Le virus Zika élimine les tumeurs cérébrales humaines chez les souris

Une étude publiée dans la revue Cancer Research, de l’American Association for Cancer Research, révèle le côté thérapeutique du virus Zika qui, en 2015, a inquiété les autorités sanitaires mondiales quand le lien entre l’infection du virus pendant la gestation et la naissance des enfants atteints de microcéphalie ont été établis. Aujourd’hui, ce virus Zika montre un effet thérapeutique sur des tumeurs cérébrales.


Une étude publiée dans la revue Cancer Research, de l'American Association for Cancer Research, révèle le côté thérapeutique du virus Zika qui, en 2015, a inquiété les autorités sanitaires mondiales quand le lien entre l'infection du virus pendant la gestation et la naissance des enfants atteints de microcéphalie ont été établis. Aujourd'hui, ce virus Zika montre un effet thérapeutique sur des tumeurs cérébrales.

Désormais, des chercheurs brésiliens de l’Université de São Paulo ont utilisé le virus Zika pour montrer, pour la première fois chez l’animal, l’effet délétère de l’injection d’une faible concentration du virus purifié sur des tumeurs cérébrales embryonnaires humaines induites chez des souris à faible immunité. Les études ont été réalisées à partir de lignées cellulaires humaines issues de 2 types de tumeurs embryonnaires du système nerveux central (SNC) : le médulloblastome et la tumeur tératoïde rhabdoïde atypique (AT/RT). Ce sont des tumeurs qui affectent principalement les enfants de moins de 5 ans.

La tumeur tératoïde rhabdoïde atypique et le médulloblastome

Les tumeurs du SNC sont les tumeurs les plus courantes chez les enfants et les adolescents selon Keith Okamoto, l’un des principaux auteurs de l’étude. L’incidence maximale de médulloblastome est chez les enfants âgés de 4 à 5 ans. L’AT/RT a une incidence plus élevée chez les enfants même les plus jeunes, jusqu’à 2 ans.

Chez 20 des 29 animaux traités avec le virus Zika dans l’étude, les tumeurs ont régressé. Dans 7 d’entre eux (5 avec AT/RT et 2 avec le médulloblastome), la rémission était complète. La tumeur avait disparu. Dans certains cas, le virus était également efficace contre les métastases, soit il éliminait la tumeur secondaire, soit il inhibait son développement.

Régression et disparition des tumeurs

Les cellules tumorales sont modifiées pour émettre de la lumière, qui peut être captée avec un équipement spécifique, produisant un signal coloré à l’endroit où se trouvent les tumeurs. Les images montrent l’évolution des tumeurs après l’injection du virus. Mayana Zatz, coordinatrice du centre et l’un des principaux auteurs de l’étude, n’hésite pas à qualifier les résultats de “spectaculaires”. Nous allons devoir gérer l’excitation et ne pas mettre la charrue avant les boeufs, il est très important de commencer avec 2 ou 3 patients, et si cela fonctionne, l’étendre à un plus grand nombre.

La prochaine étape sera de trouver des partenaires pour ce qu’on appelle les tests de phase 1, non plus chez les animaux, mais chez les personnes. Dans ce cas, principalement de petits enfants. Pour ce faire, il sera nécessaire d’obtenir le virus purifié en plus grandes quantités et produit selon les bonnes pratiques de culture requises pour les tests chez l’homme. Cette étape est traitée avec l’Institut Butantan, qui a déjà fourni les virus et collaboré avec la présente étude. À partir de là, il sera possible de créer un protocole d’application chez les patients.

Garantir la sécurité du virus Zika

Il faut garantir que le virus Zika est sans aucun danger pour progresser dans l’essai clinique. À cet égard, les résultats du papier sont prometteurs. Des concentrations d’une particule virale pour 10 cellules étaient suffisantes pour infecter et tuer des cellules dérivées de tumeurs AT/RT et du médulloblastome. En outre, le virus a montré une haute spécificité pour ce type de cellules.

Le virus n’a pas infecté les cellules tumorales de façon indiscriminée selon Okamoto. Il est tout à fait spécifique pour les cellules tumorales du système nerveux. En outre, il n’a pas non plus infecté les neurones déjà différenciés ce qui est un comportement très avantageux s’il est répété chez l’homme avec une tumeur cérébrale. Les chercheurs ont également testé in vitro la fonctionnalité des virus formés dans les cellules tumorales après l’infection. Les résultats montrent que ces nouvelles particules virales sont défectueuses ce qui empêcherait la propagation incontrôlée du virus dans le corps du patient après traitement antitumoral.

Au cours de l’épidémie de 2015, des centaines de milliers de personnes ont été infectées. Mais la majorité des patients, enfants et adultes, est restée asymptomatique. Seule une petite proportion de personnes infectées ont développé des affections graves comme le syndrome de Guillain-Barré ou l’encéphalite. Ces observations sont très importantes lors de l’évaluation des risques et de la sécurité d’un nouveau traitement. Il y a une perspective très positive selon Okamoto. Mais il y a encore un chemin à suivre pour que nous puissions arriver en toute sécurité dans la partie clinique.

Les expériences

Les résultats de l’étude montrent que le virus Zika est capable d’infecter et de tuer les cellules des tumeurs embryonnaires du SNC avec une grande efficacité et spécificité à la fois in vitro et chez la souris. Le virus a été testé dans des cellules dérivées de tumeurs de la prostate, du sein et du côlon, en plus de 3 lignées de tumeurs embryonnaires du SNC, une tumeur du médulloblastome (DAOY) et deux générées par les chercheurs eux-mêmes, un médulloblastome (USP-13) et un autre d’AT/RT (USP-7). Les concentrations de 2 particules virales par cellule ont tué la plupart des cellules tumorales du SNC, mais ont eu peu d’effet sur les autres lignées. Et même des quantités plus faibles de virus, d’une particule virale pour 10 cellules, ont inhibé la croissance des cellules tumorales du SNC.

La spécificité du virus a également été évaluée dans des cultures tridimensionnelles dont l’effet était encore plus net en montrant que la préférence de Zika, pour les cellules souches provenant de tumeurs embryonnaires du SNC, est encore plus importante que celle des cellules progénitrices neurales. Dans les expériences in vivo, des tumeurs embryonnaires du SNC, d’origine humaine, ont été greffées sur des souris. Quand ces animaux ont été traités avec le virus Zika, la plupart des tumeurs ont montré une rémission et les métastases ont diminué. Les chercheurs ont également pu relier les effets du virus Zika à la voie moléculaire de Wnt, une voie qui avait déjà été décrite comme importante dans le développement de l’AT/RT et du médulloblastome.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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