jeudi , 23 novembre 2017

Redistribution des richesses : Compassion, envie et intérêt personnel

Une recherche suggère que l’équité n’est pas le principal critère sur la redistribution des richesses, mais que c’est un mélange de compassion, d’intérêt personnel et d’envie.


Redistribution des richesses : Compassion, envie et intérêt personnel
La redistribution économique est le principal conflit politique dans le monde depuis des siècles. Et si l’équité semble une explication naturelle pour déterminer pourquoi les gens redistribuent leur richesse, des chercheurs de l’UC Santa Barbara ont découvert que l’équité n’est pas la vraie explication. À la place, la redistribution des richesses est enracinée dans la compassion, l’intérêt personnel et l’envie, mais pas l’équité. Leurs travaux sont publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences.1

Des personnages prototypés

La compréhension de la politique économique et politique de la redistribution de la richesse n’est pas innée selon Daniel Sznycer, professeur adjoint de psychologie à l’Université de Montréal, chercheur au Centre de psychologie évolutive de l’UCSB et auteur principal du papier. Mais les humains ont réussi à interagir avec les personnes pour le meilleur et le pire au cours du temps. Ce processus a construit des systèmes de neurones qui nous motivent à agir efficacement dans les situations qui consistent à donner, à prendre et à partager.

L’évolution de l’esprit humain va mettre en évidence les complexités de la politique publique de la redistribution de la richesse en la percevant comme des sortes de personnages prototypiques. On a le moi, l’autre dans une situation bien pire et l’autre dans une situation plus avantageuse et on a également des motifs différents pour chaque personnage. Pour comprendre la logique derrière le soutien ou l’opposition de la redistribution des richesses, l’équipe s’est concentrée sur trois motifs : la compassion, l’intérêt personnel et l’envie.

La compassion

Nos ancêtres vivaient dans un monde sans assurance sociale ou médicale, mais ils ont compensé les déficits de l’autre par l’entraide selon John Tooby, professeur d’anthropologie à UCSB et co-directeur du Centre for Evolutionary Psychology. Si votre voisin a faim et que vous avez de la nourriture, alors vous pouvez sauver sa vie en la partageant avec lui. Ensuite, quand la situation s’inverse et qu’il partage sa nourriture avec vous, alors c’est votre vie qui est sauvée.

Cette dynamique évolutive a créé une motivation spontanée pour aider ceux qui en ont besoin. La compassion est l’émotion qui anime cette aide basée sur les besoins selon Tooby. Mais les gens apprécient leur propre bien-être et celui de leurs familles. Ainsi, un motif concurrent est l’intérêt personnel. Les personnes, qui ont agi sans tenir compte de leur propre bien-être et celui de leur famille, ont été sélectionnées au cours de l’évolution selon Tooby. L’intérêt personnel peut limiter la portée de sa compassion et augmenter l’envie de ce que les autres possèdent.

Le troisième motif est l’envie, dirigé vers ceux qui sont plus avantagés que vous. Quand un rival a une performance supérieure à celle de votre activité, alors votre position relative diminue selon Sznycer. Les gens agissent parfois pour éliminer les avantages de leurs rivaux même si cela nuit également aux tiers ou à eux-mêmes. L’envie et la dépression qu’elle génère sont socialement destructrices, mais elles peuvent avoir du sens dans le contexte d’un monde ancestral qui comprenait des jeux compétitifs à somme nulle.

Avoir ou ne pas avoir

Nos ancêtres humains n’ont rencontré ni de SDF, ni de milliardaires pendant le Pléistocène, mais au cours du temps d’évolution, ils ont interagi avec des membres de la communauté qui étaient démunis. L’hypothèse est que les gens voient les personnages de la redistribution moderne, le pauvre ou le riche, via le prisme d’un ensemble de motifs qui ont évolué pour réguler les interactions avec leurs homologues ancestrales. Ces homologues sont l’autre pire et l’autre meilleur selon Leda Cosmides, professeur de psychologie à UCSB et co-directrice du Centre for Evolutionary Psychology.

La perception d’une personne sur la redistribution, sur le fait que cette dernière soit souhaitable ou indésirable, serait une fonction commune de la mesure dans laquelle elle est compatissante, de la mesure dans laquelle elle a envie et de la mesure dans laquelle elle s’attend à bénéficier personnellement de la redistribution (la composante de l’intérêt personnel) selon Cosmides.

