Premier vaccin contre le paludisme : Entre la joie et la déception



Le premier contre le est prometteur, mais son efficacité est largement inférieure aux normes requises. Pourtant, l’agence européenne des médicaments l’a approuvé pour l’utiliser sur les enfants africains de 6 semaines à 17 mois.

Vous pouvez penser que le premier vaccin contre le paludisme allait provoquer une jubilation parmi les chercheurs. Mais au lieu, ce vaccin candidat, connu comme le RTS,S ou Mosquirix, a subi de nombreuses critiques ces dernières années. Certains sont même consternés avec ce vaccin, car ils ignorent comme l’utiliser. Le problème est que ce vaccin contre le paludisme, qui a été développé par le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK) en partenariat avec la PATH Vaccine Initiative, est très loin de la performance qu’on attend d’un vaccin contre la malaria. Dans les essais cliniques de phase III, il a réduit les cas de paludisme d’environ 30 % chez les jeunes enfants en Afrique subsaharienne. Et c’est inférieur aux 50 % qu’on attendait lorsqu’on a commencé les essais cliniques. Et surtout, c’est à des kilomètres de l’efficacité de 95 % qui étaient promis lorsqu’on a développé ce vaccin. Les scientifiques et les législateurs avaient déjà les slogans tout prêts pour ce vaccin qui allait sauver toute une génération africaine.

Une approbation par l’agence européenne des médicaments

Mais les législateurs semblent se satisfaire de ce vaccin contre le paludisme, car l’agence européenne des médicaments l’a approuvé pour l’utiliser sur des enfants africains de 6 semaines à 17 mois. Cette approbation est une étape majeure pour distribuer le vaccin en Afrique subsaharienne. Dans le meilleur des cas, il faudra attendre le début de 2017 pour voir les premières campagnes de vaccination. Nous sommes très excités par l’annonce de l’AEM selon Moncef Slaoui, le président du département des vaccins chez GSK, qui a passé 30 ans à développer un vaccin contre le paludisme. Nous allons changer la vie de tous les enfants africains.

Une efficacité relative

Mais vous pouvez demander à n’importe quel expert du paludisme et il vous dira : C’est compliqué. Il n’y a aucun doute que ce vaccin contre le paludisme est une étape majeure, car personne n’avait réussi à développer un vaccin contre le parasite connu comme le Plasmodium falciparum. Ce dernier est la principale cause de la malaria en Afrique. Et cette maladie décime l’Afrique, car on estime que 600 000 personnes meurent chaque année du paludisme et les principales victimes sont les enfants en Afrique subsaharienne. Et quand on a une telle maladie comme adversaire, on a le droit d’espérer un vaccin digne de ce nom. Et même les scientifiques du GSK attendaient plus de leur vaccin. À la fin de l’essai du RTS,S qui a inclus 16 000 enfants africains dans 8 pays, le vaccin a réduit les cas de paludisme de 39 % chez des enfants âgés de 5 à 17 mois et de 27 % chez les enfants de 6 à 12 semaines. Et étant donné que l’efficacité de ce vaccin contre le paludisme décroit avec le temps, les essais ont concerné 3 doses à intervalle de 30 jours suivi par un Booster après 18 mois.

La recommandation de l’OMS sera très attendue

L’opinion scientifique officielle de l’agence européenne des médicaments conclut que les bienfaits sont supérieurs aux risques d’utiliser le vaccin chez les 2 groupes d’enfant. L’opinion n’est pas une recommandation pour une approbation officielle, car c’est à chaque pays de décider. Mais la recommandation de l’AEM ouvre la voie à une recommandation globale par l’OMS et on attend l’annonce de l’OMS à la fin de l’année. L’avis de l’AEM fait partie d’un processus légal qu’on connait comme l’article 58. C’est un service pour les pays pauvres qui ne peuvent pas se payer leur propre expertise scientifique. Mais on a la même rigueur que pour la recommandation d’un médicament en Union européenne.

Mais l’étape décisive sera la décision de l’OMS. L’organisation devra analyser les couts, la faisabilité et la valeur du vaccin pour la santé publique comparée avec d’autres interventions. Par exemple, l’OMS pourrait recommander ce vaccin dans tous les pays africains touchés par le paludisme ou uniquement dans les pays où l’infection est la plus élevée. Comme avec l’AEM, les recommandations de l’OMS ne sont pas des obligations, mais en général, les pays pauvres les suivent sans se poser de questions. De plus, des organisations comme la GAVI, l’alliance internationale pour les vaccins, ne financeront pas le vaccin contre le paludisme sans cette recommandation de l’OMS. Et l’OMS peut prendre une très mauvaise décision comme on l’a vu lorsqu’il a recommandé des médicaments exorbitants contre l’hépatite dans la liste des médicaments essentiels.

Les experts en paludisme estiment que le vaccin sera plus attirant pour les gouvernements et ils risquent d’abandonner les autres outils de prévention tels que les moustiquaires et les médicaments antipaludiques. La meilleure manière d’utiliser ce vaccin contre la malaria sera de l’utiliser comme un complément avec les autres outils existants. En aucun cas, il ne doit remplacer les dispositifs déjà en place. Mais cela pose un problème sur le financement, car un pays pauvre n’a pas les moyens de payer tous les outils à sa disposition et il risque de préférer le vaccin aux autres méthodes. Pour les partisans du vaccin contre le paludisme, le Mosquirix est en avance sur tous les autres vaccins en préparation. Il faudra attendre 5 ou 10 ans avant d’avoir un autre candidat et on ignore s’il sera performant. Pour Slaoui : Si votre enfant ne subit que 3 cas de paludisme au lieu de 6 avec ce vaccin, alors cela pourrait changer sa vie.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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