Une protéine qui détecte le magnétisme au milieu d'une dispute scientifique



Des neuroscientifiques en Chine ont utilisé des champs magnétiques pour contrôler les neurones et les cellules dans des vers après avoir découvert une protéine qui détecte le magnétisme. Et cette découverte fait l’objet d’une dispute entre 2 chercheurs qui revendiquent la découverte.

Une dispute a éclaté entre 2 prestigieuses universités chinoises sur une découverte qui pourrait révolutionner la médecine et la biologie. L’identification d’une protéine qui permet à des organismes de détecter les champs magnétiques. Le 14 septembre 2015, Zhang Sheng-jia, un neuroscientifique de l’université Tsinghua à Pékin et ses collègues ont publié un papier dans Bulletin [cite]10.1007/s11434-015-0902-0[/cite]. Dans ce papier, ils décrivent comment ils ont utilisé des champs magnétiques pour contrôler les neurones et les cellules des muscles dans des vers à l’aide d’une protéine qui détecte le magnétisme. Mais Xie Can, un biophysicien de l’université de Peking, a déclaré que la publication de Zhang est la même qu’il a découverte dans son laboratoire et qu’elle est actuellement en évaluation. De plus, la publication du premier papier viole l’accord de collaboration entre les 2. Les administrateurs des universités de Tsinghua et de Peking, qui ont pris parti pour Xie, ont demandé à la revue Science Bulletin de rétracter leur papier. Et Tsinghua a lancé une enquête sur les actions de Zhang.

La dispute concerne la résolution d’un mystère sur la manière dont des organismes comme des vers, des papillons, des tortues de mer ou des loups sont capables de détecter le champ magnétique terrestre pour leur navigation. Les chercheurs ont postulé que des structures dans leurs cellules biologiques en sont responsables et que ces structures sont des magnétorécepteurs. Mais on n’avait jamais pu trouver ces structures jusqu’à présent.

Une dispute sur une collaboration

Dans une recherche qui a commencé en 2009, Xie a déclaré qu’il a utilisé une analyse complète du génome pour identifier une protéine qui contient du fer et du soufre. Et selon ses expériences, cette protéine fonctionne comme un magnétorécepteur et il l’a appelé MagR et depuis 2009, il examine les fonctions de la protéine pour déterminer la détection des champs magnétiques.

Pendant que Xie attend que son papier soit évalué, un processus qu’il a commencé en décembre 2014, plusieurs groupes ont collaboré avec lui pour utiliser le MagR comme un outil de recherche. Il a partagé la protéine avec les données et les matériaux biologiques, mais à la seule condition que les autres groupent ne publient pas leurs travaux avant son propre papier. De plus, ces autres groupes doivent le mentionner comme un co-auteur. Selon Xie : Je ne me suis jamais inquiété parce que nous étions tous d’accord que l’annonce de la découverte de la protéine était une priorité.

Xie a partagé ses informations et échantillons biologiques avec Zhang, mais les 2 contestent maintenant leur collaboration. Zhang a déclaré qu’il a accepté les conditions de Xie, mais que ce dernier a aussi promis de ne pas partager les données avec tout le monde. Et Zhang estime que lorsqu’il a entendu que Xie avait fuité les données, il pensait que l’accord ne tenait plus.

Mais Xie argue qu’il n’a jamais promis une telle chose à Zhang. Et il ajoute : Et pourquoi ferais-je une telle chose ? Xia a déclaré qu’il a collaboré avec un autre neuroscientifique de Tsinghua, Lu Bai, et qu’il a partagé l’information avec Zhang parce qu’il pensait que celui-ci faisait partie de l’équipe de Lu. Il a déclaré qu’il a eu cette impression lorsqu’il a vu que Zhang était accompagné d’un étudiant de Lu pendant l’une de ses visites. Et dans le même temps, Zhang estime que son accord avec Xie était indépendant de celui de Lu et c’est une chose qui est niée par Xie. Lu n’a pas fait de commentaires aux médias, mais on a des documents qui prouvent que l’université de Tsinghua a lancé une enquête contre Zhang après que Lu a porté plainte sur le fait que Zhang ait volé ses travaux et ses idées.

Le magnétisme magique

Le papier de Zhang provoque des débats et des doutes. Dans son travail, qui a été soumis le 9 septembre, accepté le 11 septembre et publié 3 jours plus tard, Zhang utilise la même protéine que celle qui a été découverte par Xie, mais il en avait changé le nom en Mar au lieu de MagR. Il rapporte des expériences en utilisant des champs magnétiques pour manipuler des cellules qui possèdent la protéine. Par exemple, avec des vers qui ont seulement un MAR actif dans leurs muscles, le magnétisme permet aux muscles de se contracter. Et en faisant en sorte d’avoir le MAR sur certains neurones liés au toucher, Zhang rapporte que les champs magnétiques provoquent un recul du ver comme s’il venait de toucher quelque chose.

Le rapport est préliminaire, mais il montre le potentiel d’utiliser la protéine et les champs magnétiques pour stimuler les neurones selon Mu-Ming Poo, directeur de l’institut des neurosciences à l’académie des sciences de Shanghai. Mais ce chercheur et d’autres critiquent le fait que le papier ne décrit pas comment la protéine peut détecter les champs magnétiques. James Choi, un chimiste en biologie à Harward, a déclaré que ces travaux n’offrent pas d’explications raisonnables ou même des suppositions.

Ils ne semblent pas comprendre pourquoi la protéine est magnétique selon Peter Hore, un biochimiste à l’université d’Oxford. La description de la protéine dans l’expérience est imprécise. Le papier suppose que les protéines forment des magnétosomes. Mais Hore pointe le fait que c’est un terme générique pour des structures composé de minerais magnétiques plutôt que des protéines. Ils ont confondu un ensemble d’atomes de fer et de soufre dans une protéine avec un minerai qui ne contient aucune protéine selon ce chercheur.

Zhang concède qu’il ignore précisément le fonctionnement de la protéine. Mais il estime que le point important est de pouvoir déclencher une activité robuste avec cette molécule magique. Le papier a 3 co-auteurs qui sont tous des étudiants de Zhang. On n’a pas pu contacter ces étudiants et Zhang prétend que l’université doit d’abord approuver le contact avec les médias.

L’éthique académique

Dans un mail, les administrateurs des universités de Tsinghua et Peking écrivent qu’ils ont demandé à la revue de supprimer le papier de Zhang. Ils ont déclaré qu’en se passant de la permission de Xie, Zhang a enfreint toutes les normes d’éthique dans le domaine académique. La revue Science Bulletin a déclaré qu’elle attend l’enquête des 2 universités. Cette revue appartient à Science Press China et Springer. Zhang a déclaré que cette découverte peut lui valoir un prix Nobel. Et il ajoute qu’il avait le droit de publier les résultats puisque le travail de Xie était une identification biochimique, mais c’est son idée d’utiliser des champs magnétiques et la protéine pour contrôler les cellules. Xie prétend que les 2 idées sont liées et évidentes et qu’il a même déposé un brevet l’année dernière qui exploite cette idée.

La dispute relève plus du domaine interne dans ces universités, mais la plupart des scientifiques sont excités par la découverte. Le fait qu’une protéine puisse détecter les champs magnétiques est incroyable selon Chou et ce n’est rien comparé à la possibilité de contrôler les cellules nerveuses et musculaires.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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