Heart in the Box : Des coeurs réanimés après la mort des patients



Une technologie, qui permet de garder les organes en vie après la mort des personnes, peut sauver des vies, mais provoque aussi un débat éthique.

Des coeurs réanimés en externe après la mort des patients

Des chirurgiens en transplantation commencent à utiliser un appareil qui permet de réanimer des coeurs après que les personnes soient mortes. Une fois que les coeurs sont réanimés, on peut les transplanter pour sauver d’autres vies. Le Heart in a box est un chariot sur roue alimenté par de l’oxygène, une chambre stérile et des tubes dans le coeur du donneur pour l’alimenter avec du sang et des nutriments. Les médecins déclarent que cela permet au coeur de rester en vie après qu’il ait été séparé du corps. Cela permet aussi d’utiliser des coeurs provenant de personnes qui n’étaient pas éligibles auparavant.

Dans 15 cas, les chirurgiens en Angleterre et en Australie ont déclaré qu’ils ont utilisé le système pour transplanter des coeurs qui ont été enlevés de patients qui étaient morts. En général, ces coeurs proviennent de personnes qui ont une mort cérébrale. On enlève le coeur pendant que l’organisme des patients est encore en bonne santé. L’appareil, qui coute 250 000 dollars, a été développé par Transmedics, une entreprise basée au Massachusetts. L’appareil attend une approbation aux États-Unis et il permettrait d’augmenter la donation de coeurs de 15 % à 30 %. Cela permettrait de sauver la vie de centaines de personnes. Aux États-Unis, on compte actuellement 2400 transplantations du coeur chaque année et c’est un chiffre qu’on n’a jamais pu augmenter en 20 ans.

Au début d’année dans la revue The Lancet, des chirurgiens du St. Vincent’s Hospital à New South Wales ont décrit 3 cas dans lesquels ils ont attendu 2 minutes avant que le coeur de la personne soit arrêté et qu’ils commencent à l’enlever. En 20 minutes, ils ont attaché le coeur à l’appareil de Transmedics et il a recommencé à battre de nouveau lorsqu’on l’a alimenté avec du sang oxygéné et des électrolytes. Sans cet appareil, le coeur aurait été non viable selon Stephen Large, un chirurgien du Papworth Hospital en Angleterre : Cet appareil est vital. Le coeur bénéficie d’une infusion essentielle de sang pour restaurer son énergie. Ce médecin a déjà utilisé ce système dans 8 opérations de transplantation cardiaque.

Comprendre la mort cérébrale et celle par l’arrêt circulatoire

Les chirurgiens en transplantation reconnaissent 2 types de morts. Les personnes avec une mort cérébrale ou celles dont le coeur s’arrête à cause de l’arrêt de la circulation sanguine. Cette dernière est connue comme la mort circulatoire. Mais à la seconde où le coeur s’arrête, il est privé d’oxygène et les cellules musculaires commencent à mourir. Laissé dans la température du corps, on a un dommage qui s’appelle l’ischémie qui progresse rapidement. C’est pourquoi les chirurgiens en transplantation veulent des coeurs provenant de personnes avec une mort cérébrale. On peut refroidir le coeur dans l’organisme avant de les enlever et les livrer à une température de 4 degrés Celsius. Les températures froides ralentissent le taux du métabolisme de 90 % et cela donne du temps pour que le receveur l’obtienne dans les meilleures conditions. La plupart des organes transplantés incluant les reins sont préservés de cette manière.

Le système Heart in the Box

Le système Heart in a box fait partie d’un changement pour réduire cette procédure qui comporte de nombreux aléas. En gardant les organes dans un environnement chaud et dans un état fonctionnel, on obtient de bien meilleurs résultats. Dans une expérience, les scientifiques ont démontré qu’ils peuvent couper la jambe d’un cochon et le remettre 12 heures plus tard s’il est alimenté suffisamment. Selon Korkut Uygun, un chirurgien en transplantation au Massachusetts General Hospital : Le froid fait parti du passé tandis que la chaleur est la nouvelle tendance. La chaleur permet d’avoir des tissus qui sont actifs sur le plan métabolique.

