Tabagisme : L’industrie du tabac vise désormais les pays les plus pauvres

La sixième édition de Tobacco Atlas et son site Web TobaccoAtlas.org montre que l’industrie du tabac cible de plus en plus les populations vulnérables des marchés émergents tels que l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient où les populations ne sont pas protégées.


La sixième édition de Tobacco Atlas et son site Web TobaccoAtlas.org montre que l'industrie du tabac cible de plus en plus les populations vulnérables des marchés émergents tels que l'Afrique, l'Asie et le Moyen-Orient où les populations ne sont pas protégées.

Le rapport a été publié au 17e Congrès mondial sur le tabac ou la santé au Cap, en Afrique du Sud. L’Atlas, co-écrit par l’American Cancer Society (ACS) et Vital Strategies, détaille graphiquement l’ampleur de l’épidémie de tabagisme dans le monde. Il montre les progrès réalisés dans la lutte antitabac et décrit les derniers produits et tactiques déployés par l’industrie du tabac pour accroître ses profits et retarder ou faire dérailler les efforts de lutte antitabac. En réponse à l’évolution du paysage de la lutte antitabac, la sixième édition comprend de nouveaux chapitres sur la réglementation des produits novateurs, les partenariats, les tactiques de l’industrie du tabac et la lutte contre l’industrie.

L’hécatombe provoquée par le tabagisme

En 2016, le tabagisme a causé plus de 7,1 millions de décès dans le monde (5,1 millions chez les hommes, 2,0 millions chez les femmes). La plupart de ces décès étaient attribuables au tabagisme tandis que 884 000 étaient liés à la fumée secondaire. L’augmentation des maladies liées au tabac et des décès a été dépassée par l’augmentation des bénéfices de l’industrie. Les bénéfices combinés des plus grandes sociétés productrices de tabac au monde ont dépassé 62,27 milliards de dollars en 2015. Cela équivaut à 9 730 dollars pour le décès de chaque fumeur, soit une augmentation de 39 % depuis la publication du dernier Atlas alors que ce chiffre s’élevait à 7 000 dollars.

Chaque décès dû au tabac est évitable et chaque gouvernement a le pouvoir de réduire le poids humain et économique de l’épidémie de tabagisme selon Jeffrey Drope, PhD, co-éditeur et auteur de The Atlas. Les gouvernements commencent à résister à l’influence de l’industrie et à mettre en oeuvre des politiques de lutte antitabac éprouvées. L’Atlas montre que des progrès sont possibles dans toutes les régions du monde. Les pays africains en particulier sont à un point critique parce qu’ils sont des cibles de l’industrie, mais également parce que de nombreux pays africains ont l’occasion de renforcer les politiques et d’agir avant que le tabagisme ne soit à un niveau épidémique.

Les impacts sur la santé et l’environnement

Le tabac provoque des dommages à toutes les étapes de son cycle de vie, de la culture à l’élimination selon le Dr Neil Schluger, conseiller principal pour les sciences de Vital Strategies et co-éditeur et auteur de The Atlas. Il est lié à une liste de plus en plus importante de maladies, alourdit les systèmes de santé et exacerbe la pauvreté, notamment lorsqu’un soutien de famille tombe malade et meurt du tabagisme. Selon une estimation prudente, il y aurait plus de 7 millions de décès liés au tabac et des coûts économiques de deux billions de dollars (PPA) chaque année sans compter les coûts tels que ceux causés par la fumée secondaire et les dommages environnementaux et sanitaires causés par la culture du tabac.

L’usage du tabac et l’exposition à la fumée secondaire coûtent à l’économie mondiale plus de deux billions de dollars (PPA) chaque année soit près de 2 % de la production économique mondiale totale. Plus de 1,1 milliard de personnes sont des fumeurs tandis que 360 millions de personnes utilisent du tabac sans fumée. Les pays à revenu faible et intermédiaire représentent plus de 80 % des consommateurs de tabac et des décès liés au tabagisme ce qui place une part accrue des coûts liés au tabac parmi ceux qui peuvent le moins se le permettre. Une part croissante de ce fardeau tombera dans les pays d’Afrique à l’avenir si les gouvernements ne mettent pas en place immédiatement des politiques de lutte antitabac pour l’empêcher.

