samedi , 18 novembre 2017

Mythes et légendes sur le Viagra pour femmes (Flibanserin)

Un médicament qui prétend être le Viagra pour les femmes pourrait être approuvé par la FDA, mais est-ce qu’il est vraiment efficace ?


Mythes et légendes sur le Viagra pour femmes (Flibanserin)

Un comité de conseillers de la Food and Drug Administration va voter si l’agence doit approuver le Flibanserin qui est un médicament très médiatisé et controversé qu’on surnomme le Viagra pour les femmes. La FDA a déjà rejeté ce médicament à 2 reprises en évoquant des risques pour la santé. En attendant cette décision, les partisans et les détracteurs du Flibanserin se battent sur tous les fronts. Les partisans estiment qu’une interdiction revient à faire de la discrimination contre la santé sexuelle des femmes tandis que les détracteurs estiment qu’on manipule la discrimination pour forcer la vente d’un médicament inefficace et dangereux sur le marché.

Les partisans du Flibanserin estiment qu’il y a eu 26 médicaments contre le dysfonctionnement sexuel pour les hommes qui ont été approuvés par la FDA et qu’il n’y en aucun pour les femmes. Dans les années 1990, Pfizer a commencé le développement d’un médicament appelé UK-92480 qui traitait l’angine et une pression sanguine élevée. Le médicament fonctionnait en inhibant l’enzyme qui provoque la contraction des vaisseaux sanguins. La théorie est que si on bloquait ce processus, alors les cellules se relaxeraient et cela améliorerait la pression sanguine. Toutefois, l’UK-92480 n’a pas fonctionné comme prévu. Les essais ont montré que le médicament amplifiait les effets des nitrates, qui étaient le traitement standard pour l’angine, en provoquant une baisse drastique de la pression sanguine. Et les effets secondaires de l’UK-92480 incluaient des douleurs musculaires et une érection qui durait plusieurs jours après la prise du médicament.

En voyant que l’UK-92480 n’était pas un traitement viable pour l’angine, Pfizer a exploité les effets secondaires en le transformant comme un traitement contre les problèmes d’érection. L’UK-92480 était beaucoup plus efficace qu’un placebo et en 1998, la FDA a approuvé ce nouveau médicament et il avait reçu un nouveau nom avec le Viagra. En 17 ans, il y a eu de nombreux médicaments qui se sont basés sur les mécanismes du viagra, mais un Viagra pour les femmes a brillé par son absence.

En suivant la seconde décision de rejet de la FDA sur le flibanserin en 2014, on a eu 2 campagnes médiatiques, à savoir, Even Score et Women Deserve pour inciter les groupes féministes à prendre parti sur le Flibanserin. Ces groupes ont commencé à lancer des pétitions et à faire du Lobbying chez les législateurs. La principale responsable de ces campagnes est Cindy Whitehead qui est la CEO de Sprout Pharmaceuticals qui possède le flibanserin. Cette femme a axé ses campagnes sur le terrain de la discrimination avec ce simple message : La FDA a approuvé 26 médicaments contre le dysfonctionnement érectile chez les hommes et aucun pour les femmes.

La campagne Even The Score a lancé une pétition pro-flibanserin qui a collecté 40 000 signatures. Le principal axe de propagande était : En 2014, l’égalité entre les hommes et les femmes doit être un standard lorsqu’on parle de traitement contre le dysfonctionnement sexuel.

Accusé de manipuler les données

Cependant, les critiques prétendent que la campagne Even The Score se base sur de la désinformation. Les 26 médicaments cités par la campagne concernent des aspects différents sur 4 problèmes de dysfonctionnement chez les hommes.

Les détracteurs détruisent aussi la statistique promue par la campagne sur le fait que 43 % des femmes américaines souffrent de dysfonctionnement sexuel. Ces chiffres proviennent d’une étude en 1994 qui se base sur des réponses Oui et Non sur une question si une femme avait déjà eu des dysfonctionnements. Mais l’étude n’a pas mesuré les données sur la nature du problème et même le principal auteur de l’étude a déclaré que cette statistique a été manipulée.

