Le médicament le plus cher du monde est un fiasco

Glybera, le médicament qui promettait l’avènement de la thérapie génique, est un véritable fiasco. Son succès n’est pas en cause puisqu’il propose une guérison à 100 %, mais plutôt son prix. Le cout d’un traitement pour une personne est de 1 million de dollars.


Le médicament Glybera est le plus cher au monde en coutant 1 million de dollars. Un fiasco pour la thérapie génique ?

Le médicament le plus cher du monde est un énorme gâchis financier. En fait, un seul patient a pu en bénéficier depuis qu’il est disponible commercialement depuis 2012. Le médicament est l’, connu comme le , qui est considéré comme le premier traitement de thérapie génique. Après sa commercialisation, la a provoqué une explosion d’excitation et d’investissement sur les traitements qui corrigent l’ADN. Mais quand le médecin Elisabeth Steinhagen-Thiessen situé à Berlin a voulu le donner à un patient en automne dernier, la situation était légèrement plus difficile. Elle a déclaré qu’elle a dû remplir une demande aussi épaisse qu’une thèse pour les législateurs allemands et elle a dû contacter personnellement le CEO de DAK, l’un des plus gros assureurs en Allemagne, pour lui demander de payer le prix de 1 million de dollars.

Le Glybera coute 1 million de dollars

En septembre dernier, elle a donné 40 injections du Glybera à une femme de 43 ans qui souffrait d’une maladie très rare connue comme la déficience lipoprotéine lipase. Les patients, souffrant de cette maladie, n’arrivent pas à traiter correctement la graisse. Vous faites une prise de sang et vous êtes stupéfait, car ce n’est pas du sang rouge, mais de la crème selon Steinhagen-Thiessen. L’un des symptômes est une douleur abdominale insupportable et sa patiente a été hospitalisée plus de 40 fois.

Une dose du Glybera contient des trillions de virus qui possède les bonnes copies du gène de lipoprotéine lipase. Et Steinhagen-Thiessen a déclaré que le traitement était un succès. La femme n’a jamais plus été admise dans les urgences depuis le traitement et elle vit comme vous et moi. Mais cette seule utilisation du Glybera prouve que ce dernier est un flop. Le problème est son prix d’un million de dollars et des questions sur son efficacité.

L’entreprise qui a développé le Glybera, UniQure, basé à Amsterdam et Lexington, a abandonné ses plans de le proposer aux États-Unis et elle se concentre sur les ventes européennes en s’associant avec la firme pharmacologique Chiesi Farmaceutici. Je pense qu’on a appris beaucoup de choses sur ce qu’on doit ou ne doit pas faire, mais c’est un échec commercial selon Dan Soland, CEO d’UniQure. UniQure se concentre pour développer d’autres thérapies géniques incluant celle qui traite l’hémophilie.

Un avertissement pour la thérapie génique

Le parcours de Glybera doit être un avertissement pour la thérapie génique. Cette dernière est très prometteuse, car elle peut guérir les maladies rares qui sont issues d’un mauvais gène héréditaire. Une seule dose de thérapie génique peut corriger les gènes pendant des années et même pendant le reste d’une vie. En plus du Glybera, il y a une autre thérapie génique approuvée en Chine qui traite le cancer en ajoutant un gène aux tumeurs et l’année dernière, Amgen a obtenu l’aval des Américains pour l’Imlygic qui utilise le virus de l’herpès pour traiter les cancers de la peau.

Mais la thérapie génique est surtout destinée pour les maladies génétiques et de nombreux traitements sont prévus pour débarquer sur le marché. En avril 2016, les autorités européennes ont donné un feu vert préliminaire pour une thérapie génique contre une déficience immunitaire combinée qui sera vendu par GlaxoSmithKline. Et en 2017, les handicapés espèrent que l’entreprise Spark Therapeutics pourrait obtenir l’autorisation pour une correction de gène qui inverse une forme de cécité. Comme la maladie traitée par le Glybera, ces maladies sont également très rares. Glaxo estime qu’il y a seulement 14 personnes qui souffrent d’une déficience immunitaire combinée en Europe.

Des prix exorbitants pour la thérapie génique

Le Glybera, médicament le plus cher au monde, est un gachis et montre les difficultés de la thérapie génique

Et le paradoxe de la thérapie génique tient en son succès. Il suffit de l’utiliser une seule fois pour guérir la maladie ce qui la propulse vers des prix hors d’atteinte des mortels ou en tout cas des assureurs qui couvrent ces mortels. Les analystes estiment que le traitement de Spark coutera 500 000 dollars pour chaque oeil. Et avec 671 thérapies géniques, dont 68 qui sont déjà dans la phase III, il devient urgent de comprendre comment on va payer ces thérapies selon Morrie Ruffin, responsable de gestion pour l’Alliance for Regenerative Medicine, un groupe de commerce et de promotion. Le système actuel n’a pas été conçu pour ces types de produit.

Les responsables chez Glaxo ont déclaré que leur traitement ne va pas couter le million. Mais avec un chiffre d’affaires de 35 milliards de dollars par année, Glaxo n’a pas besoin de la thérapie génique pour faire des bénéfices. D’un point de vu commercial, c’est un sacré défi selon Sven Kili, responsable du développement de la thérapie génique chez Glaxo. C’est un seul traitement qui dure indéfiniment et les patients ne reviennent pas et il n’y a pas beaucoup de patients. Aucun investisseur ne va sauter dans ce type de produit en criant de joie face à la révolution de la thérapie génique. Mais le prix de Glaxo sera très élevé, car ils le vendent comme une thérapie qui dure toute une vie. En termes clairs, le médicament sera vendu au prix de tous les médicaments qu’on pourrait prendre dans une vie entière.