Plusieurs petites entreprises travaillent sur des machines à perfusion qui se basent sur la chaleur. Par exemple, Organ Assist qui est basé aux Pays-Bas ou Organox qui se trouve en Angleterre. On a également Organ Solution qui est une Startup fondée par Uygun pour récupérer des foies auprès de donneurs morts. Uygun pense que la machine de Transmedics est encore trop chère et qu’elle n’est pas suffisamment automatisée. Par exemple, la quantité d’oxygène, qui atteint le coeur, n’est pas automatisée selon les besoins du coeur. Selon Uygun : Transmedics a ouvert la voie sur le court terme, mais il faudra beaucoup de progrès pour améliorer la transplantation d’organes. Il pense qu’on pourra récupérer des foies une heure après la mort du patient. Pour le moment, les personnes qui attendent un foie meurent dans la liste d’attente. On a besoin de beaucoup, mais beaucoup d’organes.

La transplantation d’ a peu évolué

La première transplantation du coeur date de 1967 en Afrique du Sud. Le coeur a été prélevé sur une femme qui avait subi un accident de voiture et qui était opérée dans un bloc. Son coeur s’était arrêté pendant l’opération et l’organe a été déplacé dans un second bloc juste à côté. Mais les chirurgiens avaient découvert que le coeur ne redémarrait pas une fois qu’il s’était arrêté et c’est pourquoi, toute la transplantation actuelle se base sur des personnes avec une mort cérébrale. Et le problème est qu’il n’y a pas suffisamment de donneurs avec une mort cérébrale selon Large, le chirurgien de Papworth. La crise est particulièrement grave en Angleterre où les armes à feu sont interdites. La situation est bien meilleure aux États-Unis où on compte 2 fois plus de donneurs grâce à la libre circulation des armes à feu.

Large estime que le fait de prendre des coeurs provenant de personnes mortes par l’arrêt de la circulation pourrait augmenter le nombre d’organes en Angleterre de 30 %. On pourrait passer de 50 à 180 coeurs par an. D’autres sont plus modérés puisque dans certains pays, les personnes avec un arrêt circulatoire représentent 15 % des dons d’organes. Les donneurs de l’hôpital de Papworth incluent des victimes d’accidents routiers ou ceux qui ont échoué à leurs suicides par pendaison. Les personnes qui se pendent subissent d’importants dommages au cerveau, mais ce n’est pas une mort cérébrale. Ils sont mis sous des ventilateurs mécaniques et certains meurent après que leur famille décide de les débrancher. Si les coeurs de ce type de patient s’arrêtent, le dilemme éthique concerne la durée d’attente des patients avant de prélever les organes. Aux États-Unis, la norme est de 5 minutes, mais en 2008, des chirurgiens au Colorado ont pris des coeurs en 75 secondes provenant de nouveaux nés qui avaient des dommages cérébraux.

Les coeurs réanimés peuvent poser des problèmes d’éthique

Robert Truog, un spécialiste dans l’éthique médicale de Hardward, pose la question qui peut poser un problème. Étant donné que les coeurs de ces personnes sont réanimés incluant dans d’autres corps, est-ce que ces donneurs sont vraiment morts ? Comment pouvez-vous dire que c’est irréversible quand la fonction circulatoire est restaurée dans un autre corps ? Nous tendons à oublier ce détail parce que nous voulons transplanter ces organes. Mon argument est qu’ils ne sont pas morts, mais ce n’est pas important du moment que leurs familles donnent le consentement. Ils sont en train de mourir et on peut utiliser leurs organes. La question d’éthique est si cela leur porte préjudice et je dirais que non. L’hôpital de Large, qui se trouve dans une région rurale à une demie heure de Cambridge, a même pris des étapes plus radicales selon une interview que le chirurgien a accordée.

Dans 7 des 8 cas qui ont impliqué l’appareil de Transmedics, son équipe a redémarré le coeur à l’intérieur du corps du patient. Suivant l’arrêt de la circulation, son équipe a attendu 5 minutes, ensuite, elle a coupé l’alimentation sanguine au cerveau et elle a réanimé le coeur sans l’enlever. De cette manière, l’équipe a transformé une mort circulatoire en une mort cérébrale avec un coeur qui bat. Avec le pompage du coeur, selon Large, il est possible de surveiller son état et maintenir le flux sanguin dans les reins et le foie ce qui permet de les préserver par la même occasion. Après avoir observé les coeurs qui battaient à l’intérieur des donneurs, les coeurs ont été enlevés et placés dans l’appareil de Transmedics pour les livrer aux récipients. Ces 7 cas n’ont pas encore été publiés dans une revue officielle, mais les 7 transplantations d’organe ont été parfaitement réussies. On a même identifié l’un des patients qui est Huseyin Ulucan, âgé de 60 ans, qui vit à Londres.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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