Est-ce que l’industrie pornographique devient de plus en plus violente ?

On a coutume de dire que ces dernières années, l’industrie pornographique devient de plus en plus violente. Mais une étude suggère le contraire en estimant que les scènes violentes n’ont pas augmenté et que les résultats sont plus subtils.


On a coutume de dire que ces dernières années, l'industrie pornographique devient de plus en plus violente. Mais une étude suggère le contraire en estimant que les scènes violentes n'ont pas augmenté et que les résultats sont plus subtils.

L’industrie pornographique, un secteur que tout le monde consomme, mais qu’on a tendance à mettre sous le tapis. Un secteur qui pèse 100 milliards de dollars au niveau mondial, mais les critiques sont nombreuses contre l’industrie pornographique ces dernières années.

On a deux principales accusations qui sont que cette industrie devient de plus en plus violente en poussant toujours plus loin les limites à cause de la concurrence des vidéos par des amateurs et que les personnes, consommant de la pornographie, tendent être désensibilisés par les vidéos prétendument soft ce qui les force à chercher des vidéos extrêmes qui étaient réservés dans une niche de la pornographie. Ce comportement, similaire à l’addiction aux drogues, tendrait à augmenter la sexualité déviante chez les consommateurs.

La pornographie critiquée par les féministes

Les féministes sont les principales critiques de la pornographie actuelle en estimant qu’elle participe à l’objectification des femmes et à leur dégradation de plus en plus visible dans les vidéos. Une dégradation qui s’accompagne dans un climat où les débats sur les inégalités de genre sont cristallisés et atteignent parfois des batailles retranchées dans chaque camp.

De plus, une autre critique est que le fait de consommer des vidéos pornographiques violentes augmente le comportement violent envers les femmes et une attitude dégradante en général. Cette critique, parfois étayée par des études, n’a jamais pu être confirmée de manière certaine. Des chercheurs ont postulé que cette critique revient à la comparaison entre l’augmentation entre la violence et les jeux vidéos qui est plus ou moins un mythe.

La désensibilisation des consommateurs

L’autre accusation est que les consommateurs, qui regardent fréquemment des vidéos pornographiques, tendent à être désensibilisés par les vidéos Soft et qu’ils recherchent des sensations de plus en plus extrêmes où les femmes sont violentées sur le plan physique ou verbal.

Ce serait la même chose que l’addiction aux drogues où on augmente de plus en plus la dose. Les critiques estiment que les vidéos considérées comme violentes il y a 10 ans deviennent la nouvelle norme et qu’aujourd’hui, les vidéos considérées comme violentes poussent le sado-masochisme dans ses derniers retranchements.

Aucune augmentation notable sur la violence dans la pornographie

Une étude publiée dans le Journal of Sex Research par Eran Shor et Kimberly Seida a analysé 269 vidéos sur la plateforme Pornhub avec des dates de publication remontant à une décennie.1 L’objectif était de mesurer le niveau de violence physique ou verbale au fil du temps. Les chercheurs ont pris les vidéos les plus populaires en les prenant dans des catégories généralistes et l’étude a également mesuré si des vidéos violents étaient les plus appréciés par les internautes.

La tendance de la violence dans les vidéos pornographiques sur les 10 dernières années

La tendance de la violence dans les vidéos pornographiques sur les 10 dernières années

Pour mesurer le niveau de violence, les chercheurs ont utilisé 3 critères, la violence visible (des violences physiques et morales avec des coups, des insultes et des dénigrements), la violence non-consensuelle (pas de violence physique apparente, mais un manque de consentement dans les vidéos) et enfin la durée de la scène violente. Si un acte violent de 2 secondes est présent dans une vidéo de 30 minutes, alors on ne va pas le mesurer de la même façon qu’une scène violente (même légère) de 15 minutes dans une vidéo de 30 minutes.

Les consommateurs délaissent les vidéos pornographiques violentes

Les résultats montrent que l’industrie pornographique possède son lot de vidéos violentes. La violence visible était présente dans 40 % des vidéos, la violence non consensuelle dans 12 % des vidéos et 10 % des vidéos avait un titre violent. Toutefois, les critiques contre l’industrie pornographique indiquent que cette violence a augmenté ces dernières années, mais cette étude infirme cette hypothèse. La tendance est que 30 % à 50 % des vidéos dans une période de 2008 à 2016 avait des scènes violentes, mais cette tendance n’est pas significative sur le plan statistique. Et en fait, c’est même l’inverse qui se produit.

En 2008, 13 % des vidéos en moyenne montraient une violence visible et en 2016, les mêmes scènes ont baissé à 3 %. Comme les mesures concernent la violence envers les femmes (sans leur consentement), alors ce résultat est important. La violence non consensuelle est passée de 20 % en 2009 à 10 % en 2015 et 2016. Et enfin, les titres, suggérant une agression, sont passés de 40 % en 2008 à 5 % en 2016.

Peut-être que les vidéos violentes sont en baisse, mais qu’il y a de plus en plus de consommateurs qui les recherchent. Les chercheurs ont analysé les vidéos les plus populaires. 12,9 % des vidéos les plus populaires contenaient une violence visible et 1,4 % avait une violence non consensuelle. Mais dans un second échantillon de vidéos les moins populaires, obtenus par la fonction aléatoire de Pornhub, la violence visible est présente dans 36,8 % et la violence non consensuelle dans 9,2 %.

L’hypothèse est donc infirmée, car cela signifie que les consommateurs délaissent de plus en plus les vidéos extrêmement violentes et qu’elles restent la cible de personnes avec des penchants SM. Notons aussi que les consommateurs préfèrent des vidéos violentes où les femmes tirent autant de plaisir que les hommes. En fait, une violence visible extrême non consentie a tendance à attirer des commentaires et des votes très négatifs.

Des progrès à faire

Toutefois, cela ne signifie pas que l’industrie pornographique est exempte de tout reproche. Parmi les critiques, on pourrait citer les scénarios qui sont clairement favorables aux hommes et à l’imagerie du fantasme des femmes qui sont assez peu présents et qui sont très exagérés montrant une méconnaissance du sujet.

Toutefois, cette étude montre qu’il est faux de dire que la violence pornographique augmente, que les consommateurs recherchent cette violence et surtout, que cela alimente des comportements violents envers les femmes.

Sources

1.
Shor E, Seida K. “Harder and Harder”? Is Mainstream Pornography Becoming Increasingly Violent and Do Viewers Prefer Violent Content? T. April 2018:1-13. doi:10.1080/00224499.2018.1451476

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

2 réponses

  1. 28 février 2019

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  2. 28 février 2019

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