mercredi , 22 novembre 2017

Découverte de produits chimiques nocifs datant des 1970 au fond des océans

Les chercheurs rapportent la découverte des substances chimiques interdites depuis les années 1970 dans les zones les plus profondes de l’océan. Les Polluants Organiques Persistents (POP) contaminent désormais les fosses marines les plus profondes de notre planète.


Découverte de produits chimiques nocifs datant des 1970 au fond des océans
Les Hirondellea gigas sont des charognards très voraces connus pour consommer n'importe quelle matière organique qui provient de la surface des océans incluant des polluants - Crédit : Dr Alan J. Jamieson, Newcastle University
Une étude, menée par le Dr Alan Jamieson, montre la première preuve que des polluants ont atteint les profondeurs extrêmes des océans. En analysant des amphipodes dans les fosses marines des Mariannes et de Kermadec, qui sont situés à 10 km de profondeur et s’étendant sur 7 000 km, l’équipe a trouvé des niveaux très élevés de Polluants Organiques Persistents (POP) dans les tissus graisseux de ces organismes. Ces substances incluent des polychlorobiphényles (PCB) et des Polybromodiphényléthers (PBDE) qu’on utilisait principalement comme des isolants électriques et des retardateurs de flamme.

En publiant leurs découvertes dans la revue Nature Ecology & Evolution, la prochaine étape est de comprendre les conséquences de cette contamination et les effets sur les écosystèmes à grande échelle. Le Dr Jamieson, principal auteur de l’étude, a déclaré qu’on pense que les profondeurs des océans sont des régions totalement préservées, mais notre recherche suggère que la pollution humaine a réussi à les atteindre. En fait, les niveaux de contamination que nous avons trouvés dans les amphipodes sont similaires à ceux de la Baie de Suruga, l’une des zones industrielles les plus polluées dans le nord du pacifique.

Un héritage du passé

Les PCBs ont été produits des années 1930 jusqu’aux 1970 et on avait atteint une production de 1,3 million de tonnes dans la région. Libérés dans l’environnement via les accidents industriels et les fuites des dépotoirs, ces polluants sont insensibles à la dégradation naturelle et ils peuvent persister dans l’environnement pendant des décennies.

Les auteurs suggèrent que les polluants se sont frayé un chemin dans les fosses marines via des débris de plastique contaminés et des animaux morts qui coulent au fond des océans. Ensuite, ces animaux et ces débris sont consommés par les amphipodes et d’autres faunes et ces dernières deviennent la nourriture pour de grands prédateurs en risquant de contaminer toute la chaine alimentaire.

Les océans sont le plus grand biome de la planète et l’océan profond fonctionne comme un gigantesque évier pour les polluants et les déchets qu’on déverse dans les mers. Ces polluants s’accumulent ensuite via la chaine alimentaire et donc, on a des concentrations beaucoup plus élevées qu’à la surface. Pour les chercheurs, cela suggère que les profondeurs et la surface des océans sont intimement connectées et que tôt ou tard, ce que nous jetons dans les profondeurs nous reviendra dessus tôt ou tard dans une forme ou autre. En 2014, une étude avait suggéré que les POPs allaient tôt ou tard s’enfoncer dans les océans.1 Cette étude montrait que les POP et d’autres polluants étaient une source de contamination possible dans les zones côtières. Dès 2014, les chercheurs estimaient que les poissons dans l’océan profond étaient contaminés et cette nouvelle étude vient juste de le prouver. Et en 2015, une autre étude avait déjà confirmé la présence des PCBs et des PBDEs dans les sédiments marins allant du nord du pacifique jusqu’à l’Arctique.2

Source : Nature Ecology and Evolution (http://dx.doi.org/10.1038/s41559-016-0051)

Sources

1.
Farrington J, Takada H. Persistent Organic Pollutants (POPs), Polycyclic Aromatic Hydrocarbons (PAHs), and Plastics: Examples of the Status, Trend, and Cycling of Organic Chemicals of Environmental Concern in the Ocean. oceanog. 2014;27(1):196-213. doi: 10.5670/oceanog.2014.23
2.
Ma Y, Halsall CJ, Crosse JD, et al. Persistent organic pollutants in ocean sediments from the North Pacific to the Arctic Ocean. J Geophys Res Oceans. 2015;120(4):2723-2735. doi: 10.1002/2014jc010651
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A propos de Jacqueline Charpentier

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Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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