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont demandé à des participants s’ils soutenaient ou s’opposaient à la redistribution des richesses et ils ont mesuré les dispositions des participants à l’égard de la compassion, de l’envie et de l’intérêt personnel. Ils ont découvert plus de soutien pour la redistribution parmi ceux qui avaient plus de compassion, parmi ceux qui se sentent plus envieux et parmi ceux qui s’attendent à bénéficier personnellement de la redistribution.

Des motivations similaires au niveau mondial

Les chercheurs ont observé le même schéma de résultats dans les 4 pays qu’ils ont étudié : les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Inde et Israël. Le fait que les résultats soient si similaires dans différents pays peut être dû à une nature humaine évoluée commune qui est partagée entre les cultures selon Sznycer. De plus, les effets observés sont importants. Si vous connaissez le degré de compassion, celui de l’envie et du gain personnel ou de la perte d’une personne de la redistribution, alors vous pouvez prédire ses opinions sur cette redistribution aussi précisément que son affiliation à un parti politique, par exemple démocrate ou républicaine. On sait que l’affiliation politique est un prédicteur fort des attitudes à l’égard de la redistribution.

Même si la compassion et l’envie rendent la redistribution plus attrayante, ces critères utilisent des itinéraires différents et ils peuvent mener à des préférences politiques différentes. 4 participants sur 5 ont déclaré qu’au cours des 12 derniers mois, ils avaient aidé les pauvres. Selon les auteurs, la compassion était le seul facteur motivant qui prévoyait l’aide aux pauvres. Comme prévu, ni l’intérêt personnel, ni l’envie ne sont entrés en jeu.

Le fait est que seuls certains motifs, qui poussent les gens à favoriser un gouvernement adepte de la redistribution, vont également inciter les personnes à aider personnellement les pauvres selon Cosmides. Nous entendons parfois que le soutien à la redistribution est la même chose que vouloir aider les pauvres, mais ce n’est pas le cas.

Mais l’envie fonctionne différemment. Et on peut étudier les choix qui provoquent l’envie. Si les taux d’imposition sur les riches augmentent suffisamment, alors les revenus collectés par le gouvernement commenceront à diminuer, car désormais il y a moins d’incitations à la productivité selon Florencia Lopez Sceau de l’Université nationale de Cordoue et co-auteure du papier. À partir de cette idée, nous avons demandé aux participants s’ils préféraient réduire les taxes sur les riches, mais générer davantage de revenus pour aider les pauvres ou des taxes plus élevées sur les riches, mais moins d’argent pour les pauvres. 1 participant sur 6 a préféré cette dernière option. Cette volonté de pénaliser les pauvres pour abattre les riches n’était prédite que par l’envie du participant. Il est remarquable que les personnes envieuses soient disposées à pénaliser les pauvres pour obtenir ce qu’ils veulent selon Tooby.

Et qu’en est-il de l’équité ?

Intuitivement, l’hypothèse selon laquelle les gens veulent l’équité semble être l’explication la plus simple pour déterminer pourquoi les gens soutiennent la redistribution. Pour le tester, les chercheurs ont mesuré le soutien des participants pour l’équité. Les résultats ont montré que l’équité des participants n’a pas réussi à prédire leurs attitudes à l’égard de la redistribution. En revanche, la compassion, l’envie et l’intérêt personnel ont été capables de le faire.

Nous pensons qu’il est possible que des définitions de l’équité, différentes de celles que nous avons analysées, jouent encore un rôle dans les attitudes à propos de la redistribution selon Sznycer. En tout cas, nos travaux soulignent un problème plus fondamental. L’équité est un concept clé dans les sciences sociales, mais lorsque vous regardez de près, alors vous voyez que l’équité est définie de manière vague et parfois contradictoire. En pesant l’équité avec la compassion, l’envie et les intérêts personnels, les 3 derniers surpassent largement la première.

Sources

1.
Sznycer D, Lopez Seal MF, Sell A, et al. Support for redistribution is shaped by compassion, envy, and self-interest, but not a taste for fairness. Proc Natl Acad Sci USA. July 2017:201703801. doi: 10.1073/pnas.1703801114
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A propos de Jacqueline Charpentier

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Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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