Il n’y a aucun doute que l’approbation du Glybera en 2012 était une grande victoire. Elle a montré que la thérapie génique, considérée comme risquée, était suffisamment sûre et prête à commercialiser. Et depuis, de nombreuses nouvelles entreprises ont vu le jour et des firmes pharmacologiques ont montré leur intérêt. Piper Jaffray, la banque d’investissement, a déclaré que l’année 2015 a été monumentale pour la thérapie génique. Près de 2 milliards de dollars ont été levés par 10 entreprises de thérapie génique aux États-Unis.

Le parcours de combattant du Glybera

Personne ne savait si c’était une stratégie viable selon David Schaffer, un expert dans les virus de thérapie génique à l’université de Californie qui est aussi au conseil d’administration d’UniQure. C’était un énorme boost pour le secteur pour déterminer qui allait franchir la ligne d’arrivée. UniQure a commencé en tant qu’Amsterdam Molecular Therapeutics, une entreprise dérivée de l’université d’Amsterdam. Les médecins se sont concentrés sur une enzyme, la lipoprotéine lipase, qui est produite par les muscles et qui digère la graisse dans le sang. Chez certaines personnes, 2 copies du gène, qui produisent l’enzyme, subissent une mutation et provoquent un dysfonctionnement.

L’entreprise Amsterdam a dépensé près de 100 millions de dollars pour tester le médicament et se frayer un chemin dans la législation européenne. Cette dernière était circonspecte face à une nouvelle technologie telle que la thérapie génique. À la base, les législateurs voulaient un essai clinique de 342 patients. Les responsables leur ont fait remarquer qu’il y avait seulement 200 personnes qui souffraient de la maladie dans toute l’Europe. L’autorisation a été un cauchemar selon Sander Van Deventer, un investisseur dans la biotech qui a travaillé dans cette entreprise. Les législateurs n’avaient aucune idée sur l’autorisation d’une thérapie génique.

Et les données du Glybera n’étaient pas non plus solides. On a donné le médicament à seulement 27 personnes dans des études expérimentales en Open Label signifiant qu’aucun patient n’avait eu de placebo. Les tests n’ont montré aucun changement durable dans les niveaux de graisse dans le sang, mais l’entreprise a argué que les patients avaient eu une réduction de pancréatites qui est une complication douloureuse de la maladie.

En 2012, l’entreprise a échoué 2 fois à convaincre les législateurs européens. Elle a décidé de se réorganiser en UniQure et elle a tenté un dernier essai pour autoriser le médicament. Nous n’allions pas abandonner même si le résultat commercial n’était pas prometteur selon Van Deventer. Un an après l’autorisation européenne, l’entreprise est entrée au Nasdaq en levant 82 millions de dollars. Même si la commercialisation du Glybera était sa priorité, UniQure a décidé de ne plus le vendre aux États-Unis après que la FDA ait demandé des tests plus poussés.

Qui doit payer pour la thérapie génique ?

De plus, le Glybera n’a pas convaincu les législateurs européens sur les entités qui allaient rembourser le médicament. L’année dernière, les autorités françaises ont déclaré qu’elles ne paieraient jamais le médicament. L’Allemagne a jugé que les bienfaits du Glybera n’étaient pas quantifiables. Ce sont les médecins et les assureurs qui doivent décider au cas par cas. Aux Pays-Bas, où le médicament a été inventé et support par des subventions, le ministre de la Santé s’est plaint que le Glybera faisait partie des pratiques douteuses sur les prix exorbitants des entreprises pharmacologiques.

Le tarif d’un million de dollars soulève des questions, car le prix dépend du poids du patient. Certaines personnes pensent que la thérapie génique doit être payée au début et pour la période où elle fonctionne. Mais ce n’était pas possible avec le Glybera puisqu’on n’a pas de manière précise pour mesurer son efficacité sur le long terme. Il y avait une pression pour tout payer en une seule fois tandis que les assureurs voulaient payer avec des avances selon Van Deventer. Et cela a créé beaucoup de colère en Europe. C’est une honte. Le Glybera a été simplement surnommé comme la thérapie à 1 million de dollars. C’est un climat contre l’innovation et les gens ne veulent pas le payer.

Les ventes du Glybera ne sont pas bonnes même avec des prédictions modestes. La maladie est très rare, environ 1 million de personnes dans le monde et elle est difficile à diagnostiquer. Suivant sa réorganisation, UniQure a vendu les droits de marketing européen à Chiesi, une petite entreprise pharmacologie qui n’a aucune expérience dans la thérapie génique. Cela signifie que même les patients intéressés ne peuvent pas l’obtenir facilement. Steinhagen-Thiessen a déclaré qu’elle connait un homme au Luxembourg et une famille en Tchécoslovaquie qui en ont besoin, mais ils ne peuvent pas le payer. Chiesa a déclaré simplement qu’il allait recenser les patients en Europe.

Finalement, l’assureur allemand DAK a payé les 900 000 euros pour couvrir le cout du traitement du patient du Steinhagen-Thiessen. La majorité du traitement a servi à payer le Glybera. Le prix est trop élevé et c’est une question d’éthique de le baisser à tout prix. Les entreprises ne feront jamais de bénéfices si elles s’entêtent dans cette voie selon ce médecin. Schaffer, professeur à Berkeley, a déclaré que les entreprises devront travailler pour démontrer leurs concepts et non se concentrer uniquement sur le profit. Je pense que la thérapie génique doit se concentrer sur des maladies plus connues pour avoir un succès médical plus important. Les gens, qui investissent dans la biotech, le font pour les promesses du futur et non pour un retour sur investissement instantané.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

1 réponse

  1. EI dit :

    Article très intéressant

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