De même, Ellen Laan, chercheuse au Kinsey Institute et Leonore Tiefer, professeure de psychologie à la NYU School of Medicine, ont critiqué ouvertement une affirmation de la campagne womendeserve.org sur le fait qu’un problème biologique était responsable des effets négatifs sur le plan sexuel de 1 sur 10 femmes américaines. Ces 2 professeures écrivent qu’il n’existe aucun test de diagnostic qui identifie une cause biologique qui peut provoquer un désordre sexuel chez les femmes. Le manque de désir vient simplement d’une différence de désirs entre les 2 partenaires.

Ces 2 personnes ajoutent : C’est contre l’éthique et contre la méthode de scientifique d’attribuer des troubles dans un couple sur un déficit biologique de la femme. La preuve est que les chercheurs ont eu les mêmes résultats en utilisant des placebos et de prétendus Viagras pour les femmes. Les affirmations de ces campagnes ne se basent sur aucune preuve scientifique ou clinique.

De plus, Laan et Tiefer mettent l’emphase sur le fait que le Viagra et le Flibanserin ne sont pas des équivalents. Le Viagra traite un dysfonctionnement érectile tandis que Sprout prétend que le Flibanserin est un antidote contre le manque de désir sexuel des femmes. Le Viagra n’augmente pas la libido des hommes, mais il fonctionne comme un mécanisme qui permet l’érection. Ces chercheurs estiment que le Flibanserin est loin de résoudre les problèmes complexes des désirs des femmes. En fait, les dysfonctionnements sexuels entre l’homme et la femme ne sont pas équivalents et de ce fait, un Viagra pour les femmes ne conviendrait pas du tout aux femmes.

Le trouble du désir sexuel hypoactif et le DSM

La campagne pro-Flibanserin se base aussi sur une classification de l’American Psychiatric Association (APA) dans son édition de 1980. Cette association propose le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) qui répertorie tous les troubles mentaux reconnus par la psychiatrie. Il y a également des dysfonctionnements sexuels qui sont listés pour les hommes et les femmes. Ces dysfonctionnements sont séparés dans plusieurs catégories telles que la douleur, le plaisir, les difficultés physiques, etc. Le problème est que le Flibanserin prétend traiter le trouble du désir sexuel hypoactif, mais ce trouble a été supprimé du DSM en 2013.

Les psychiatres estiment que ce trouble réduit les problèmes de la femme à de simples difficultés physiques. Les problèmes sexuels d’une femme sont moins physiques et la femme ne sépare jamais le désir avec l’excitation. Cette dernière est totalement subjective pour les femmes et donc, il est impossible de les classer de manière précise. Les détracteurs du Flibanserin ont lancé leur propre campagne appelée New View Campagne. Et cette campagne estime que même les précédentes classifications du DSM sont réductrices dans la mesure où la psychologie regarde seulement s’il y a un problème physique et diagnostique en conséquence. En gros, si une partie du corps ne fonctionne pas sur le plan sexuel, alors il y a un problème, sinon tout fonctionne dans l’organisme, alors il n’y a pas de problème.

Et ce type d’affirmation du DSM a donné du carburant pour les partisans du pro-Flibanserin qui l’ont transformé en Viagra pour les femmes. Le matraquage publicitaire a donné de très mauvaises informations à une audience qui ne connaissait pas le fond du problème. On ne s’est pas posé la question si la pharmacologie est la bonne solution ou qu’on doit trouver d’autres approches pour avoir un traitement efficace.

