Victimes de terrorisme, un souvenir déformé de la sécurité ?

Les victimes de terrorisme sont plus médiatisées que les meurtres. Pourquoi une telle concentration médiatique et publique sur quelques victimes ? Est-ce que notre souvenir des victimes du terrorisme est déformé par la sécurité ?


Les victimes de terrorisme sont plus médiatisées que les meurtres. Pourquoi une telle concentration médiatique et publique sur quelques victimes ? Est-ce que notre souvenir des victimes du terrorisme est déformé par la sécurité ?
Jose Louis Morales prie pour son frère Edward Sotomayor Jr. qui a été tué à Orlando - Crédit : REUTERS.

Est-ce que les Américains sont protégés contre le ? 45 morts à Orlando, 5 morts à Dallas et 3 morts à Baton Rouge en 2016. 12 morts à San Bernadino, 3 morts dans une clinique Planned Parenthood à Colorado Springs et 9 morts dans une église à Charleston en 2015.

De plus, les Américains ont été inondés par les actualités sur les attaques à Nice et à Bruxelles en 2016 sans oublier les 2 attaques à Paris. Les attaques djihadistes ont augmenté en Europe en passant de 4 à 2014 à 17 en 2015. On rapporte plus de morts liées au terrorisme dans le monde entier, mais les médias américains en parlent très peu.

De 2002 à 2015, 80 Américains ont été tués dans les attaques terroristes. Les 57 personnes tuées en 2016 sont égales aux victimes des 13 années précédentes. Et les attaques au niveau mondial donnent l’impression aux Américains que le danger va crescendo. Et une évolution dans la manière dont nous nous souvenons des morts de la depuis le Vietnam peut être l’une des raisons pour laquelle, les morts du terrorisme prennent tellement de place dans l’imagination publique.

En comparaison des meurtres et des victimes d’accidents routiers, les morts du terrorisme sont moins importants. En 2013, le FBI a rapporté que 13 716 Américains ont été assassinés, soit l’équivalent d’un massacre d’Orlando toutes les 32 heures. En 2014, 32 615 Américains sont morts dans des accidents routiers. En d’autres termes, les 57 Américains, qui sont morts de terrorisme en 2016, représentent seulement 0,42 % de tous les meurtres et 0,17 % des victimes d’accidents routiers.

Pourquoi les attaques terroristes sont tellement médiatisées ? Pourquoi la peur du terrorisme est un problème majeur dans l’élection actuelle ? Un sondage du Pew Research Center montre que 80 % des Américains considèrent le terrorisme comme un problème très important. L’économie reste le principal problème pour 84 % des Américains.

La formulation de la terreur

Quand on est confronté à une tragédie inhabituelle et pseudo-aléatoire, nous tentons de lui donner une signification par rapport à d’autres horreurs historiques plus familières. Quand l’administration Bush a décidé, après le 11 septembre 2001, de surnommer ses représailles comme la Guerre contre la Terreur, elle a donné un modèle aux Américains pour comprendre les attaques futures.

La manière dont l’attaque d’Orlando a été étiquetée et formulée par les médias et les politiciens façonne la manière dont nous percevons cet événement horrifique. Pour ceux qui la voient comme un meurtre de masse, Orlando est la preuve de la disponibilité des armes automatiques aux citoyens. Cependant, une grande partie de la couverture médiatique d’Orlando s’est concentrée sur le tueur et son islamisme extrémiste. Les 49 morts sont devenues moins anonymes que les milliers de personnes qui sont tuées avec des armes à feu chaque année. Au lieu, les Américains ont perçu ces 49 morts comme des victimes de guerre et on s’en souvient comme des soldats qui sont morts au champ d’honneur.

J’ai étudié les représentations des victimes de guerre dans les médias, les livres et les citations pour la médaille d’Honneur. Depuis la guerre du Vietnam, l’armée américaine, les éditeurs de livre et les médias ont abandonné les conventions pour parler des victimes de guerre.

