lundi , 20 novembre 2017

Une analyse ADN révèle l’origine des Minoens et des Mycéniens

Une analyse d’ADN a révélé que les anciens Minoens et Mycéniens sont génétiquement similaires et qu’ils descendent des premiers agriculteurs néolithiques.


Une analyse ADN révèle l’origine des Minoens et des Mycéniens
Une fresque minoenne - Crédit : Wikimedia Commons
Ils ont probablement migré de l’Anatolie vers la Grèce et la Crète des milliers d’années avant l’âge du bronze. Les Grecs modernes sont principalement des descendants des Mycéniens selon l’étude. La découverte des civilisations minoennes et mycéniennes sur l’île de Crète et sur la Grèce continentale à la fin des années 1800 a donné naissance à l’archéologie moderne et elle a ouvert une fenêtre directe vers l’âge de bronze européen. On connaissait uniquement cette période de l’histoire que par les épopées d’Homer sur l’Iliade et l’Odyssée.

La civilisation minoenne a prospéré en Crète à partir du troisième millénaire avant l’ère commune. Cette civilisation était étonnamment avancée sur le plan artistique et technologique. Les Minoens étaient également les premiers lettrés d’Europe. La civilisation mycénienne s’est développée en Grèce continentale au deuxième millénaire avant l’ère commune. Elle a partagé de nombreuses caractéristiques culturelles avec les Minoens. Ils ont utilisé le Linéaire B qui est une forme ancienne de grec.

Les origines des peuples Minoens et mycénien ont intrigué les archéologues depuis plus de 100 ans. On estime qu’ils proviennent de différentes populations ancestrales. Mais désormais, une nouvelle analyse de l’ADN minoen et mycénien fournit de nombreuses pistes. Une équipe internationale de chercheurs de l’Université de Washington, de la Faculté de médecine de Harvard et de l’Institut Max Planck ainsi que des archéologues et d’autres collaborateurs en Grèce et en Turquie, rapportent les premières données de la séquence d’ADN du génome sur des habitants de l’âge du Bronze de la Grèce continentale, de la Crète et de l’Anatolie du Sud-ouest.

Une inscription en Linéaire A sur une tablette d'argile de la Crète du 15e siècle avant l'ère commune. A cause de Linéaire A et des hiéroglyphes utilisés en Crète qui n'ont jamais été déchiffré, on ignore l'origine de ce langage, mais il semble distinct de l'ancien grec - Crédit : Zde - CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=52832727

Une inscription en Linéaire A sur une tablette d’argile de la Crète du 15e siècle avant l’ère commune. A cause de Linéaire A et des hiéroglyphes utilisés en Crète qui n’ont jamais été déchiffré, on ignore l’origine de ce langage, mais il semble distinct de l’ancien grec – Crédit : Zde – CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=52832727

George Stamatoyannopoulos de l’Université de Washington est l’auteur principal du papier décrivant les nouveaux résultats. L’étude a été publiée dans la revue Nature. Les chercheurs ont analysé l’ADN des dents provenant des restes de 19 personnes et en se basant sur les preuves archéologiques, ces restes appartiennent sans doute à des Minoens de Crète, à des Mycéniens de la Grèce continentale et à des personnes qui vivaient dans le sud-ouest de l’Anatolie.

Les échantillons d’ADN ont été recueillis par Stamatoyannopoulos et ses collaborateurs et ils ont d’abord été analysés dans son laboratoire. Par la suite, Stamatoyannopoulos a commencé à collaborer avec Johannes Krause de l’Institut Max Planck, qui a entrepris un séquençage complet de l’ADN génomique en utilisant des techniques développées dans son laboratoire et P David Reich de la Faculté de médecine de Harvard, qui a travaillé avec Iosif Lazaridis pour l’analyse génétique statistique des données.

On a comparé les génomes minoens et mycéniens les uns par rapport aux autres, mais également avec plus de 330 autres génomes anciens et 2 600 génomes humains actuels du monde entier. Les résultats de l’étude montrent que les minoens et les Mycéniens étaient génétiquement très similaires, mais pas identiques aux Grecs modernes. Les minoens et les Mycéniens descendent principalement des premiers agriculteurs du Néolithique. Ces derniers ont migré des milliers d’années avant l’âge du bronze en Anatolie dans ce qu’on connait aujourd’hui comme la Turquie.

Les Mionens, les Mycéniens et les Grecs modernes ont également eu une certaine ascendance concernant les personnes anciennes du Caucase, de l’Arménie et de l’Iran. Cette découverte suggère que certaines migrations se sont produites dans l’Anatolie égéenne et celle du sud-ouest pour partir vers l’est après les premiers agriculteurs selon Lazaridis.

Même si les Minoens et les Mycéniens possèdent des origines génétiques des premiers agriculteurs et des Orientaux, les Mycéniens ont une composante supplémentaire de leur ascendance vers les anciens habitants de l’Europe de l’Est et de l’Eurasie septentrionale. Cette lignée, connue comme l’Ancien nord eurasien est l’une des trois populations ancestrales des Européens actuels et elle se trouve également dans les Grecs modernes.

Une tablette d'argile, datant de 1450-1375 avant l'ère commune inscrite avec le Linéaire B. Le Linéaire B de la civilisation Mycénienne représente une ancienne forme du grec. Ce Linéaire B descend du Linéaire A (ce dernier n'est pas encore déchiffré) qui provient de la civilisation minoenne - Crédit : Vintagedept - Flickr: Clay Tablet inscribed with Linear B script, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=17430575

Une tablette d’argile, datant de 1450-1375 avant l’ère commune inscrite avec le Linéaire B. Le Linéaire B de la civilisation Mycénienne représente une ancienne forme du grec. Ce Linéaire B descend du Linéaire A (ce dernier n’est pas encore déchiffré) qui provient de la civilisation minoenne – Crédit : Vintagedept – Flickr: Clay Tablet inscribed with Linear B script, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=17430575

Depuis plus de 100 ans, de nombreuses hypothèses très disputées ont circulé sur l’origine des habitants de l’âge du bronze, de la Grèce antique et moderne incluant ce qu’on connait comme l’Arrivée des Grecs à la fin du deuxième millénaire. On a également l’hypothèse “Black Athena” des origines afroasiatiques de la civilisation classique grecque ainsi que l’hypothèse de l’historien allemand Fallmerayer du 19e siècle sur le fait que les descendants des anciens Grecs avaient disparu au début de l’époque médiévale.

Cette nouvelle étude ne résout pas toutes les questions, mais elle fournit quand même des réponses importantes. On doit noter que ces résultats réfutent l’hypothèse largement répandue selon laquelle les Mycéniens étaient une population étrangère en Égée et qu’ils n’étaient pas liés aux Minoens. Les résultats infirment également l’hypothèse selon laquelle les Grecs modernes ne descendent pas des Mycéniens et des populations grecques anciennes.

Sur de grandes échelles, la nouvelle étude montre qu’il y avait une continuité génétique en Égée depuis l’époque des premiers agriculteurs jusqu’à la Grèce actuelle, mais que cette continuité n’était pas isolée. Les peuples de la partie continentale grecque se sont mélangés avec les anciens Eurasiens du Nord et les peuples de la steppe de l’Europe de l’Est avant et après l’époque des Minoens et des Mycéniens. Cela peut fournir le lien manquant entre les locuteurs grecs et leurs parents linguistiques en Europe et en Asie.

Source : Nature (http://dx.doi.org/10.1038/nature23310)

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A propos de Jacqueline Charpentier

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Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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