Thea Cacchioni, professeure-assistante pour l’étude des femmes à l’université de Victoria a certifié contre le Flibanserin après le premier rejet de ce médicament par la FDA. Elle a affirmé que le Flibanserin ne traite aucune maladie qui est connue de la médecine ou de la psychologie. Elle a ajouté que même si on part à partir du trouble du désir hypoactif, il y a des dizaines d’éléments à prendre à compte. Comment déterminer le niveau d’un désir ? En sachant que ce concept varie pour chaque culture et pays et on sait que la plupart des problèmes de désir viennent de facteurs externes (problèmes de relation, jugements sociaux, pression sociale sur les femmes, stress, etc.).

On peut dire qu’une intervention purement pharmacologique n’est pas appropriée pour traiter le désir des femmes ou des hommes. C’est plus un problème philosophique et socio-culturel. On doit se concentrer sur les données et ne pas promouvoir des messages qui semblent simples, mais qui prouvent leur inefficacité par la même occasion.

Est-ce que le Flibanserin est efficace et sans danger ?

En premier lieu, on doit déterminer l’efficacité du Flibanserin. La preuve présentée à la FDA est assez subjective puisque les essais ont montré une augmentation de 0,7 pour les événements liés à la sexualité par mois. Mais est-ce que ce médicament est sans danger ? Les essais cliniques ont rapporté une baisse de 14 % sur les effets secondaires. Les données ne sont pas encore publiques et on ignore les détails de ces effets secondaires. Mais on sait que les femmes qui prennent du flibanserin vont souffrir 10 fois plus de vertige et 4 fois plus de somnolence.

Cela peut sembler mineur, mais le médicament a été testé sur un groupe sélectionné de femmes. On n’a aucune idée des effets secondaires si on l’applique à toute la population féminine qui le prendrait au quotidien. Et quels seront les effets sur l’interaction de ce médicament avec d’autres traitements ?

Est-ce que Sprout aura de la chance pour cette 3e demande par la FDA ? On l’ignore, car l’avis du Comité n’est pas une approbation, mais un simple conseil. La FDA a demandé les effets du Flibanserin sur la conduite en état d’ivresse, mais Sprout cache quelque chose. L’entreprise a fait les essais pour les effets sur la conduite sur seulement 25 personnes dont 23 étaient des hommes. L’excuse pathétique de l’entreprise a été qu’elle n’a pas trouvé suffisamment de femmes qui étaient des buveuses modérées au quotidien.

Les détracteurs espèrent que la FDA va rejeter le Flibanserin sinon la FDA envoie un message très dangereux sur le fait qu’un médicament peut arriver sur le marché s’il a bénéficié d’une bonne publicité et malgré le fait que ce médicament soit totalement inefficace.

Dans un récent article de Science 2.0, Josh Bloom, directeur des sciences chimiques et pharmacologiques à l’American Council on Science and Health à New York a déclaré que les études sur le Flibanserin montrent une amélioration statistique significative sur le désir sexuel, mais cette amélioration n’est pas la même chose que sur des essais cliniques. De plus, les améliorations ne sont pas conséquentes par rapport aux effets secondaires. Pour qu’un médicament soit réputé pour son efficacité, il faut une différence de 10 entre les avantages et les inconvénients. Dans le cas du Flibanserin, l’avantage est autour de 1,5. Et cela nous ramène à la question éternelle qui est posée par la FDA. Est-ce que les bienfaits d’un médicament valent les risques sur les effets secondaires ? Et la réponse a été non dans le cas du Flibanserin à 2 reprises.

Mais pourquoi Sprout s’entête avec le Flibanserin ? L’entreprise a été fondée par Cindy et Robert Whitehead et ils ont levé 50 millions de dollars pour sauver ce médicament de la disparition. Le créateur d’origine du médicament, l’allemand Boehringer Ingelheim, avait déjà abandonné le Flibanserin. Et comme le Viagra, ce médicament n’a pas été conçu pour traiter les problèmes de désir sexuel. À la base, c’était un anti-dépresseur et les anti-dépresseurs qui augmentent la sérotonine réduisent la réponse sexuelle. Mais le Flibanserin a réussi à l’améliorer en augmentant les niveaux des neurotransmetteurs de la dopamine et de la norepinephrine tout en baissant la sérotonine.

