La couverture médiatique de la crise financière explique le manque de colère des citoyens contre l'économie


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  • La couverture médiatique de la crise financière influence la manière dont les gens perçoivent l’économie. Cette couverture médiatique, néolibérale, se focalise sur le marché et la déshumanisation des personnes.


    La couverture médiatique de la crise financière explique le manque de colère des citoyens contre l'économie

    La couverture médiatique sur la crise financière considère les citoyens comme des consommateurs déshumanisés plutôt que des victimes d’une crise majeure. Et cela explique leur manque de colère et leur passivité face à la situation économique du Royaume-Uni selon un rapport.

    Des chercheurs du Sheffield Political Economy Research Institute (SPERI) à l’Université de Sheffield ont étudié 1 000 déclarations de personnes dans des articles concernant la crise financière dans 5 journaux nationaux entre 2007 et 2014. Les chercheurs voulaient déterminer s’il y avait une ligne éditoriale néolibérale qui dominait dans les médias britanniques. Ils voulaient aussi découvrir si le fait de présenter des citoyens comme des consommateurs plutôt que des êtres humains influence ces citoyens dans leur manière de percevoir l’économie.

    Ils ont trouvé qu’une ligne éditoriale néolibérale était systématiquement présente dans une grande partie de la couverture médiatique sur la crise financière depuis 2007. La plupart des déclarations et des témoignages provenaient du marché, de la société civile et des acteurs qui avaient des intérêts dans le marché financier et l’économie. La couverture médiatique a traité les personnes comme des citoyens du marché en les dépouillant de leurs caractéristiques sociales et politiques.

    Les déclarations de la société civile ont été identifiées comme étant moins néolibérales. Ainsi, on avait des personnes qui discutaient de l’effet de la crise sur la santé mentale, la garde des enfants, l’isolement social et l’insécurité. Cependant, les groupes de la société civile ont utilisé de nombreux points de référence pour attirer l’attention. Cela a provoqué un contre-récit qui semblait fragmenté et qui ne pouvait pas intéresser la masse. En termes clairs, les médias de masse, en chantant la gloire néolibérale à l’unisson sans aucune octave qui dérange, ont semblé plus convaincants que les groupes de la société civile qui parlaient aussi de la crise financière, mais sous différents aspects.

    L’étude a également révélé que, bien que dans l’opposition, le Parti conservateur communiquait avec un peu plus d’humanité en utilisant parfois des termes émouvants tels Broken Britain pour augmenter sa critique du gouvernement travailliste. En revanche, le Parti travailliste, dans l’opposition depuis 2010, n’a pas fait ce changement.

    Une raison possible est l’effort du parti travailliste à reconstruire son image de compétence économique. Mais en ne changeant pas sa communication, il est possible de comprendre la popularité d’une phrase comme Tory-lite. Ce terme indique des petits changements dans le parti travailliste, mais sans changer sa ligne dure néolibérale.

    L’auteur du rapport, Luke Temple, a déclaré: À chaque fois qu’on a parlé de l’effet de la crise financière et de l’austérité sur les personnes, on l’a fait systématiquement en terme de leur productivité ou de leur pouvoir d’achat tandis que l’effet sur la santé ou la pauvreté a été négligé.

    En 2010 et 2011, Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a fait des déclarations au Trade Union Congress et au Treasury Select Committee en demandant pourquoi les citoyens britanniques n’étaient pas plus en colère concernant la situation économique désastreuse. Parmi les réponses, on a eu le manque de moyens pour lutter contre la crise et la dépolitisation de la population. Cependant, cette étude prouve qu’une ligne éditoriale résolument néolibérale a contribué considérablement à l’apathie de la population face à la crise économique selon les chercheurs.

    Et Temple ajoute : Les médias ont dépeint la crise économique comme un macro problème en dehors du contrôle du citoyen et ils l’ont même présenté comme une catastrophe naturelle. Et si on ajoute le fait que les êtres humains ne sont pas présentés comme des victimes de cette catastrophe naturelle, mais plutôt comme des consommateurs déshumanisés, alors il est difficile de ressentir la colère, la solidarité et la compassion. Les citoyens deviennent juste fatalistes en pensant qu’ils ne peuvent rien faire contre la crise financière.

    Cette étude a été publiée dans la dernière édition de SPERI British Political Economy Briefs (pdf).

     

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