Des biologistes veulent éviter les revues scientifiques en publiant directement sur internet


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  • Les revues scientifiques sont de plus en plus critiquées pour leur modèle verrouillé et partial. C’est pourquoi un groupe de biologistes a lancé bioRxiv, une plateforme de pré-publication similaire à Arxiv pour les thématiques de la biologiques.


    bioRxiv, une plateforme de pré-publication pour les sciences du vivant afin que les travaux soient accessibles directement au public.

    La première revue scientifique a été publiée il a 351 ans et le processus de publication est basiquement resté le même. Les travaux sont rédigés, évalués et parfois publiés. Ce processus permet d’avoir des articles de grande qualité, mais c’est aussi incroyablement lent et un papier sur la biologie nécessite une moyenne de 6 mois avant sa publication. Mais parfois, les scientifiques doivent attendre des années avant que leurs travaux soient connus du public.

    Un groupe croissant de scientifiques veut changer ce modèle archaïque en publiant leurs travaux directement sur bioRxiv, une plateforme en accès ouvert de type pré-publication. Cela signifie que tout le monde peut lire gratuitement leurs travaux et commenter si c’est nécessaire. Les serveurs de pré-publications sont déjà fréquents en mathématique et dans la physique. Dans les années 1990, la plateforme Arxiv permet aux chercheurs de proposer leurs idées et parfois, ces papiers sont acceptés par les revues. En général, 80 % des papiers sur Arxiv sont ensuite publiés dans des journaux scientifiques.

    Des plateformes similaires existent pour les sciences du vivant, mais elles ont été rarement utilisées parce que les scientifiques ont peur de l’impact négatif sur leur carrière. Mais avec des délais de plus en plus lents et une sélection plus que douteuse des articles, les scientifiques veulent casser le modèle de publication conventionnelle en se réunissant derrière le Hashtag #ASAPbio. Les partisans de ce mouvement incluent la lauréate du Nobel de biologie Carol Greider de l’université Johns Hopkins et le neuroscientifique Steve Shea du Cold Spring Harbour Laboratory. Steve Shea a déclaré sur Twitter que son équipe possède un papier qui est en attente depuis 1 an et demi, mais désormais, tout le monde peut le lire sur bioRxiv.

    Les scientifiques ont plusieurs raisons d’apprécier la pré-publication. En premier lieu, la recherche est disponible pour le public et c’est logique puisque ce sont les citoyens qui financent la recherche avec leurs impôts. Secundo, cela permet d’accélérer le progrès scientifique. Par exemple, des sujets tels que le virus Zika permettent aux scientifiques de collaborer en analysant les découvertes quotidiennes des autres chercheurs. Et avec un support de plus en plus important, 70 grands scientifiques se sont rencontrés au Maryland pour déterminer si la pré-publication est l’avenir de la publication scientifique.

    Mais évidemment, les groupes de revue scientifique voient cette démocratisation de la recherche d’un oeil assez noir. L’éditeur Elsevier, détesté par de nombreux scientifiques, n’a pas manqué de dire que la pré-publication va conduire la recherche vers le bas. C’est un argument qui est devenu comme un mantra pour les éditeurs qui estiment que la pré-publication baisse le niveau des évaluations et qu’on peut publier tout et n’importe quoi. Mais bioRxiv mentionne clairement que les articles publiés ne sont pas acceptés ou confirmés par la communauté scientifique ou médicale. Et le mouvement ASAPbio a expliqué que les scientifiques ne doivent pas risquer leur carrière en se précipitant sur chaque découverte.

    De plus, on peut pulvériser l’argument des revues scientifiques quand on voit les énormes erreurs qu’elles peuvent commettre. Rien que la semaine dernière, un papier dans la revue PLOS ONE mentionnait que la main de l’homme est l’oeuvre du Créateur. On a également une controverse sur le processus d’évaluation et les abonnements exorbitants des revues. On a aussi l’initiative Sci-Hub où une neuroscientifique a publié gratuitement des millions de papiers scientifiques afin de distribuer la connaissance. Même la science a besoin de son Robin des bois.

    L’objectif de Sci-Hub est différent du mouvement ASAPbio, car Sci-Hub veut libérer la connaissance après que les revues aient mis la main sur le papier. ASAPbio veut agir en amont. Il ne veut pas se passer totalement des revues, mais il veut que le public puisse accéder immédiatement aux travaux scientifiques. Mais bioRxiv a encore des obstacles à surmonter. Un groupe tel que Cell n’accepte pas les papiers qui sont déjà publiés. Des comités de recrutement et de financement ne considèrent pas les articles de pré-publication ce qui fait que les jeunes biologistes auront dû mal à lancer leur carrière. Mais une chose est certaine. La science s’ouvre de plus en plus au public et franchement, il était temps !

     

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