Une version moderne de l'expérience de Milgram


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  • Les gens qui obéissent à des commandes se sentent moins coupables de leurs actions selon une version moderne de l’expérience de Milgram sur l’autorité.


    L'expérience de Milgram dans le film Expérimentateur de 2015
    L'expérience de Milgram dans le film Expérimentateur de 2015

    Plus de 50 après qu’un psychologue controversé ait révélé au monde le pouvoir de l’autorité, une équipe de scientifiques en cognition revisite l’expérience de Milgram. Les nouveaux résultats peuvent offrir une certaine explication sur les révélations impitoyables de Milgram. Quand ils suivent des ordres, alors les gens, instinctivement, se sentent moins responsables de leurs actions indépendamment du fait que ce soit de bonnes actions ou non. Si d’autres arrivent à répéter cette expérience, alors cela envoie un message important selon Walter Sinnot-Armstrong, neuroéthicien de l’université de Duke. Cela pourrait nous expliquer pourquoi des gens commettent des atrocités s’ils sont incités à le faire. La réponse est qu’ils ne les voient pas comme leurs propres actions.

    L’étude peut résoudre le long débat judiciaire sur l’équilibre entre la responsabilité personnelle de quelqu’un qui agit sous un ordre et le commanditaire selon Patrick Haggard, un neuroscientifique en cognition à l’University College London. Il a mené cette nouvelle expérience de Milgram qui a été publié dans Current Biology.

    Milgram était motivé de faire son expérience par le procès du Nazi Adolf Eichmann, qui avait fait cette réponse célèbre qu’il suivait juste les ordres quand il a exterminé les juifs. Les nouveaux résultats ne légitiment pas les actions nocives selon Haggard, mais ils suggèrent que le prétexte d’obéir à un ordre excuse la trahison d’une vérité profonde concernant le sentiment d’une personne qui agit sous un ordre. Je sais que c’est mal, mais je me sens moins responsable puisque c’est quelqu’un d’autre qui me dit de le faire.

    L’ordre pour électrocuter

    Dans une série d’expériences à l’université de Yale au Connecticut dans les années 1960, Milgram a déclaré aux participants qu’un homme devait apprendre des paires de mots dans une chambre voisine. Les participants devaient appuyer sur un bouton qui délivrait un choc électrique en cas d’erreur. Le choc électrique était crescendo à chaque erreur. En réalité, l’apprenti était un acteur qui simulait les chocs électriques. Milgram voulait voir la limite des personnes à électrocuter quelqu’un juste pour parce qu’on lui avait ordonné de le faire.

    Dans l’expérience de Milgram, deux tiers des participants ont continué à électrocuter même après que l’apprenti semblait inconscient. Mais Milgram n’a pas mesuré le sentiment subjectif des participants lorsqu’on leur ordonnait de faire quelque chose de nocif. De plus, Milgram a été beaucoup critiqué pour son expérience. Les participants ont été traumatisés, mais aussi parce que certains avaient deviné que l’électrocution n’était pas réelle.

    De nombreuses équipes ont tenté de répéter l’expérience de Milgram avec plus ou moins de succès. Mais Haggard et ses collègues voulaient connaitre le sentiment des participants. Ils ont mené une expérience dans laquelle les volontaires infligeaient une vraie douleur à l’autre et ils connaissaient parfaitement l’objectif de l’expérience. Étant donné l’aspect très polémique de l’expérience de Milgram, Haggard a réfléchi pendant très longtemps avant de la tenter dans une version moderne. Mais la question de la responsabilité personnelle est importante aux yeux de la loi et il était nécessaire d’aller au coeur du problème.

    La sensation de pouvoir

    Une version moderne de l'expérience de Milgram sur l'émotion des participants sur leur sens de responsabilité

    Dans son expérience, les volontaires (toutes des femmes incluant les expérimentateurs pour éviter les effets du genre) ont reçu 29 dollars. Dans des pairs, ils se sont assis l’un en face de l’autre dans une table. Un clavier les séparait. Un participant désignait un agent qui pouvait taper une ou plusieurs touches. L’autre ne faisait rien. Mais pour certains pairs, l’autre touche devait transférer 5p à l’agent de l’autre participant. Ce dernier devenait donc la victime. Pour les autres, la touche devait délivrer un choc électrique douloureux, mais supportable au bras de la victime. Étant donné la différence de tolérance de chacun, chaque participant avait été testé sur son propre niveau de tolérance avant le test. Dans une expérience, l’expérimentateur était debout à côté de l’agent pour lui dire les touches qu’il devait presser. Dans une autre expérience, l’expérimentateur regardait ailleurs pour permettre à l’agent de presser librement sur la touche qu’il voulait.

    Une version moderne de l'expérience de Milgram sur l'émotion des participants sur leur sens de responsabilité

    Pour examiner le sens du pouvoir des participants, Haggard et ses collègues ont conçu l’expérience pour que la pression d’une touche provoque un son après quelques centaines de millisecondes. Et les 2 volontaires devaient fournir une estimation de l’intervalle de ce son. Le sens du pouvoir est une sensation subconsciente que les personnes ont le contrôle de leur action. Les psychologues ont établi que les gens perçoivent l’intervalle entre une action et son résultat comme étant plus courts s’ils estiment que l’action est de leur propre volonté. Par exemple, le fait de bouger son bras (action libre) ou que quelqu’un le bouge à sa place (action passive).

    Quand on leur a ordonné de presser la touche, les participants semblaient juger que leurs actions étaient plus passives par rapport au libre arbitre pur. Ils ont perçu l’intervalle comme étant plus long que la vraie durée. Dans une expérience séparée, les volontaires ont suivi des protocoles similaires tandis que des électrodes sur leur tête enregistraient leur activité neurale via une électroencéphalographie. Quand on leur a ordonné de presser une touche, leurs EEG étaient au calme plat suggérant que leurs cerveaux ne traitaient pas les résultats de leurs actions. En termes clairs, ils ne se sentaient pas responsables de leurs actions ce qui a été confirmé par les participants par la suite.

    Mais le point surprenant est que l’ordre de presser la touche était suffisant pour provoquer les effets. La pression de la touche ne provoque pas de dommages financiers ou physiques. Il semble que notre sens de la responsabilité est réduit quand quelqu’un vous dit de faire quelque chose et ce quelque chose peut être n’importe quelle action. Ces résultats montrent une nouvelle facette de l’obéissance où l’individu arrive à se dédouaner au niveau le plus subconscient. Cela peut aussi donner des éclairages sur les débats judiciaires et des impacts plus larges sur d’autres domaines de la société. Par exemple, des entreprises, qui veulent créer ou éviter des sens de responsabilité parmi les employés, pourraient en tirer des leçons de ces expériences.

     

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