Le Flibanserin, une bataille idéologique plutôt qu’un médicament

Alors qu’est-ce que vous faites quand vous savez que votre médicament est inefficace ? Vous ne le vendez pas comme un médicament, mais comme une bataille idéologique. Les campagnes Even The Score et Women Deserve ont été financées par des millions de dollars pour créer un matraquage publicitaire en règle. Les campagnes ne s’attardaient pas sur les bienfaits scientifiques du Flibanserin, mais comme un moyen pour les femmes de se battre contre la société patriarcale qui refuse que les femmes soient considérées sur le même niveau que les hommes. Certains groupes féministes ont rejoint cette cause Marketing, mais d’autres associations ont refusé de donner leur support à cette propagande. On peut citer le National Council of Women’s Organizations, le Black Women’s Health Imperative, le Jewish Women International et l’Association of Reproductive Health Professionals.

Ellen Laan et Leonore Tiefer qui sont des sexologues professionnelles et de ferventes défenderesses des droits des femmes sur le plan sexuel ont déclaré qu’elles ont été horrifiées par ces 2 campagnes. Ces dernières manipulaient systématiquement les termes liés à l’égalité homme/femme pour forcer l’approbation de la FDA. Et il est normal que ces campagnes soient de la pure propagande puisqu’on peut vendre un prétendu Viagra Rose qui rapporterait des milliards de dollars à la société qui le commercialise. En 16 ans, il y a eu seulement 2 médicaments qui prétendaient traiter les dysfonctionnements sexuels des femmes et les 2 ont été rejetés. Le fait de ne pas approuver le Flibanserin ne relève pas du sexisme, mais juste le fait de suivre les lois en vigueur pour la mise sur le marché d’un médicament.

Les enjeux sont importants pour les 2 parties. Si la FDA approuve le Flibanserin, alors cela va représenter un marché de plusieurs milliards de dollars. Pour les détracteurs, cela sonnerait comme une catastrophe puisqu’on négligerait tous les autres aspects sociologiques, psychologiques et culturels des problèmes sexuels des femmes puisqu’il suffira de prendre une pilule. Et si le médicament est rejeté, alors on peut se demander ce qu’il adviendra de Sprout qui s’est déjà engagé avec un investissement de 50 millions de dollars.

 

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A propos de Houssen Moshinaly

Rédacteur en chef d’Actualité Houssenia Writing. Blogueur frénétique et précaire comme tout blogueur qui se respecte.

Pas de commentaire

  1. Le Viagra féminin ,,,flibanserin avait été étudié comme antidépresseur….vous voyez déjà que bien des cobayes ont été trompé .
    Ils décident de faire un Viagra féminin avec…dans le passé j’ai été cobaye ,,il ne fallait pas que je prenne aucune pilule autre… même pas contraceptif
    ..Alors cette étude n’a pas du faire de recherches sur ce qui arriverait si une femme qui prend un contraceptif et un antidépresseur aphrodisiaque et flibanserin.
    Si elle tomberait anceinte entre temps …….aussi la stimulation ovarienne vieilli avant son temps et engendre une ménopose précoce comme pour moi.

    Cela va coûté cher au compagnies pharmaceutique ….si cette réalisée se réalise……cette fois c’est toute la population mondial qui va le savoir …pas seulement les victime cobayes
    Que les chercheurs qui a mon avis manipulent les données pour le compagnies pharmaceutiques.

  2. Il est parfaitement connu que la contraception hormonale diminue la libido. les firmes pharmaceutiques gagent à tous les coups, avec ce viagra féminin, elles réparent la diminution de la libido due à la pilule! Merci Big Pharma.

    Votre pharmacien

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