vendredi , 15 décembre 2017

La résistance aux insecticides se généralise dans les moustiques en Afrique

Une étude révèle que les moustiques, qui transmettent le paludisme, deviennent de plus en plus résistants aux insecticides. Cela pourrait pénaliser le contrôle du paludisme en Afrique. De plus, la résistance concerne également de nouvelles techniques comme le Gene Drive montrant que même les outils de pointe seront rapidement dépassés.


La résistance aux insecticides se généralise dans les moustiques en Afrique
La plus grande étude génétique sur les moustiques révèle le mouvement de la résistance aux insecticides entre différentes régions d’Afrique et découvre plusieurs gènes de résistance aux insecticides qui évoluent rapidement. Publiée dans Nature, cette ressource génétique sera utilisée pour développer de nouveaux outils de surveillance de la résistance et de gestion de l’utilisation des insecticides ainsi que pour concevoir de nouvelles méthodes de lutte.1

Une diversité génétique plus grande que prévu chez les moustiques

Le paludisme est transmis par les moustiques et la résistance croissante aux insecticides entrave les efforts de lutte contre la maladie. L’étude menée par des chercheurs du Wellcome Trust Sanger Institute et de leurs collaborateurs a également révélé que les moustiques sauvages prélevés en Afrique étaient génétiquement bien plus diversifiés qu’on ne le pensait. Cela aide à expliquer comment les moustiques développent une résistance si rapidement aux insecticides.

Chaque année, plus de 200 millions de personnes sont infectées par le parasite du paludisme dans le monde transmis par des moustiques anophèles. Le paludisme a causé la mort de près de 429 000 personnes en 2015 et la majorité des cas se situant en Afrique subsaharienne. Les mesures de santé publique en Afrique telles que les moustiquaires imprégnées d’insecticide et les pulvérisations d’insecticides ont contribué à réduire le nombre de cas de paludisme depuis 2000, mais de nombreux moustiques ont développé une résistance aux insecticides. Cela menace désormais le contrôle du paludisme en Afrique.

Pour comprendre comment les moustiques évoluent, les chercheurs travaillant sur le projet Anopheles gambiae 1000 ont séquencé l’ADN de 765 moustiques anophèles sauvages. Ces derniers ont été collectés à partir de 15 endroits dans 7 pays africains en créant la plus grande ressource de données sur la variation génétique naturelle pour n’importe quelle espèce d’insecte. Ils ont ensuite examiné chacun des génomes de moustiques.

Les chercheurs ont révélé que les moustiques Anopheles gambiae sont extrêmement diversifiés sur le plan génétique par rapport à la plupart des autres espèces animales. La diversité génétique élevée permet une évolution rapide et l’étude a trouvé 52 millions de petites différences parmi les génomes des moustiques. La Dre Mara Lawniczak, auteure du papier et membre de la Faculté du Wellcome Trust Sanger Institute, a déclaré : La diversité des génomes des moustiques était bien plus grande que ce que nous pensions. Une telle diversité génétique pénalise les efforts pour les contrôler que ce soit avec des insecticides ou toute autre mesure de contrôle incluant le forçage génétique (Gene Drive).

Même le forçage génétique (Gene Drive) ne sera pas totalement efficace

De nouvelles stratégies de lutte contre les moustiques sont en cours de développement et elles utilisent le forçage génétique (Gene Drive) en utilisant l’outil Crispr-Cas9 pour rendre les moustiques infertiles ou incapables de porter le parasite du paludisme. Mais cette technologie nécessite une correspondance exacte avec le gène ciblé. Les chercheurs ont découvert que la plupart des gènes des moustiques ne sont pas efficaces, car ils sont trop variables, mais ils ont également utilisé les données pour mettre en évidence des cibles moins variables potentiellement plus adaptées aux méthodes de contrôle génétique des moustiques.

Les génomes des moustiques ont également révélé une évolution rapide de plusieurs gènes qui avaient déjà été impliqués dans la résistance aux insecticides. De façon inattendue, les chercheurs ont découvert de nombreuses variantes génétiques inconnues dans ces gènes qui pourraient causer une résistance aux insecticides. Fait inquiétant, ils ont montré que ces variantes génétiques de la résistance aux insecticides émergeaient non seulement de manière indépendante dans différentes parties de l’Afrique, mais se propageaient aussi à travers le continent par la migration des moustiques.

Le professeur Martin Donnelly, auteur de l’école de médecine tropicale de Liverpool et professeur honoraire du Wellcome Trust Sanger Institute, a déclaré : Nous savons que les populations de moustiques évoluent rapidement vers la résistance aux insecticides ce qui constitue une menace sérieuse pour le contrôle du paludisme. En Afrique, nous avons pu constater qu’un très grand nombre de gènes liés à la résistance aux insecticides sont très bien sélectionnés ce qui confirme qu’ils jouent un rôle important dans l’évolution de la résistance aux insecticides dans les populations de moustiques naturels. Notre étude souligne les différents défis pour faire face aux efforts publics pour contrôler les moustiques et pour gérer et limiter la résistance aux insecticides.

Alistair Miles, auteur principal de l’Université d’Oxford et du Wellcome Trust Sanger Institute, a déclaré : Les données que nous avons générées sont une ressource unique pour étudier comment les populations de moustiques réagissent à nos efforts actuels de contrôle et pour concevoir de meilleures technologies et stratégies. Plus de données seront nécessaires pour combler les lacunes géographiques et étudier comment les populations de moustiques changent au fil du temps et en réponse à des interventions de contrôle spécifiques.

Sources

N'oubliez pas de voter :
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Pas encore de vote)
Loading...

Faites un don sur notre page Patreon

Quelle est la fiabilité de cette information ou étude ?

Aucun avis particulier

A propos de Jacqueline Charpentier

mm

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Timber by EMSIEN 3 Ltd BG