lundi , 20 novembre 2017

L’évolution réduit les traits associés à la maladie d’Alzheimer et au tabagisme

Dans une étude qui a analysé un échantillon considérable de génomes dans la population américaine et britannique, les chercheurs rapportent que la sélection naturelle de l’évolution est constamment à l’oeuvre même dans des périodes courtes afin de réduire les traits associés à la maladie d’Alzheimer et au tabagisme important entre autres.


L’évolution réduit les traits associés à la maladie d’Alzheimer et au tabagisme
Dans une étude analysant les génomes de 210 000 personnes aux États-Unis et en Grande-Bretagne, les chercheurs de l’Université de Columbia ont découvert que les variantes génétiques liées à la maladie d’Alzheimer et au tabagisme important sont moins fréquentes chez les personnes ayant une durée de vie plus longue suggérant que la sélection naturelle éliminerait ces variantes défavorables dans les deux populations.

Les chercheurs ont également découvert que les séries de mutations génétiques qui prédisposent les personnes aux maladies cardiaques, à l’hypercholestérolémie, à l’obésité et à l’asthme apparaissent moins souvent chez les personnes qui ont vécu plus longtemps et dont les gènes sont donc plus susceptibles d’être transmis et répartis dans la population. Les résultats sont publiés dans PLOS Biology.1

C’est un signal subtil, mais nous trouvons des preuves génétiques selon lesquelles la sélection naturelle est constante dans les populations humaines modernes selon Joseph Pickrell, un généticien de l’évolution à Columbia et au New York Genome Center et co-auteur de l’étude.

De nouveaux traits favorables évoluent lorsque des mutations génétiques apparaissent pour offrir une meilleure survie. Comme les survivants de chaque génération transmettent ces mutations bénéfiques, les mutations et leurs traits adaptatifs deviennent plus fréquents dans la population générale. Même s’il faut parfois des millions d’années pour l’évolution des traits complexes, par exemple, pour la bipédie chez les humains, l’évolution se produit avec chaque génération, car les mutations adaptatives deviennent plus fréquentes dans la population.

La révolution génomique a permis aux biologistes de voir le processus de sélection naturelle en action en comparant le patrimoine génétique de centaines de milliers de personnes. En surveillant l’augmentation et la baisse relative des mutations spécifiques entre des générations de personnes, les chercheurs peuvent déduire les traits qui augmentent ou diminuent.

Les chercheurs ont analysé les génomes de 60 000 personnes d’ascendance européenne génotypées par la Kaiser Permanente en Californie et 150 000 personnes en Grande-Bretagne à travers la UBS Bankbank. Pour compenser le manque relatif de personnes âgées dans la Biobanque, les chercheurs ont utilisé l’âge des parents des participants à leur mort comme une référence puisqu’ils recherchaient l’influence de mutations spécifiques sur la survie.

On distingue 2 changements de mutation au niveau de la population. Chez les femmes de plus de 70 ans, les chercheurs ont vu une baisse de la fréquence du gène ApoE4 lié à la maladie d’Alzheimer. Les recherches précédentes montrent que les femmes ayant une ou deux copies du gène ont tendance à mourir plus tôt que celles qui n’en ont pas. Les chercheurs ont vu une baisse similaire, à partir de l’âge moyen, dans la fréquence d’une mutation du gène CHRNA3 associé au tabagisme chez les hommes.

Les chercheurs ont été surpris de trouver uniquement deux mutations communes sur l’ensemble du génome humain qui influencent fortement la survie. La puissance élevée de leur analyse aurait dû détecter d’autres variantes. Cela suggère que la sélection naturelle a purgé des variantes similaires de la population incluant celles qui agissent plus tard dans la vie comme les gènes ApoE4 et CHRNA3.

Il se peut que les hommes, qui ne portent pas ces mutations nocives, puissent avoir plus d’enfants ou que les hommes et les femmes, qui vivent plus longtemps, puissent aider leurs petits-enfants en améliorant leurs chances de survie selon Molly Przeworski, un biologiste de l’évolution chez Columbia.

La plupart des traits sont déterminés par des dizaines à des centaines de mutations et même dans un grand échantillon comme celui de cette étude, leur effet sur la survie est difficile à détecter selon les chercheurs. Pour contourner ce problème, ils ont examiné des ensembles de mutations associées à 42 traits communs allant de la taille à l’IMC (indice de masse corporelle) et pour chaque individu dans l’étude, ils ont déterminé la valeur du trait prédite en fonction de leur génétique et si ce trait a influencé leur survie.

Ils ont constaté qu’une prédisposition au cholestérol élevé, au cholestérol LDL (mauvais cholestérol, à un indice de masse corporelle élevé et aux maladies cardiaques était associée à des durées de vie plus courtes. Dans une moindre mesure, une prédisposition à l’asthme était également associée à une mort précoce.

Ils ont également constaté que ceux, qui étaient génétiquement prédisposés à la puberté retardée et en âge de procréer, vivaient plus longtemps. Un délai de puberté supplémentaire d’un an a réduit le taux de mortalité de 3 à 4 % chez les hommes et les femmes et un délai de procréation supplémentaire d’un an a réduit le taux de mortalité de 6 % chez les femmes.

Les chercheurs considèrent leurs résultats comme une preuve que des variantes génétiques, qui influent sur la fertilité, évoluent dans certaines populations américaines et britanniques. Mais ils font attention au rôle de l’environnement de sorte que les traits qui sont souhaitables aujourd’hui ne le soient peut-être pas dans d’autres populations ou dans le futur.

L’environnement change constamment selon Hakhamenesh Mostafavi qui est l’auteur principal de l’étude. Un trait associé à une durée de vie plus longue dans la population actuelle ne sera plus utile dans plusieurs générations ou même dans d’autres populations modernes.

L’étude est l’une des premières à examiner directement comment le génome humain évolue dans une période aussi courte d’une à deux générations. Comme de plus en plus de personnes acceptent le séquençage et l’étude de leurs génomes, les chercheurs espèrent que les informations sur leur durée de vie et le nombre d’enfants et de petits-enfants peuvent révéler d’autres indices concernant l’évolution de l’espèce humaine.

Sources

1.
Identifying genetic variants that affect viability in large cohorts. PLOS Biology. http://dx.doi.org/10.1371/journal.pbio.2002458. Accessed September 5, 2017.
N'oubliez pas de voter :
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (No Ratings Yet)
Loading...

Faites un don sur notre page Patreon

Quelle est la fiabilité de cette information ou étude ?

Aucun avis particulier

A propos de Jacqueline Charpentier

mm

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Timber by EMSIEN 3 Ltd BG