NASA : Un projet pour Alpha Centauri pour 2069


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  • Il semble que le projet Breakthrough Starshot ait lancé une nouvelle course à l’espace. Un législateur américain demande à la NASA de lancer des sondes pour l’étoile Alpha Centauri à l’horizon 2069 qui est l’année où on va célébrer le 100e anniversaire de l’alunissage d’Apollo 11. Un projet excitant, mais irréalisable pour la technologie actuelle.


    Un législateur américain demande à la NASA de lancer des sondes pour l'étoile Alpha Centauri à l'horizon 2069 qui est l'année où on va célébrer le 100e anniversaire de l'alunissage d'Apollo 11

    Le député John Culberson, un fan de l’espace qui siège à la chambre des représentants et qui supervise aussi les budgets de la NASA, veut que l’agence fasse quelque chose pour aller sur Alpha Centauri. Dans son rapport, Culberson incite la NASA à développer de nouveaux modes de propulsions afin de pouvoir lancer des sondes pour atteindre Alpha Centauri, notre étoile la plus proche. Le représentant demande que l’agence fournisse une feuille de route sur une propulsion qui peut atteindre 10 % de la vitesse de la lumière (0,1 c) en l’espace de 12 mois.

    Le long et étrange voyage vers Alpha Centauri

    De nombreux scientifiques estiment qu’un voyage interstellaire est encore du domaine de la science-fiction. Les distances sont trop grandes et Alpha Centauri est à 4,4 années-lumières, soit près de 40 trillions de kilomètres. Le vaisseau le plus rapide que nous ayons, la sonde Helios, développée par la NASA et l’Allemagne, peut atteindre 250 000 km/h. À cette vitesse, il lui faudrait 18 000 ans pour atteindre Alpha Centauri. Pour avoir une durée raisonnable, il faut atteindre 10 % de la vitesse de la lumière au minimum pour arriver sur Alpha Centauri en 44 ans.

    Et une telle vitesse nécessite une quantité d’énergie phénoménale même pour une sonde ultralégère. Et c’est le défi du projet Starshot, qui est financé par le milliardaire russe Yuri Milnet, qui veut développer un vaisseau sur puce qui pèse moins d’un gramme. Et pour éviter de l’accélérer par du carburant et des moteurs lourds, le vaisseau va utiliser de grandes voiles solaires et il va atteindre 20 % de la vitesse de la lumière grâce à d’énormes lasers basés sur Terre.

    La Chambre des représentants admet que les formes conventionnelles de propulsion incluant celles qui sont chimiques, solaires ou nucléaires ne pourront jamais atteindre des vitesses interstellaires. Et la chambre suggère un certain nombre de recherches à la NASA incluant la propulsion par la fusion nucléaire. On ne maitrise pas encore la fusion nucléaire pour fournir de l’électricité sur Terre et donc, son utilisation pour la propulsion spatiale n’est pas pour demain. Le rapport mentionne aussi la fusion par antimatière qui permet d’alimenter le vaisseau par des explosions thermonucléaires. Sur Terre, des bombes H sont déclenchées par des bombes atomiques conventionnelles alimentées par du plutonium ou de l’uranium. Dans la version antimatière, une petite bille d’antimatière rencontre une matière normale et leur annulation fournit l’explosion qui déclenche à son tour l’explosion thermonucléaire. Et quand on a demandé comment protéger le vaisseau contre cette explosion ? La chambre a répondu que c’était un détail.

    Une autre technologie futuriste mentionnée par la Chambre est le Collecteur Bussard qui utilise des champs électromagnétiques pour extraire de l’hydrogène de l’espace interstellaire tout au long du voyage. Cette technologie comprime suffisamment l’hydrogène pour provoquer la fusion nucléaire en fournissant la poussée nécessaire. Le Collecteur Bussard est très populaire dans les livres de science-fiction, car théoriquement, le vaisseau a du carburant illimité en collectant au fur et à mesure.

    Les racines du Starshot de la NASA

    De nombreux scientifiques sourient quand on leur parle du Collecteur Bussard, mais le rapport mentionne aussi l’énergie par faisceau. Le rapport mentionne explicitement le programme NASA Innovative Advanced Concepts (NIAC). Ce programme étudie le développement de propulsion pour atteindre une vitesse de 0,1 c pour un vaisseau de la taille d’une petite plaquette. Et ce n’est pas une coïncidence que cette propulsion est similaire au projet Breakthrough Starshot de Yuri Milner. En effet, l’étude en question, intitulée Directed Energy Propulsion for Interstellar Exploration (DEEP IN), est la technologie envisagée par le projet de Yuri Milner.

    DEEP IN est une création de Philip Lubin de l’université de Californie. Il a déclaré qu’il a proposé plusieurs applications basées sur des alimentations par laser au NIAC en 2014. Et le programme a été envisagé pour la propulsion spatiale. La NASA a apprécié l’idée et elle a accordé des petites subventions pour faire des recherches supplémentaires.

    Dans le même temps, Lubin a rencontré Pete Worden, ancien directeur du NASA Ames Research Center qui a quitté son poste pour travailler avec Milner sur les initiatives Breakthrough. Worden était enthousiaste par l’idée de Lubin sur des vaisseaux propulsés par des lasers et Lubin a pu rencontrer Milner et ils ont lancé le projet Breakthrough Starshot par la suite. Dans l’équipe, on a également Avi Loeb, astrophysicien de l’université d’Harvard. L’année dernière, Loeb a étudié de nombreux programmes de voyages interstellaires pour Milner et aucun n’était faisable à part les sondes miniatures propulsées par des lasers. À la base, Lubin pensait à des lasers stationnés dans l’espace, mais Milner a insisté pour qu’ils soient sur Terre sinon ce serait trop long et trop couteux. Après tous ces développements, l’équipe a fait son annonce officielle le 11 avril 2016.

    La Chambre des représentants estime qu’elle perd du terrain face aux initiatives privées alors que depuis des années, la NASA symbolisait le progrès et des idées très avant-gardistes. De son côté, Loeb est excité par le projet, car c’est bien plus grand que d’envoyer un homme sur la lune. Les prochaines années vont être excitantes et nous mettons nos réputations en jeu avec ce projet.

    Le NIAC sera l’endroit adapté pour tous les projets interstellaires de la NASA. Pour le NIAC, tous les fonds sont les bienvenus pour développer de nouvelles technologies de propulsion. Même si on n’atteint pas Alpha Centauri, le moindre progrès dans la propulsion sera une avancée considérable pour toute l’exploration spatiale. La question sera de savoir si le projet de Milner et celui de la NASA seront en concurrence. Pour Loeb, les 2 pourront travailler ensemble et c’est une question d’avoir les yeux sur le ballon plutôt que de le garder pour soi. Pour de nombreux observateurs, ce projet est un gaspillage de temps et d’argent, mais on a dépensé bien plus dans d’autres domaines pour des avantages inexistants. Si on suppose que le projet pour atteindre Alpha Centauri nécessite 100 milliards de dollars, alors ce serait une fraction du montant des 1 000 milliards de dollars qui ont été utilisés pour le remboursement des banques en 2008. De plus, la course spatiale entre les États-Unis et la Russie dans le passé ont permis de créer de nouvelles technologies qui ont changé le monde. Et on espère que le voyage vers Alpha Centauri nous donne les mêmes bienfaits.

     

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