Ketan Desai, le président corrompu de l’Association médicale mondiale (AMM)

Dans un éditorial dans The BMJ, des médecins indiens se posent des questions sur la nomination de Ketan Desai à la présidence de l’Association Médicale Mondiale. Ketan Desai est impliqué dans plusieurs affaires de corruption.


Dans un éditorial dans The BMJ, des médecins indiens se posent des questions sur la nomination de Ketan Desai à la présidence de l'Association Médicale Mondiale. Ketan Desai est impliqué dans plusieurs affaires de corruption.
Crédit : REUTERS/Pawan Kumar

Dans le passé, les médecins indiens avaient des doutes sur les principes éthiques du Conseil médical en , mais ils respectaient toujours ceux de l’Association Médical mondiale () ou la ().1 Après tout, l’AMM, qui a été fondé le 18 septembre 1947, soit un mois après l’indépendance de l’Inde représentait 27 associations médicales internationales qui avaient toutes une bonne réputation. Malheureusement, ces principes éthiques de l’AMM semblent avoir baissé avec la nomination de , un urologue indien, à la présidence de l’Association Médical Mondiale le 21 octobre 2016.2

Cette association est désormais présidée par un individu qui est accusé de corruption en 2010, notamment il est accusé d’avoir pris un pot-de-vin de 450 000 dollars. Desai nie cette accusation, mais cette affaire de corruption l’avait empêché d’être nommé président en 2010. Une analyse des rapports d’une cour indienne par Reuters et des interviews révèle que les accusations criminelles sont toujours en cours contre Desai.3 Arthur Kaplan, directeur de l’éthique médicale au Langone Medical Center à l’université de New York estime qu’il faut choisir un autre président. À chaque fois que vous luttez contre la torture, que vous défendez des médecins en danger dans des régimes totalitaires, que vous vous battez pour réduire la pauvreté, alors les gens vont simplement désigner votre président et vous répondre : Pourquoi devrait-on se battre pour toutes ces causes alors que votre propre président est corrompu ?3

En 2013, l’AMM a voté pour lever la suspension pour la nomination de Ketan Desai à la demande de l’Indian Medical Association (IMA). Le problème est que Desai a été le président de cette association de 2001 à 2002. K K Aggarwal, le secrétaire général de l’IMA et un conseiller officiel sur le comité de l’éthique médicale de l’IMA, a déclaré qu’il n’y avait plus aucune accusation de corruption contre Desai. La WMA répète cette réponse en estimant qu’à notre connaissance, toutes les charges ont été levées.4 Cependant, Ketan Desai a assisté à une audience judiciaire le 4 novembre 2014 pour se défendre d’une accusation de corruption. Le procès est ajourné jusqu’en février 2017.5

Sous de telles circonstances, il est difficile de comprendre pourquoi la WMA a choisi de nommer Ketan Desai. De plus, on est intrigué par 3 points dans cette affaire : Pourquoi la WMA n’a-t-elle pas interrogé les différents tribunaux sur les accusations contre Desai plutôt que de s’en remettre uniquement à une déclaration d’Aggarwal ? Si l’AMM l’avait fait, alors elle aurait découvert les dossiers en cours. Ensuite selon la charge de la WMA, l’association sert de chambre de compensation pour les ressources éthiques pour ses membres et elle coopère avec les institutions académiques et les organisations qui s’occupent de l’éthique. Alors pourquoi la WMA n’a-t-elle pas consulté les différentes institutions sur l’éthique en Inde ? L’association avait plus de 4 ans pour faire ces demandes. Et à notre connaissance, aucun de corps constituants de la WMA incluant les annexes anglaises, américaines, canadiennes ou australiens n’ont fait ce type de demande.

Nous pensons que les organisations telles que la WMA, qui utilise les principes démocratiques pour choisir leur président, doivent être irréprochables sur les normes éthiques.6 Dans ce cas, la nomination d’un président qui est accusé de corruption, baisse considérablement ces normes éthiques. En temps normal, l’élection d’un collègue indien à une institution aussi prestigieuse aurait été accueillie avec fierté et honneur. Mais les médecins indiens se battent contre la corruption du système de santé en Inde et ce type de nomination sape énormément les luttes au quotidien contre ce fléau.

Cet éditorial publié sur le BMJ a été écrit par Sunil Pandya, neurochirurgien, Sanjay Nagral, chirurgien dans le domaine gastro-intestinal et Samiran Nundy qui est également un chirurgien gastro-intestinal.

Source : the BMJ

Sources

1.
World Medical Association. World Medical Association. http://www.wma.net/. Accessed November 12, 2016.
2.
Décisions de l’Assemblée Générale annuelle de l’AMM. AMM. http://www.wma.net/fr/40news/20archives/2016/2016_29/index.html. Accessed November 12, 2016.
3.
Indian doctor’s legal troubles bedevil global medical-ethics body. Reuters. http://www.reuters.com/investigates/special-report/india-medicine-doctor/. Published July 30, 2015. Accessed November 12, 2016.
4.
“Tainted” doctor at helm. The Telegraph. http://www.telegraphindia.com/1161022/jsp/frontpage/story_114989.jsp#.WBcy1ck2f2U. Accessed November 12, 2016.
5.
Kalra and Suchitra Mohanty A. WMA president Ketan Desai attends court hearing in corruption case. Reuters India. http://in.reuters.com/article/wma-president-desai-idINKBN130041. Published November 5, 2016. Accessed November 12, 2016.
6.
Ethics. WMA. http://www.wma.net/en/20activities/10ethics/. Accessed November 12, 2016.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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