L’Afrique est à un tournant

La sixième édition de l’atlas du tabac révèle que l’industrie du tabac cible délibérément les pays qui manquent de lois de lutte antitabac et exploitent les gouvernements, les agriculteurs et les populations vulnérables à travers l’Afrique. En Afrique subsaharienne, la consommation a augmenté de 52 % de 1980 à 2016 (de 164 milliards à 250 milliards de tiges). Cela est dû à la croissance démographique et à la commercialisation agressive du tabac dans des pays comme le Lesotho où la prévalence est passée de 15 % en 2004 à 54 % en 2015. La croissance économique a augmenté la capacité des consommateurs à acheter des produits du tabac et il y a un manque des interventions antitabac visant à prévenir l’usage du tabac. En outre, dans des pays comme l’Éthiopie, le Nigeria et le Sénégal, le tabagisme est désormais plus répandu chez les jeunes que chez les adultes ce qui pourrait accroître le fardeau sanitaire et économique futur du tabac dans ces pays.

Pourtant, l’Afrique a également connu des succès réels dans la lutte contre le tabagisme récemment selon The Tobacco Atlas. Le Ghana et Madagascar ont introduit des interdictions globales sur la publicité, la promotion et le parrainage du tabac. Le Burkina Faso, Djibouti, le Kenya et Madagascar ont mis en place des avertissements graphiques sur les cigarettes qui est une intervention importante dans les pays à dialectes multiples et pour les citoyens des pays à faible niveau d’alphabétisation. L’Afrique du Sud a mis en place des augmentations consécutives de la taxe sur le tabac pour décourager la consommation et le Kenya a mis en place un système de suivi et de traçabilité très efficace pour suivre et réduire le commerce illicite. Ces pays donnent l’exemple aux autres à travers le monde.

Les autres exemples de politiques de lutte antitabac efficaces

  • Malgré les efforts déployés par l’industrie du tabac pour freiner les progrès, la consommation mondiale de cigarettes et la prévalence de l’usage du tabac ont récemment diminué grâce à une augmentation générale de l’adoption de mesures antitabac éprouvées et innovantes. Les taxes sur le tabac permettraient une réduction relative de 30 % de la prévalence du tabagisme d’ici 2025. Cela permettrait d’économiser 38 millions de vies et de 16,9 billions de dollars tout simplement parce que les anciens fumeurs seraient en meilleure santé.
  • En 2013, les Philippines ont mis en oeuvre l’une des plus importantes augmentations de la taxe sur le tabac dans un pays à revenu faible ou intermédiaire ce qui a incité plus d’un million de fumeurs à abandonner leur tige. Le Kenya a mis en place un système efficace de suivi et de traçabilité des produits du tabac qui a contribué à endiguer le marché illicite.
  • La stratégie globale de lutte antitabac de la Turquie a réduit la prévalence du tabagisme de 39,3 % en 2000 à 25,9 % en 2015.
  • Une analyse effectuée par le gouvernement australien a révélé que les emballages neutres ont entraîné à eux seuls 108 228 fumeurs de moins de décembre 2012 à septembre 2015.
  • Le Brésil a interdit tous les additifs pour le tabac tels que les arômes utilisés pour attirer les enfants. L’OMS prévoit qu’il y aura 3 millions de fumeurs de moins au Brésil entre 2015 et 2025.

Nous sommes fiers que nos deux organisations travaillent ensemble depuis près de deux décennies pour engendrer un monde en meilleure santé selon le Dr Otis Brawley, directeur médical de l’American Cancer Society. Les données de l’Atlas du tabac illustrent la gravité de l’épidémie, mais montrent également des progrès considérables dans les endroits où les gouvernements adoptent des solutions qui ont fait leurs preuves. Les données montrent clairement que des mesures telles que l’augmentation des impôts et l’adoption de lois sur l’air sans fumée à 100 % fonctionnent indiscutablement, mais trop de gouvernements ne se sont pas encore engagés à les adopter. Notre chance de sauver des vies réside dans cet écart.

Le meilleur moyen d’améliorer la lutte antitabac est la volonté politique selon José Luis Castro, président et chef de la direction de Vital Strategies. Les politiques de lutte antitabac fortes génèrent un retour sur investissement significatif et l’Atlas du tabac fournit les meilleures et les plus récentes données sur l’épidémie de tabagisme comme une ressource pour les gouvernements pour poursuivre des stratégies efficaces. De toute évidence, il y a un fossé entre les allégations de l’industrie du tabac sur la réduction des méfaits et son travail concret pour accroître le tabagisme parmi les populations vulnérables. Les gouvernements doivent rendre compte à leurs citoyens de la réduction du tabagisme et de l’amélioration de la santé. Nous exhortons les gouvernements, les défenseurs, les organisations et les personnes qui se soucient de la santé, de l’environnement et du développement à agir ensemble pour réduire cette épidémie d’origine humaine pour une planète plus saine.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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