Des drogues illicites sont consommées par un patient sur dix en unité de soins intensifs cardiaques


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  • La consommation de drogues illicites est associée à un risque presque neuf fois plus élevé de décès ou d’urgences potentiellement mortelles chez les patients des unités de soins cardiaques intensifs (ICCU), selon une étude présentée au congrès ESC 2022.1

    L’auteur de l’étude, le Dr Theo Pezel de l’hôpital Lariboisière, Paris, France, a déclaré : « Notre étude montre que les patients souffrant de maladies cardiovasculaires aiguës qui prennent des drogues illégales sont plus susceptibles de mourir ou de subir un arrêt cardiaque ou un choc cardiogénique pendant leur séjour à l’hôpital que les non-utilisateurs. Les utilisateurs de drogues multiples avaient un risque 11 fois plus élevé d’avoir un mauvais pronostic à l’hôpital par rapport à ceux qui ne prenaient qu’une seule drogue. »

    La consommation de drogues illicites a augmenté de 22 % au cours de la dernière décennie pour atteindre environ 275 millions de personnes dans le monde.2 Dans l’UE, environ 83,4 millions (29 %) des 15 à 64 ans ont déjà consommé une drogue illicite.3 Le cannabis, la cocaïne, l’ecstasy (3,4-méthylènedioxyméthamphétamine; MDMA), les amphétamines et l’héroïne ou d’autres opioïdes sont les substances les plus couramment consommées. Les drogues illicites ont été associées à des événements cardiovasculaires aigus, notamment des crises cardiaques et une dissection aortique4,5 mais la prévalence de la consommation de drogues chez les patients de l’ICCU et les conséquences à court terme restent inconnues.

    L’étude Addiction in Intensive Cardiac Care Units (ADDICT-ICCU) a évalué la prévalence de la consommation de drogues illicites et l’association avec des événements indésirables majeurs à l’hôpital chez des patients consécutifs admis pour des événements cardiovasculaires aigus. Du 7 au 22 avril 2021, tous les patients consécutifs admis en réanimation dans 39 centres à travers la France ont fourni un échantillon d’urine qui a été testé pour les drogues illicites. Le critère de jugement principal était la prévalence de la consommation de drogues illicites. Le critère de jugement secondaire était les événements indésirables majeurs survenus à l’hôpital, définis comme le décès, un arrêt cardiaque réanimé ou un choc cardiogénique.

    Au total, 1 499 patients ont été dépistés, dont 70 % étaient des hommes. L’âge moyen était de 63 ans. Les motifs d’admission comprenaient l’infarctus du myocarde, l’insuffisance cardiaque aiguë, les arythmies, la myocardite et l’embolie pulmonaire. Quelque 161 patients (10,7 %) avaient un test positif pour au moins une drogue illicite. Concernant les types de drogues, 9,1% ont été testés positifs au cannabis, 2,1% aux opioïdes, 1,7% à la cocaïne, 0,7% aux amphétamines et 0,6% à la MDMA.

    Les patients qui consommaient des drogues illicites avaient tendance à être jeunes : un tiers (33 %) des patients de moins de 40 ans étaient des consommateurs contre seulement 6 % de ceux âgés de 60 ans ou plus. Environ 12 % des hommes étaient des utilisateurs contre 8 % des femmes. Tous les patients ont rempli un questionnaire dans lequel on leur demandait s’ils consommaient actuellement des drogues illicites. Parmi ceux dont le test de dépistage de drogue dans l’urine était positif, seulement 56,5 % ont déclaré consommer actuellement, tandis que 43,5 % ont déclaré ne pas consommer de drogue.

    Au cours d’une hospitalisation médiane de cinq jours, 61 patients (4,1 %) ont eu un événement indésirable majeur. La consommation de drogues illicites était associée à près de neuf fois la probabilité d’événements indésirables majeurs après ajustement pour les comorbidités (odds ratio [OR] 8,84 ; intervalle de confiance à 95 % [CI] 4,68-16,7 ; p<0,001). Après ajustement en fonction de l'âge et du sexe, la consommation de cannabis était associée à un risque multiplié par trois d'événements indésirables majeurs (OR=3,53 ; IC à 95 % 1,25-9,95 ; p<0,001) tandis que la cocaïne était associée à un risque multiplié par cinq (OR= 5,12 ; IC à 95 % 1,48-17,2 ; p = 0,004).

    Parmi ceux qui consommaient des drogues, 28 % prenaient plus d’un type de drogue. L’usage de plusieurs médicaments était associé à une incidence plus élevée d’événements indésirables majeurs que l’usage d’un seul médicament, avec un rapport de cotes de 11,4 (IC à 95 % 4,31-32,7 ; p<0,001).

    Le Dr Pezel a déclaré: « La consommation de drogues illicites était courante chez les patients de l’ICCU, mais sous-déclarée. Les utilisateurs admis pour un infarctus du myocarde avec élévation du segment ST (STEMI) et une insuffisance cardiaque aiguë présentaient des risques particulièrement élevés de décès, d’arrêt cardiaque ou de choc cardiogénique avec des rapports de cotes de 28,8 et 12,8, respectivement. Nos résultats suggèrent que les patients admis à l’ICCU devraient être testés pour les médicaments afin d’identifier ceux qui présentent une probabilité accrue d’effets néfastes.

    Références et notes

    1Le résumé « Prévalence de l’usage de drogues illicites et association avec des événements indésirables majeurs à l’hôpital chez les patients hospitalisés pour des événements cardiaques aigus : l’essai ADDICT-ICCU » sera présenté lors de la session Soins cardiaques aigus et COVID le lundi 29 août à 15h15 à 16h00 CEST à la Station 5.

    2Rapport mondial sur les drogues 2021. Nations Unies : Office contre la drogue et le crime. //www.unodc.org/unodc/en/data-and-analysis/wdr2021.html

    3Rapport européen sur les drogues 2022 : Tendances et évolutions. Observatoire européen des drogues et des toxicomanies.

    4Havakuk O, Rezkalla SH, Kloner RA. Les effets cardiovasculaires de la cocaïne. J Am Coll Cardiol. 2017;70:101-113.

    5Jouanjus E, Lapeyre-Mestre M, Micallef J, Consommation de cannabis : signal de risque croissant de troubles cardiovasculaires graves. J Am Heart Association. 2014;3:e000638.

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