Les antidépresseurs pendant la grossesse doublent le risque d'autisme chez l'enfant, mais l'étude est très controversée

Une nouvelle étude relance le débat sur la prise d’antidépresseurs pendant la grossesse. Cette étude estime que cela double le risque d’autisme chez l’enfant. Mais cette étude possède 2 failles majeures.


Les antidépresseurs pendant la grossesse doubleraient les risques d'autisme chez l'enfant, mais l'étude est très controversée

Personne ne comprend pourquoi les cas d’ ont doublé ces 10 dernières années. De nombreux chercheurs disent qu’il n’y a pas d’augmentation, mais que l’autisme est plus accepté et qu’on rapporte plus de cas qu’auparavant plutôt que de les cacher comme une honte de la famille. On peut aussi noter une légère augmentation de l’autisme à cause de l’exposition aux toxines.

La prise d’antidépresseurs pendant la grossesse provoque une augmentation de 87 % de risque d »autisme chez l’enfant

Désormais, une nouvelle étude soulève des sourcils dans la psychiatrie et les neurosciences. Elle suggère que les femmes, qui prennent des antidépresseurs pendant leur grossesse, doublent leurs risques d’accoucher des enfants qui souffriront d’autisme. De nombreux épidémiologistes et psychiatres, qui ont analysé l’étude qui a été publiée dans JAMA Pediatrics, estiment qu’elle est défaillante et qu’elle risque de provoquer des paniques inutiles.

Mais ce n’est pas une nouvelle controverse. Des recherches dans des animaux ont montré que les antidépresseurs tels que le Prozac ou le Lexapro peuvent modifier certains aspects du développement neural pendant la phase fœtale. On a également une classe de médicaments appelés inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (SSRI) qui provoque ces modifications pendant le développement neurologique. Quelques études ont trouvé une petite corrélation entre l’utilisation des SSRIs pendant la grossesse et l’autisme, mais on peut aussi l’expliquer par d’autres facteurs tels que la sévérité de la dépression de la mère selon Lars Henning Pedersen de l’Aarhus University au Danemark. D’autres études n’ont pas trouvé de liens entre les antidépresseurs et l’autisme.

Dans cette nouvelle étude, l’épidémiologiste Anic Bérard de l’université de Montréal et ses collègues ont utilisé des données de 145 456 enfants qui sont nés au Québec de janvier 1998 à décembre 2009. Ils voulaient calculer les risques de l’autisme parmi les enfants dont les mères avaient pris des antidépresseurs pendant leurs grossesses. Parmi les mères qui avaient pris des antidépresseurs pendant le second ou le troisième trimestre, on a remarqué une augmentation drastique de 87 % sur les enfants atteints d’autisme par rapport aux mères qui n’avaient pas pris d’antidépresseurs. Et pour les mères qui avaient pris 2 types d’antidépresseurs pendant leur grossesse, les risques d’autisme chez leurs enfants ont été multipliés par 4.

2 failles majeures dans l’étude

Les auteurs estiment que les femmes enceintes, avec des dépressions modérées, ne doivent pas prendre d’antidépresseurs si c’est possible. Pour ce type de modération, l’exercice et la psychothérapie peuvent être d’excellentes alternatives selon Bérard. Cette chercheuse est aussi une consultante dans les plaintes judiciaires qui impliquent les antidépresseurs et les anomalies congénitales.

Certains estiment que ce sont des conclusions fausses et dangereuses si on regarde 2 critères. Le premier est faible présence de l’autisme parmi la population générale et le fait qu’une dépression pendant la grossesse, qui n’est pas traitée, peut provoquer une fausse couche. Actuellement, on a environ 1 % de cas d’autisme parmi la population. Et même si on considère l’augmentation de 87 % des risques d’autisme par cette étude, alors cela signifie qu’à peine 2 % des enfants pourraient développer l’autisme parmi la population. Cette augmentation, même si elle est avérée, ne compense pas les bienfaits des antidépresseurs pour une future mère qui souffre de dépression. Une dépression peut provoquer des tendances suicidaires ou l’utilisation de drogues illégales.

Mais la principale faille de l’étude est que des femmes enceintes, souffrant de maladies mentales, ont déjà des prédispositions pour accoucher d’enfants qui pourraient développer l’autisme selon Roy Perlis, un généticien de Harvard, mais également un consultant pour des startups de biotechnologie (un conflit d’intérêts possible). Même si les auteurs ont contrôlé les données pour exclure la dépression de la mère, ils n’ont pas mesuré la sévérité de la dépression selon ce chercheur. De ce fait, on ne peut pas dire si ces enfants ont développé l’autisme parce que leurs mères prenaient des antidépresseurs ou parce qu’elle avait une dépression sévère. De nombreuses études n’ont pas trouvé de lien entre l’ajustement de la sévérité de la dépression et l’autisme. Le risque est présent avec la maladie, pas avec le médicament.

Pour la plupart des chercheurs, il faut plus d’études et de résultats corroborants avant de tirer des conclusions hâtives.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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