d’arbitrage. Et surtout, l’IPEF est encore une énième tentative pathétique d’imposer l’America First, un concept si cher au même certain blondinet à la Maison Blanche. Car sur l’annonce officielle de l’IPEF, on peut lire que :

    Avec 60 % de la population mondiale, l’Indo-Pacifique devrait être le plus grand contributeur à la croissance mondiale au cours des 30 prochaines années. Et le commerce avec l’Indo-Pacifique soutient plus de 3 millions d’emplois américains, tout en étant la source de près de 900 milliards de dollars d’investissements directs étrangers aux États-Unis.

    Ah ! Comme dirait l’autre. Et les populations des 12 autres pays de l’IPEF, on en fait quoi ? Ils doivent dire : : »Oui M’sieur, Bien M’sieur ?« . Grosso modo, l’IPEF veut imposer les produits américains aux pays asiatiques, car ils ont du fric, mais l’inverse n’est pas possible. Car jusqu’à aujourd’hui, les Etats-Unis n’ont pas encore levé leurs taxes douanières sur la Chine. Même si cette dernière n’est pas dans l’IPEF, cela peut faire hausser les sourcils aux pays de l’ASEAN, car ils voient que les USA les prennent pour des cons en mode : »Faites ce que je dis et non ce que je fais« .

    Pour se développer vers l’Asie, les USA doivent être un secteur industriel florissant ce qui n’est pas le cas. Ils doivent avoir une main d’oeuvre qualifiée et diversifiée ce qui n’est pas le cas. Ils doivent avoir des conditions de travail décentes ce qui n’est pas le cas. En fait, les Etats-Unis ne peuvent pas proposer le centième de ce que propose la Chine à ses partenaires. L’IPEF est une manière pour les américains de dire aux asiats : « Bon écoutez les mecs, on n’a rien à vous proposer face aux chinetoques, mais on espère revenir dans la course dans une cinquantaine d’années, mais en attendant, ne faites plus affaire avec la Chine« . C’est pas sérieux !

    Le pays le plus important dans l’IPEF est l’Inde qui a énormément traîné les pieds pour signer. Mais ils l’ont finalement fait comme un adulte qui serait constamment harcelé par un petit morveux qui lui réclame un bonbon. Comme il n’y a pas de contraintes sur l’IPEF, l’Inde peut signer et vaquer à ses occupations, dont la principale est de renforcer sa souveraineté dans les secteurs stratégiques. Par exemple, depuis très longtemps, les USA veulent mettre la main sur les données des internautes indiens, notamment pour renforcer l’hégémonie des entreprises comme Amazon et leur imposer des technologies comme leur 5G et l’intelligence artificielle. Alors que l’Inde fait exactement l’inverse. Elle développe justement le programme Semicon pour atteindre la souveraineté numérique que ce soit dans les semi-conducteurs et la couche logicielle.

    Ce serait très étonnant que l’Inde accepte des soumissions aux américains dans le cadre de l’IPEF et on a déjà vu que l’éléphant, par sa neutralité dans la crise ukrainienne, veut faire entendre son propre barrissement au reste du monde.

    Quand on regarde l’IPEF, alors c’est une coquille vide et fragile dans le grand pacifique alors qu’en face, on a des mastodontes comme le RCEP. Ce dernier est un accord de libre-échange entre la Chine, les pays de l’ASEAN, mais aussi le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou Singapour. Ce sont les mêmes que dans l’IPEF, mais le RCEP inclut 15 pays avec le Cambodge et le Laos que les américains ont refusé dans l’IPEF parce qu’ils étaient trop pro-chinois…

    On avait également Taiwan qui s’était mis à quatre pattes pour entrer dans l’IPEF, mais les Etats-Unis ont refusé… C’est sûr que c’est facile de faire de la sinophobie bête et méchante dans les médias ou sur les réseaux sociaux, mais c’est autre chose dans la réalité. Car si Taiwan était intégré dans l’IPEF, alors cela aurait impliqué que c’est un pays souverain et il est certain que cela aurait été du pain béni pour la Chine, car elle aurait eu sa justification pour envahir Taiwan. C’est le gros problème quand on base toute sa géopolitique sur le bluff. A un moment donné, personne ne vous prend au sérieux.