Les nouveaux types d’héroïsmes au Vietnam

Avant le Vietnam, l’approche dominante était de se concentrer sur les actions héroïques des soldats et comment ils avaient contribué à la victoire américaine pour que nous trouvions un sens à leur sacrifice ultime. Les médias nommaient parfois les soldats morts, mais ils parlaient très peu de leurs vies avant l’armée. Leurs familles étaient ignorées ou elles étaient présentées comme des patriotes stoïques, fiers du sacrifice de leurs maris, de leurs fils ou de leurs pères. L’armée américaine donnait principalement des médailles pour des actes qui avaient tué des soldats ennemis. Le traumatisme émotionnel et physique des soldats pendant le combat était ignoré des médias, des livres scolaires ou des politiciens. Les photos des soldats américains morts avaient souvent le visage caché et les légendes omettaient leurs noms.

Mais la représentation des soldats américains morts a changé radicalement pendant la guerre du Vietnam. Les médailles étaient données pour avoir sauvé la vie de soldats américains plutôt que d’avoir tué des ennemis. Les médias américains, pendant la guerre du Vietnam, se sont concentrés sur la souffrance des familles des soldats morts ou blessés.

Des soldats transportent un blessé pendant la guerre du Vietnam

Des soldats transportent un blessé pendant la guerre du Vietnam

Les prisonniers de guerre ont reçu une attention croissante pendant le Vietnam ainsi que pendant la crise iranienne des otages en 1979 à 1981. Les photos de guerre présentaient plus des soldats dans la souffrance plutôt que des tableaux héroïques et ces images illustraient de longs articles sur les difficultés des blessés physiques et mentaux par rapport au retour à la vie civile. Les livres sur des guerres victorieuses telles que la Seconde Guerre mondiale, mais également le Vietnam cherchaient à décrire la terreur et l’agonie du combat plutôt que de dépeindre des soldats héroïques.

L’honneur sans la victoire

La nouvelle manière de présenter les soldats en guerre faisait partie des efforts pour trouver de l’honneur dans la défaite américaine au Vietnam et c’est la même chose pour les guerres sans fin actuelles en Afghanistan et en Irak. Les soldats ne sont pas honorés pour la victoire. Au lieu, on les glorifie pour avoir sauvé des vies ou pour avoir surmonté leurs traumatismes. Le résultat est que la valeur des soldats dans le combat est devenue des dommages collatéraux minimaux.

Le nom de chaque soldat mort est publié par les médias en suivant le modèle du mémorial dédié à la guerre du Vietnam. Le mémorial est une simple liste de noms sans donner les raisons de la guerre. Quand un meurtre de masse est considéré comme du terrorisme domestique, alors les victimes sont considérées comme des pertes dans la Guerre contre la Terreur. Et de ce fait, leurs morts sont visualisées et comprises à travers le modèle des soldats morts au champ d’honneur. Chaque mort à Orlando, à Baton Rouge, à Dallas, à San Bernardino, à Charleston ainsi que ceux qui sont morts pendant le 11 septembre deviennent des sujets biographiques dans les médias de masse. Quand on construit des mémoriaux pour se souvenir de chacune de ces tragédies, alors ces mémoriaux vont se concentrer sur les noms des morts comme l’One World Trade Center qui commémore les pertes du 11 septembre.

Ce modèle rend les attaques plus personnelles pour le public parce que nous connaissons les détails personnels des victimes et donc, nous pensons les connaitre et comprendre le traumatisme de leur famille. Quelques morts deviennent des manifestations sur le fait qu’il y a une guerre en Amérique. Ces morts très médiatisés provoquent des niveaux de peur et de colère qui augmentent la difficulté de comprendre les causes actuelles de ces crimes et proposer des politiques gouvernementales qui peuvent empêcher des attaques futures.

Traduction d’un article de The Conversation par Richard Lachmann, professeur de sociologie à l’université de New York à Albany.

 

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Estelle Dufresne

Ancienne journaliste dans plusieurs titres de la presse régionale. Mais comme la presse régionale n'existe plus, je me suis recyclé dans les rubriques internationales de plusieurs sites en ligne.

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