Autisme : Le liquide céphalo-rachidien pourrait être un biomarqueur prometteur

Une recherche suggère que des problèmes dans le liquide céphalo-rachidien pourraient être un marqueur prometteur pour détecter l’autisme.


Une recherche suggère que des problèmes dans le liquide céphalo-rachidien pourraient être un marqueur prometteur pour détecter l'autisme.
A droite, un scan IRM cérébral d'un bébé de 6 mois qui a été diagnostiqué avec l'autisme à l'âge de 2 ans. L'espace noir entre le crane et le cerveau indique une quantité supplémentaire du liquide céphalo-rachidien. A gauche, le scan IRM d'un bébé qui n'a pas été diagnostiqué avec l'autisme à l'âge de 2 ans. On voit clairement une différence - Crédit : Carolina Institute for Developmental Disabilities (UNC-Chapel Hill)

Une recherche, menée par Joseph Piven de l’UNC School of Medicine, suggère que de nombreux enfants, diagnostiqués avec l’ à l’âge de 2 ans, possèdent une quantité supérieure du à l’âge de 6 à 12 mois avant qu’un diagnostic soit possible. Les chercheurs ont également découvert que la quantité supplémentaire du liquide céphalo-rachidien à l’âge de 6 mois est proportionnelle à la sévérité de l’autisme à l’âge de 2 ans.

Le liquide céphalo-rachidien est facile à voir dans les scans standards et il pointe vers un biomarqueur potentiel de l’autisme avant que les symptômes apparaissent selon Piven, auteur co-senior de l’étude. Nous pensons également que cela fournit une cible thérapeutique potentielle pour un sous-ensemble de personnes atteintes de l’autisme. Les travaux, qui seront publiés dans Biological Psychiatry, pointent vers un écoulement défaillant du liquide céphalo-rachidien comme l’une des causes possibles de l’autisme. 1

Nous savons que le liquide céphalo-rachidien est très important pour la santé du cerveau et nos données suggèrent que dans ce groupe d’enfants, le fluide ne s’écoule pas correctement selon Mark Shen, PhD et premier auteur de l’étude. Nous ne disons pas qu’il y a un seul mécanisme qui explique l’autisme pour chaque enfant, mais nous pensons qu’un écoulement incorrect du flux pourrait être un mécanisme important.

Jusqu’à la dernière décennie, les communautés scientifiques et médicales considéraient le liquide céphalo-rachidien comme une couche protectrice de fluide entre le cerveau et le crane, mais qui n’était pas important dans le développement du cerveau et le comportement. Mais ensuite, les scientifiques ont découvert que le liquide céphalo-rachidien agissait comme un filtre essentiel pour les déchets du métabolisme du cerveau.

Chaque jour, les cellules cérébrales communiquent les unes avec les autres. Ces communications font que les cellules cérébrales sécrètent continuellement des déchets tels que des protéines inflammatoires qui doivent être filtrées plusieurs fois par jour. Le liquide céphalo-rachidien gère ce processus et il est renouvelé avec un nouveau fluide 4 fois par jour chez les bébés et les adultes.

En 2013, Shen avait mené une étude sur le liquide céphalo-rachidien et avec les scans, ils avaient déjà découvert un lien entre l’écoulement incorrect et le développement de l’autisme par la suite. Mais cette première étude ne concernait que 55 enfants et 10 d’entre eux ont développé l’autisme par la suite. Cette fois, l’étude concerne 343 enfants dont 221 étaient des sujets à risque à cause de leur frère ou soeur qui avait déjà cette maladie. 47 enfants ont été diagnostiqués avec l’autisme dans les 24 mois et leurs scans étaient comparés à ceux des autres enfants qui n’ont pas été diagnostiqués avec l’autisme à l’âge de 24 mois.

Les enfants, qui ont développé l’autisme à l’âge de 2 ans, avaient 18 % de plus de liquide céphalo-rachidien lorsqu’ils avaient 6 mois. La quantité de liquide est restée élevée à 12 et 24 mois. Les enfants, qui ont développé l’autisme le plus sévère, avaient une quantité de liquide plus grande avec 24 %. De plus, la grande quantité de liquide à 6 mois était associée avec des capacités motrices réduites telles que le contrôle de la tête et des membres.

Normalement, on diagnostique l’autisme chez les enfants à l’âge de 2 ou 3 ans avec des symptômes comportementaux et on n’a pas encore de biomarqueurs précoces selon David G. Amaral, directeur de recherche à l’UC Davis MIND Institute. Le fait de trouver une altération dans la distribution du liquide céphalo-rachidien à l’âge de 6 mois est une découverte importante.

Les chercheurs ont découvert que le liquide supplémentaire a prédit un développement de l’autisme avec une précision de 70 %. Ce n’est pas un indicateur parfait, mais les différences sont détectables dans les scans standards. Étant donné qu’un écoulement incorrect du liquide peut avoir des effets négatifs sur des cerveaux en développement, il y a une possibilité qu’il joue un rôle dans l’apparition des symptômes de l’autisme.

Sources

1.
Shen MD, Kim SH, McKinstry RC, et al. Increased Extra-axial Cerebrospinal Fluid in High-Risk Infants who Later Develop Autism. Biological Psychiatry. March 2017. doi: 10.1016/j.biopsych.2017.02.1095

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

1 réponse

  1. Ianto dit :

    Sur la légende de l’image, il y a marqué « a droite » deux fois. Je suppose que le cerveau neurotypique se situe à gauche.

    Je n’aime pas du tout l’aspect normocentré de cet article, et la mention de « maladie » : « Cette fois, l’étude concerne 343 enfants dont 221 étaient des sujets à risque à cause de leur frère ou soeur qui avait déjà cette maladie. »

    l’autisme est une condition (trouble dans le dsm5 mais condition d’après le spécialiste international Laurent Mottron. Je pense que le mot « trouble » sera remplacé dans les prochaines classifications par « condition ») neurodéveloppementale.

    Personnellement quand je me mouche souvent j’ai ce liquide qui me sort par le nez, mais ma médecin de l’époque ne m’a pas cru, elle riait aussi quand je lui parlais d’autisme ou que le lui citais la prévalence de 1 personne sur 88.

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