    Concernant le RCEP, il est lui-même la conséquence d’un accord de libre-échange entre la Chine et les pays de l’ASEAN en 2009. Et cela a donné des résultats époustouflants. Par exemple, le Vietnam avait 4 milliards d’exportations vers la Chine en 2008 et elle a atteint 40 milliards de dollars en 2020, soit une multiplication par 10 en une décennie. Cela signifie que tous les pays asiatiques voient les énormes bénéfices d’un accord de libre échange avec la Chine, mais ils n’ont rien de similaire avec les Etats-Unis, car l’approche américaine est de ponctionner ses alliés pour en faire des laquais qui deviendront ensuite des esclaves.

    On peut aussi comparer le volume commercial de ces pays vers les Etats-Unis et la Chine :

    Pays Volume commercial avec les Etats-Unis Volume commercial avec la Chine
    Inde 112,626 milliards de dollars 125 milliards de dollars
    Australie 38,90 milliards de dollars 159,2 milliards de dollars
    Japon 175,1 milliards de dollars 284,1 milliards de dollars
    Etats-Unis 755,6 milliards
    Brunéi 117 millions de dollars 2,7 milliards de dollars
    Indonésie 36,4 milliards de dollars 109 milliards de dollars
    Philippines 14,2 milliards de dollars 39,7 milliards de dollars
    Singapour 65,1 milliards de dollars 122 milliards de dollars
    Thaïlande 59,9 milliards de dollars 103 milliards de dollars
    Viêt Nam 112 milliards de dollars 133 milliards de dollars
    Malaisie 71 milliards de dollars 101 milliards de dollars
    Nouvelle-Zélande 7,28 milliards de dollars 18,42 milliards de dollars
    Corée du Sud 128,4 milliards de dollars 234 milliards de dollars

    Tous les pays, membres de l’IPEF, ont des volumes commerciaux largement supérieurs envers la Chine par rapport aux Etats-Unis. Mais le pire est que le volume commercial entre les Etats-Unis et la Chine est de 755 milliards de dollars… en faveur de la Chine bien évidemment. Quel monde étrange que le pays qui veut contrer la Chine est aussi le plus dépendant de cette dernière !

    Et ce n’est pas la première initiative moisie lancée par les Etats-Unis. Trump avait lancé le Blue Dot Network qui est un machin-truc pour certifier des infrastructures pour voir s’ils respectaient les normes américaines. En gros, vous aviez la bénédiction si c’est écrit « Made in USA » dans l’infrastructure et vous étiez un suppôt de Satan si c’est « Made in China« . La baudruche a dégonflé très vite.

    Ensuite, on a eu le Build Back Better World lancé par Biden pour combler le manque d’infrastructures dans les pays pauvres et émergents. Dans une annonce fracassante, Biden 1er le Sénile et ses sbires annonçaient un investissement global de 10 000 milliards de dollars. Et c’est là qu’on a eu cette réponse délicieuse des chinois à l’époque : »Nous nous demandons comme l’administration Biden va trouver 10 000 milliards de dollars alors qu’il n’est même pas foutu de trouver 1500 milliards de dollars pour le budget de son propre pays !« .

    Le RCEP, les chinois ont passé 10 ans à le négocier et ils ont dépensé des milliards de dollars en investissements sonnants et trébuchants pour prouver que cela vaut le coup de travailler avec le dragon. Les Nouvelles Routes de la Soie investissent 50 milliards de dollars par an depuis 10 ans et cela donne des résultats concrets dans de nombreux pays.

    Parce que le coeur de l’affaire est que l’Amérique avec son IPEF, son Blue Dot Network, son Build Back Better ou un autre machin-truc veut contrer les Nouvelles Routes de la Soie, mais ces dernières possède 1000 milliards de dollars en cash et non 1000 milliards de promesses avec une néo-colonisation typique de l’Amérique à la clé.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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