La victoire mène à la triche et au crime


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  • Les chercheurs montrent que la victoire dans une compétition mène toujours à des pratiques de triche.


    La victoire par comparaison sociale mène à la triche et au crime

    Nous vivons, pour le pire et le meilleur, dans un monde compétitif. La rivalité dirige notre économie, amène des innovations technologiques et encourage la découverte scientifique. Mais cette compétition incite aussi les personnes à manipuler le système et commettre des crimes. Dans certains cas, il est facile et même acceptable de tricher.

    Le lien entre la victoire et la triche

    Mais au lieu d’examiner les gens dans une configuration compétitive, pourquoi ne pas comprendre les conséquences de cette compétence dans leur comportement quotidien ? Et c’est exactement la recherche menée par Amos Schurr, un homme d’affaires et un professeur de gestion à l’université de Ben Gourion à Negev et Ilana Ritov, psychologue à la The Hebrew University de Jérusalem. Leurs travaux ont été publiés dans la Proceedings of the National Academy of Sciences. Comment selon Schurr, une personne distinguée telle qu’Eliot Spitzer, ancien gouverneur de New York, qui était considéré comme un fonctionnaire intègre, devient quelqu’un de totalement corrompu ? Et dans le même temps, on a des personnalités telles que Mère Theresa qui a aussi rencontré du succès et qui n’a pas été corrompue ? Quelle est la différence entre 2 personnes à succès ?

    Schurr et Ritov ont découvert que lorsque des gens gagnent une compétition dans laquelle le succès est mesuré par une comparaison sociale plutôt qu’un standard fixe, alors ils seront plus tentés de tricher. Dans le cas de cette étude, c’est de la triche par rapport aux autres participants sur l’aspect financier. Nous sommes les premiers à étudier les participants et leurs comportements après la fin de la compétition selon Schurr. Et nous avons découvert que la compétition a des effets sur le long terme.

    Une expérience pour mesurer les effets d’une victoire

    Les chercheurs ont mené une série d’expériences pour tester ces effets. Pour la compétition proprement dite, ils avaient des groupes d’étudiants qui ont pris part à une tâche d’estimation. On avait dit aux étudiants que ceux qui allaient donner une meilleure estimation, sur le nombre de signaux sur un écran, seraient considérés comme des vainqueurs et qu’ils gagneraient des écouteurs. En réalité, les vainqueurs ont été choisis aléatoirement par les chercheurs indépendamment des résultats de la compétition.

    On a ensuite assigné une autre tâche aux étudiants avec une récompense différente. Ils ont été séparés aléatoirement dans des paires. Un étudiant avait 2 dés et un verre avec un trou sur le bas. L’autre devait simplement regarder. La paire a ensuite joué un jeu sur 12 shekels (l’équivalent de 12 quarters). L’étudiant posait le verre sur les dés et il le secouait de sorte qu’il était le seul à voir les résultats. Son résultat, de 2 à 12, devait dicter le nombre de shekels qu’il pouvait prendre et son partenaire devait se contenter du reste. Personne, à l’exception de Schurr et Ritov, ne savait qui avait gagné la première compétition. En comparant avec un groupe de contrôle qui a donné un résultat moyen de 7 (soit la moitié du résultat des 2 dés), les étudiants, qui avaient gagné la première compétition, ont donné systématiquement un résultat supérieur en prenant 8,75 shekels en moyenne. Vous remarquerez qu’ils ne me volent pas selon le chercheur, mais ils volent les autres étudiants, leurs propres amis.

    Est-ce que je suis le meilleur ?

    Schurr et Ritov ont répété le jeu des dés après que les étudiants aient participé à un certain nombre de tâches dans lesquelles la victoire était définie par différents paramètres. Les chercheurs ont découvert que la configuration compétitive détermine le comportement. Vous avez 2 types de succès selon Schurr. Le premier implique la comparaison sociale (la tâche sur la meilleure évaluation des signes à l’écran) et l’autre n’a pas de comparaison. Et quand vous mesurez le succès en termes de : Est-ce que je suis le meilleur ? Par rapport à d’autres personnes, alors les participants peuvent être corrompus. Par exemple, on a demandé aux participants de se rappeler des compétitions qu’ils avaient gagnées ou qu’ils avaient réussi un objectif précis. Et les participants, qui se souvenaient de leur victoire, avaient tendance à tricher dans le jeu des dés tandis que ceux, qui se rappelaient un objectif précis, étaient plus honnêtes.

    La victoire par comparaison sociale mène au crime

    De même, les participants, qui avaient gagné une loterie, étaient plus honnêtes comparé à d’autres, qui avaient fait une compétition beaucoup plus légère, mais qui avaient des éléments de compétition par rapport à d’autres personnes. Quand nous gagnons une compétition, notamment quand nous prouvons que nous sommes meilleurs que les autres, alors nous nous sentons plus puissants selon Dacher Keltner, psychologue à l’université de Californie. Et des dizaines d’études ont prouvé que la simple sensation de se sentir puissant fait que les gens se sentent au dessus du contrôle et des lois et ils vont agir de manière impulsive en s’enfonçant plus profondément dans le crime. Et cette culture d’impunité est systématique dès qu’il y a la moindre sensation de puissance que ce soit sur la richesse, la position hiérarchique ou même dans une compétition triviale. Et cette impression de puissance va inciter à tricher et mentir.

    Schurr et Ritov expliquent cette triche par un certain nombre de mécanismes psychologiques, notamment la sensation de l’autorité. Leur étude est connectée à des travaux récents sur l’influence du statut socio-économique et son influence sur le comportement éthique selon Shaul Shalvi, un économiste comportemental de l’université d’Amsterdam. Les gens violeront les règles plus fréquemment s’ils ont un statut plus élevé. Vous verrez souvent qu’une voiture de luxe va ignorer les feux rouges comparés à une personne dans une voiture normale parce que le conducteur de la voiture de luxe se sent autorisé à le faire, car il a l’expérience de victoire.

    Schurr veut continuer dans cette voie de recherche. Nous voulons voir l’autre côté de la pièce et déterminer comment la compétition influence la société dans son ensemble. Au lieu de mauvaises choses, est-ce que les gens font de bonnes choses après la fin de la compétition ? Il a aussi mentionné la possibilité d’une meilleure compréhension des différences du genre dans le comportement de victoire. Et ce serait très intéressant d’analyser les compétitions du monde réel. Il y a toujours un arbitrage entre le contrôle expérimental de cette étude et la possibilité de généraliser les résultats selon Shalvi. Ces expériences sont très importantes pour clarifier les mécanismes psychologiques des conséquences sombres d’une compétition. Mais il faudra déterminer si on voit toujours ces conséquences criminelles dans des compétitions sportives ou économiques. Si cette recherche peut être confirmée, alors elle suggère d’abandonner la comparaison sociale et de se concentrer sur des objectifs précis pour réduire la corruption dans les gouvernements et le sport.

     

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