Est-ce qu'il y a vraiment une guerre contre la science ?


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  • Les OGM, les anti-vaccins, le réchauffement climatique. Autant de sujets qui nous donnent l’impression d’une guerre sur la science, mais ce n’est pas une guerre, mais de l’anxiété face au progrès constant de la science.


    Plutôt que de parler d'une guerre contre la science, on doit se concentrer sur les problèmes qui inquiètent les opposants aux vaccins, aux OGM et les climato-sceptiques.

    Depuis des années, les médias de passe disent qu’il y a une guerre contre la science. Les journalistes rapportent que le financement de la recherche scientifique continue de baisser, les campagnes, pour critiquer le réchauffement climatique, attirent des millions de dollars et les politiciens font exactement le contraire du consensus des scientifiques (Lire aussi La science désenchantée par la démocratie). Mais un groupe d’académiciens a organisé récemment une réunion avec 2 historiens et des scientifiques pour parler de tous ces problèmes.

    Certes, les opposants aux OGM et aux vaccinations ainsi que les climato-sceptiques deviennent plus bruyants et plus organisés. Mais les opposants vivent dans des camps séparés et ils sont concernés par un seul problème et non la science dans son ensemble selon Roberta Millstein, historienne en sciences et philosophe à l’université de Californie. Elle s’est exprimé pendant une réunion annuelle de l’American Association for the Advancement of Scientists. La plupart s’accordent à dire qu’il faut mieux informer les citoyens plutôt que de s’enfermer dans des batailles rhétoriques. Millstein était la pacifiste. Il n’y a pas de guerre contre la science. Et s’il y en a une, alors il est contre-productif de l’appeler comme une guerre.

    L’inquiétude envers les vaccins

    Mark Largent, historien en sciences à l’université du Michigan, a interrogé plusieurs parents qui refusent de vacciner leurs enfants et il va plus loin dans l’argument. Les scientifiques doivent abandonner leurs positions bien tranchées et reconnaitre qu’ils ont un pouvoir immense dans de nombreux domaines sociaux. Les scientifiques d’aujourd’hui sont un groupe de personne très privilégié. Vous êtes vénéré, vous avez plus d’autorité sociale et culturelle que n’importe quel groupe incluant les personnes très riches. Une attitude défensive est négative pour la science. Elle peut aliéner les personnes qui sont déjà sceptiques sur les vaccins et d’autres découvertes.

    Et cet historien ajoute qu’il suffit de voir la rhétorique des opposants aux OGM et les climato-sceptiques. À chaque fois, ils brandissent des études scientifiques pour faire valoir leurs arguments même si l’étude est faussée. Cela prouve qu’ils ont un problème précis avec la science, mais ils n’ont rien contre la science en général. De plus, des camps retranchés peuvent s’accorder sur des faits basiques. Les opposants au vaccin sont parfois des gens très éduqués et ils connaissent très bien la science. Le désaccord vient de l’interprétation d’une étude, d’événement ou de déclarations précises. Et il ne suffit pas de balancer des données ou des études. Cela ne fonctionnera pas. Vous ne communiquez pas avec les gens sur les problèmes qui les inquiètent. Il y a une déconnexion. Les parents qui sont résistants aux vaccins sont souvent englués dans des batailles qui ont lieu à la maison. Ils sont anxieux et désemparés et les efforts de convaincre ces parents pourraient provoquer l’effet contraire en les renforçant dans leurs oppositions.

    Pour les OGM, Contre Monsanto

    Steve Strauss, professeur de foresterie (sylviculture) à l’université de l’Oregon, a donné de la voix sur les campagnes contre les aliments OGM. Les techniques de modification génétique ont augmenté le rendement agricole et elles ont réduit l’exposition des agriculteurs et des consommateurs aux pesticides. Les OGM ont permis de créer des graines renforcées qui peuvent nourrir des millions de personnes dans le monde. De nombreux produits en épicerie sont faits avec des OGM depuis des années.

    Et pourtant, des campagnes telles que non-GMO project verified avec leurs étiquettes non vérifiées pour les OGM se retrouvent encore sur des milliers de produits aux États-Unis. En 2014, cette campagne a prétendu identifier près de 22 000 produits. On a des étiquetages similaires dans de nombreux pays. Et le résultat est que ce marquage crée des stigmates dans la tête des gens sur le fait que les OGM sont forcément dangereux puisqu’il y a des étiquettes spéciales. Et en dépit du fait qu’on a des centaines d’études indépendantes qui prouvent que les OGM ne sont pas plus risqués sur les autres aliments. Et on se trompe de cible. Les gens n’ont pas de problèmes avec les OGM, mais bien dans le système qui les cultive et les commercialise. L’OGM est breveté sous toutes les coutures et des entreprises comme Monsanto sont en train de s’emparer de toute la planète. Les gens ont peur du brevet sur les OGM et non des aliments eux-mêmes. Si on utilise les OGM directement au service du public plutôt que de laisser les entreprises et les gouvernements les réguler, alors le problème disparait automatiquement. Il suffit de supprimer les grosses corporations de l’équation et vous verrez que l’ambiance et l’attitude envers les OGM peuvent changer du jour au lendemain.

    Le climato-scepticisme ? Blâmez certains scientifiques !

    Mais on ne met plus de gants quand il s’agit de réchauffement climatique. Ce domaine fait l’objet d’une bataille acharnée. Une recherche par l’historienne en science Naomi Oreskes et Erik Conway de l’université d’Harvard a démontré, dans leur livre Merchants of Doubt: How a Handful of Scientists Obscured the Truth on Issues from Tobacco Smoke to Global Warming, que des pseudo scientifiques, des entreprises et des agences de publicité ont créé un doute systématique sur le réchauffement climatique. Ils ont organisé des campagnes et des études qui contrecarraient les preuves scientifiques. L’objectif était de distiller le doute pour éviter les régulations qui protègent l’environnement. On se souvient qu’Exxon connaissait le réchauffement climatique depuis 40 ans et qu’il a tout fait pour désinformer le public.

    Dans le cas du réchauffement climatique, on est très proche d’une guerre contre la science. Mais Conway, un académicien indépendant à Pasadena, estime que ce n’est pas la même chose que les vaccins et les OGM. Et de conclure qu’il n’y a pas une seule guerre contre la science. Il est important de comprendre que tous ces opposants ne veulent pas gagner la guerre contre la science. Mais ils veulent uniquement jeter un doute pour retarder les régulations qui menacent leurs modes de vie actuels et leurs modèles économiques. Et même des petites améliorations peuvent changer les choses. Une loi au Michigan en 2004 a changé le processus des vaccinations obligatoires. Plutôt que d’obliger les parents à aller dans un centre de santé, un agent médical peut venir chez eux pour une session de vaccination. Les opposants ont baissé de 63 % à Détroit depuis l’implantation de cette mesure.

    Que ce soit la science ou la politique, chaque camp doit arrêter de crier qu’il a toujours raison. Le progrès est une question de compromis et de répondre aux inquiétudes de la part de tous les intervenants. Si les scientifiques se retranchent dans leurs camps, alors leurs opposants feront de même et on ne risquera pas d’avancer.

     

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