L’effet de la légalisation de la prostitution sur certains crimes

Une étude suggère que la création des Tippelzones aux Pays-Bas qui sont des zones où certaines drogues et la prostitution sont légales contribue à réduire le taux de criminalité. Toutefois, cela dépend également si ces zones vont exiger des permis et le timing de ces permis est important pour avoir un effet positif sur le long terme.


Une étude suggère que la création des Tippelzones aux Pays-Bas qui sont des zones où certaines drogues et la prostitution sont légales contribue à réduire le taux de criminalité. Toutefois, cela dépend également si ces zones vont exiger des permis et le timing de ces permis est important pour avoir un effet positif sur le long terme.

Les pays ont différentes mentalités sur des aspects sensibles tels que la ou la . Certains pays comme la Suède interdisent la prostitution, mais les sont connus pour leurs pratiques progressistes dans ce domaine. On peut adopter une approche dogmatique sur ces tabous ou plus pragmatique en estimant que de toute façon, on n’arrivera jamais à éradiquer la prostitution et que la lutte contre le trafic de drogue est une bataille perdue d’avance.

Les Tippelzones permettent de baisser le taux de criminalité

Mais est-ce que la légalisation de la drogue ou de la prostitution possède un effet sur le taux de criminalité ? Dans la revue American Economic Journal: Economic Policy, Paul Bisschop, Stephen Kastoryano et Bas van der Klaauw ont examiné les effets de ce qu’on appelle des Tippelzones.1 Les Tippelzones sont des zones publiques aux Pays-Bas où la prostitution de rue est légale. La première Tippelzone a été créé en 1983 à La Haye et par la suite, 8 autres Tippelzones ont été créés dans différentes villes.

La Tippelzone possède plusieurs avantages. Il permet de concentrer les prostituées et les vendeurs de drogue dans une seule zone et cela les éloigne des zones résidentielles. De plus, on sait que les prostitués sont l’une des populations les plus vulnérables et donc, la Tippelzone leur offre un endroit plus sûr et mieux régulé. Les détracteurs des Tippelzones estimaient que ces zones allaient augmenter le taux de criminalité, car ils facilitaient l’interaction entre les vendeurs de drogue, les prostitués et les réseaux de crime organisé. Les partisans estiment, qu’à cause de la présence policière conséquente dans ces zones, cela réduit le taux de criminalité et que cela relocalise les crimes dans les autres zones.

L’étude montre que c’est la seconde hypothèse qui est validée.2 Dans les 2 premières années de l’ouverture d’une Tippelzone, les villes ont enregistré une baisse de 13 à 14 % sur l’abus sexuel et le viol. Toutefois, les crimes tels que les agressions violentes et la possession illégale d’arme étaient restés stables. Et c’est logique, car ce type de crime n’est pas associé à la prostitution. Mais il y a une subtilité.

L’importance des permis dans les Tippelzones

Les villes qui ont ouvert des Tippelzones avec des systèmes de permis ont connu des résultats bien meilleurs. Ces villes ont enregistré une baisse du taux de la criminalité sur le long terme et une baisse de 25 % sur les crimes associés aux drogues. Cependant, les villes, qui ont créé le système de permis, après l’ouverture des Tippelzones, ont connu une baisse initiale de taux de criminalité, mais elles ont enregistré une hausse par la suite. Cela suggère que si on passe par un système de permis dans une zone déjà ouverte, certaines prostituées ont été écartées de la zone en provoquant une hausse du taux de crime.

Actuellement, des pays comme l’Allemagne, la Suisse, l’Italie ou l’Angleterre testent la légalisation de prostitution et les auteurs suggèrent que les législateurs prennent l’exemple sur les Pays-Bas pour éviter de créer des effets négatifs en partant d’une bonne intention. Aux Pays-Bas, le système de permis a favorisé les prostitués qui étaient toxicomanes pour que les structures de santé bénéficient aux personnes les plus vulnérables. Dans les zones sans permis, les nuisances liées à la drogue ont augmenté de 6 points au niveau de la ville. Dans les zones avec permis, les nuisances de drogue ont baissé globalement dans la ville, mais elles ont augmenté dans les Tippelzones voisines.

La canalisation des comportements violents

Stephen Kastoryano, l’un des auteurs de l’étude, explique également que la légalisation de la prostitution a des impacts économiques secondaires. Si on ouvre une Tippelzone dans une zone industrielle peu fréquentée, alors on va assister à une augmentation du trafic routier et de la circulation des personnes. Cela suggère d’une part, qu’il y a une forte demande pour la Tippelzone, mais qu’elle est simplement plus visible. Les hommes, qui sont les clients, le faisaient déjà auparavant dans d’autres quartiers et sans la Tippelzone et sa surveillance renforcée, ces hommes auraient pu devenir violents.

En les canalisant dans des zones appropriées, on a baissé le taux de crime au niveau global. Cette étude montre que la Tippelzone n’est pas parfaite, mais elle permet de réduire les abus et les viols de manière conséquente si on les implémente avec un bon système de permis. Les pays, qui continuent de fermer les yeux sur la prostitution en les condamnant systématiquement, sont dans l’erreur. Ce n’est pas avec des lois plus strictes que la prostitution va disparaitre par magie. Elle va simplement passer par des circuits souterrains où aucune surveillance n’est possible.

Le cas de la légalisation accidentelle de la prostitution au Rhode Island

L’affaire de Rhode Island est un bon exemple de l’impact de la légalisation de la prostitution même si elle est accidentelle. En 1980, le Rhode Island a voté une loi pour criminaliser la prostitution, mais il y avait un vide juridique qui légalisait la prostitution si elle était pratiquée à l’intérieur. Ainsi, la prostitution dans les rues était interdite, mais elle était autorisée dans les salons de massage ou les hôtels. On a découvert ce vide juridique en 2003 quand des policiers ont arrêté plusieurs prostitués dans des salons de massage. À cause du vide juridique, les accusés ont été libérés et les législateurs ont comblé le vide juridique en l’espace de quelques jours.

Mais des chercheurs ont profité de cette légalisation accidentelle pour en mesurer l’effet sur certains crimes pendant les 7 ans du vide juridique. Ainsi, le nombre de viols a baissé de 31 % et le nombre de cas de gonorrhée pour les femmes a baissé de 39 % sur une période de 2004 à 2009.3 L’étude est purement observationnelle et elle montre une corrélation et non une causalité. Mais on voit les mêmes effets à chaque fois qu’on légalise la prostitution de manière responsable.

Sources

1.
Bisschop P, Kastoryano S, van der Klaauw B. Street Prostitution Zones and Crime. A. 2017;9(4):28-63. doi: 10.1257/pol.20150299
3.
Cunningham S, Shah M. Decriminalizing Indoor Prostitution: Implications for Sexual Violence and Public Health. National Bureau of Economic Research; 2014. doi: 10.3386/w20281

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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