La vie en ville, un risque pour la santé mentale ?

De récentes études montrent des liens entre le mode de vie urbain et la psychose.


De récentes études montrent des liens entre le mode de vie urbain et la psychose.

La vie dans les grandes villes peut être éprouvante. Les habitants des villes font face à des taux élevés de crime, de pollution, d’isolement social et d’autres facteurs stressants par rapport aux habitants dans les zones rurales. Depuis des années, des études ont systématiquement associé le risque de la dans les environnements urbains, mais les chercheurs commencent seulement à comprendre pourquoi ce lien existe. Et on doit comprendre ce lien, car la proportion des gens vivant dans les grandes villes va passer de 54 % en 2014 à 66 % en 2050.

Dès les années 1930, les chercheurs ont suggéré le lien entre le et la schizophrénie. Par la suite, de nombreuses études épidémiologiques ont rapporté des associations entre les deux, notamment en Europe avec la Suède et le Danemark. D’autres preuves ont montré que le fait de grandir dans une ville double le risque de développer des psychoses plus tard. Les études commencent aussi à démontrer que les environnements urbains peuvent augmenter le risque d’autres troubles mentaux tels que la dépression ou l’anxiété.

Un certain nombre de facteurs, incluant les éléments de l’environnement social tels que l’inégalité et l’isolement, ainsi que les sources de stress physique tels que la pollution et le bruit, pourraient expliquer pourquoi les gens se font littéralement dévorer par les grandes villes. De même, les personnes, prédisposées aux troubles mentaux, tendent à déménager vers les environnements urbains. 2 études publiées ce mois nous éclairent sur cet effet et suggèrent que les 2 scénarios sont possibles.

Grandir dans la jungle urbaine

Bien que la majorité des enquêtes se concentrent sur les adultes, les études suggèrent que c’est l’exposition aux environnements urbains pendant l’enfance ou lorsqu’on grandit dans une grande ville qui importe le plus. Pour étudier cette étape critique de la vie, un groupe de chercheurs mené par Helen Fisher, une psychologue du King’s College London et Candice Odgers, une psychologue de l’université de Duke ont mené une étude longitudinale impliquant 2 232 jumeaux vivant au Royaume-Uni.

Les chercheurs ont utilisé des études de voisinage pour déterminer si des jumeaux âgés de 5 et 12 ans vivaient dans les environnements urbains ou ruraux. Pendant l’étude, la moitié des enfants vivaient dans les villes pour les 2 tranches d’âge. Pour améliorer les caractéristiques de ces voisinages, les chercheurs ont utilisé des données géodémographiques, interrogé les mères et ils ont étudié les voisins. Finalement, ils ont mesuré les symptômes psychotiques en menant des interviews approfondies avec les enfants de 12 ans pour déterminer s’ils avaient eu des hallucinations ou des délires.

Leur analyse a révélé que le fait de grandir dans une ville double les symptômes psychotiques à l’âge de 12 ans et que l’exposition au crime combiné avec une faible cohésion sociale (manque de proximité et aucune aide de la part des voisins) était les plus gros facteurs à risque. Même si les enfants, qui ont des symptômes psychotiques, ne vont pas développer la schizophrénie en étant adultes, un suivi de ces enfants a montré qu’ils pourraient développer d’autres troubles mentaux. On peut citer la dépression, le stress post-traumatique et l’abus de substances stupéfiantes.

Cette étude ajoute des preuves expérimentales à nos propres théories qui stipulent que la vie dans les villes provoque quelque chose de précis dans les circuits cérébraux qui handicape votre capacité à gérer votre stress social selon Andreas Meyer-Lindenberg, directeur du Central Institute for Mental Health en Allemagne. Le groupe de Meyer-Lindenberg avait découvert que les gens qui vivent ou grandissent dans les villes montraient une activation intense de l’amygdale et du Gyrus cingulaire (des zones du cerveau qui traitent et régulent l’émotion) par rapport à ceux qui vivent dans les campagnes. Et plus récemment, ils ont aussi découvert que la migration, un risque de facteur très élevé de la schizophrénie, pouvait mener à des altérations similaires dans le cerveau.

Qui vit dans les grandes villes ?

Les études épidémiologiques fournissent des preuves solides que le fait de grandir dans les grandes villes peut provoquer une mauvaise . Mais la schizophrénie est un trouble très héréditaire signifiant que les facteurs génétiques sont aussi responsables. L’effondrement social est un autre processus qui pourrait expliquer la prévalence de la schizophrénie chez les habitants des grandes villes. Quand une personne s’appauvrit, alors elle va vivre dans des zones d’habitation enclavées et sans aucun support et cela la mène vers la spirale des troubles mentaux.

Dans une étude récente, publiée ce mois dans Translation Psychiatry, un groupe mené par des chercheurs d’Oxford ont mesuré les facteurs génétiques et les influences environnementales dans 3 cohortes différentes de personnes suédoises : 2 386 008 frères et soeurs et 1 355 paires de jumeaux et des données de génétique moléculaire provenant d’échantillons sanguins dans un autre groupe de jumeaux. Leurs analyses ont révélé que le lien entre la schizophrénie et le fait de vivre dans une zone pauvre d’une ville était influencé par les facteurs génétiques. Ainsi, la première étude nous dit que c’est la vie dans les grandes villes qui provoquent des troubles mentaux. Et la seconde étude nous dit que ce sont des facteurs génétiques qui poussent les gens à habiter dans les zones pauvres ce qui provoque l’apparition des troubles.

Les auteurs de la seconde étude estiment que les facteurs génétiques sont plus importants que le fait de vivre dans une grande ville. Le principal problème est la sélection, c’est à dire qui vit dans les zones pauvres et pour quelle raison selon Amir Sariaslan, un chercheur postdoc en psychiatrie à l’université d’Oxford.

De nombreux chercheurs s’accordent sur le fait qu’on doit encore prouver le lien entre la schizophrénie et le mode de vie urbain. Mais certains ne partagent pas les conclusions de Sariaslan sur la prédominance des facteurs génétiques. L’étude de Sariaslan ne compare pas avec la preuve très forte qu’il y a un effet environnemental au fait d’être né dans une grande ville selon Meyer-Lindenberg. De plus, cette étude se concentre sur la résidence pour les adultes, alors que les troubles mentaux naissent pendant l’enfance et l’adolescence. L’environnement urbain autour de la naissance est crucial.

Mais on peut aussi dire que les facteurs héréditaires et environnementaux contribuent tous les deux à l’augmentation des troubles mentaux. Privilégier le rôle des gènes sur l’environnement ou vice-versa est une approche scientifique réductrice et elle ignore que les 2 sont pertinents en psychiatrie selon James Kirkbride, un psychiatre épidémiologiste à l’University College London. Personne ne veut négliger les facteurs génétiques, mais on ne peut rien faire contre eux. Vous ne pouvez pas changer les facteurs génétiques d’une personne, mais vous pouvez améliorer les facteurs environnementaux en améliorant les zones délaissées dans les grandes villes. Selon Kirkbride, toutes ces études confirment que si on veut réduire l’impact négatif du mode de vie urbain, alors on doit se concentrer sur les zones pauvres. Si on ne le fait pas, alors les troubles mentaux vont exploser parmi les personnes vivant dans ces zones et ces troubles vont se perpétuer au fil des générations.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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