La préhistoire génétique de la péninsule ibérique est différente de celle de l’Europe du Nord et centrale

Dans une étude pluridisciplinaire publiée dans PNAS, une équipe internationale de chercheurs a combiné des données d’isotopes archéologiques et génétiques pour encapsuler 4000 ans de préhistoire biomoléculaire ibérique.


Illustration d'un agriculteur du néolithique - Crédit : Maria de la Fuente (Maria de la Fuente Archaeological Illustrations)
Illustration d'un agriculteur du néolithique - Crédit : Maria de la Fuente (Maria de la Fuente Archaeological Illustrations)

L‘équipe a analysé les restes humains de 13 individus du nord et du sud de l’Espagne incluant le site archéologique d’El Portalón, qui fait partie du site bien connu d’Atapuerca à Burgos en abritant 4 millénaires de préhistoire ibérique. L’étude a également porté sur des sites importants comme la Cueva de los Murciélagos en Andalousie dont le génome d’un agriculteur néolithique de 7 245 ans a été séquencé ce qui en fait le plus ancien génome séquencé du sud de la péninsule ibérique en Espagne.1

Le contexte

Les migrations préhistoriques ont joué un rôle important dans l’élaboration de la constitution génétique des populations européennes. Après le dernier maximum glaciaire, il y a environ 20 000 ans, l’Europe était habitée par des groupes de chasseurs-cueilleurs et deux grandes migrations au cours des 10 000 dernières années ont eu des impacts massifs sur le style de vie et le patrimoine génétique des populations européennes.

En premier lieu, des groupes originaires du Moyen-Orient et d’Anatolie ont introduit des pratiques agricoles en Europe pendant le Néolithique. Il y a moins de 5 000 ans, des groupes d’éleveurs de la steppe pontique-caspienne se sont répandue sur le continent européen. Comme ces deux mouvements venaient de l’est, les régions les plus occidentales du continent étaient les dernières à être atteintes par ces migrations. Si des études archéogénétiques ont montré que ces deux migrations ont remplacé plus de la moitié du patrimoine génétique en Europe centrale et septentrionale, on en sait beaucoup moins sur l’influence de ces événements sur les populations ibériques, en particulier dans les régions les plus méridionales comme l’Andalousie.

Deux migrations indépendantes ont propagé les pratiques agricoles en Europe

Les premiers agriculteurs ont principalement atteint la péninsule ibérique en suivant une route côtière à travers le nord de la Méditerranée. La nouvelle étude démontre que les Ibères néolithiques montrent des différences génétiques par rapport aux agriculteurs migrants qui se sont installés en Europe centrale et du Nord. Cela suggère que tous les premiers agriculteurs dans la péninsule ibérique possèdent une généalogie qui remonte aux premiers Néolithiques qui ont émigré dans la péninsule et que les contributions de leurs homologues d’Europe centrale sont minoritaires selon l’archéogénéticienne Cristina Valdiosera de l’Université La Trobe en Australie.

Les restes d'un agriculteur du début du néolithique datant de 7 245 ans en Andalousie en espagne.  1 -  Diagramme de la position funéraire 2 - Le crâne de l'individu 3 - Les restes funéraires découverts dans la grotte  Crédit : Rafael Martínez-Sánchez (Universidad de Granada) et Antonio Moreno Rosa (Universidad de Córdoba)

Les restes d’un agriculteur du début du néolithique datant de 7 245 ans en Andalousie en espagne.
1 – Diagramme de la position funéraire
2 – Le crâne de l’individu
3 – Les restes funéraires découverts dans la grotte
Crédit : Rafael Martínez-Sánchez (Universidad de Granada) et Antonio Moreno Rosa (Universidad de Córdoba)

Ces migrants de la route méditerranéenne montrent une forte connexion génétique avec les habitants modernes de l’île méditerranéenne de Sardaigne. Nous pouvons probablement considérer les Sardiniens modernes comme des descendants relativement directs des personnes qui ont propagé les pratiques agricoles dans la région méditerranéenne il y a environ 8 000 ans selon Mattias Jakobsson, généticien de population à l’Université d’Uppsala en Suède.

La première vague de migration orientale a impliqué un petit nombre de personnes

Malgré d’autres entrées potentielles dans la péninsule ibérique, comme l’Afrique du Nord ou l’Europe continentale, les chercheurs n’ont pas trouvé de différences régionales importantes au sein de la péninsule. Torsten Günther, généticien des populations et l’un des principaux auteurs de cette étude, a déclaré : Même si les différences géographiques semblent mineures, nous observons certaines différences au fil du temps en raison de l’interaction et des échanges génétiques entre les groupes.

La grotte El Portalón dans la Sierra de Atapuerca (nord de l'espagne) - Crédit : Eneko Iriarte (Universidad de Burgos)

La grotte El Portalón dans la Sierra de Atapuerca (nord de l’espagne) – Crédit : Eneko Iriarte (Universidad de Burgos)

Les premiers agriculteurs ibériques montrent des niveaux remarquablement faibles de diversité génétique ce qui indique que la première vague de migration orientale à s’établir sur la péninsule était relativement faible. Après cette période initiale de faible diversité, les populations nouvellement arrivées ont grossi et se sont mélangées aux chasseurs-cueilleurs locaux en augmentant rapidement la diversité génétique au cours des périodes ultérieures.

Un impact génétique faible des migrations tardives et l’âge du bronze en Ibérie

Même si des études récentes ont démontré qu’une migration massive des éleveurs steppiques pontiques et caspiens durant la transition Néolithique tardif/Age du bronze est responsable d’un important renouvellement de population en Europe centrale et septentrionale, les auteurs rapportent dans cette étude que l’influence génétique de cette migration sur les Européens du sud-ouest contemporains, à savoir les Ibères préhistoriques, était minoritaire. Cela confirme que l’histoire génétique d’Iberia était unique, car elle a été influencée par la migration préhistorique principale associée à l’introduction de pratiques agricoles avec la révolution néolithique.

Un régime alimentaire homogène chez les agriculteurs ibériques

Les auteurs ont également étudié le régime alimentaire de ces agriculteurs néolithiques tout au long de près de 4000 ans en corroborant le fait que, malgré l’interaction biologique significative entre des groupes culturellement différents, la culture agricole prédominait depuis le début et s’est poursuivie au fil du temps. L’archéologue moléculaire Colin Smith de l’Université La Trobe, l’un des auteurs principaux, explique : Il est intéressant de noter que si nous constatons un important afflux génétique d’ascendance de chasseurs-cueilleurs chez les agriculteurs au fil du temps, le régime de ces premiers agriculteurs ne change pas. L’alimentation est caractéristique des cultures agricoles et persiste temporellement et géographiquement à travers les millénaires.

L’étude illustre le pouvoir de la recherche interdisciplinaire pour comprendre toute la complexité de la préhistoire européenne. Dans l’ensemble, ces résultats soulignent les différences entre les populations les plus occidentales et leurs homologues d’Europe centrale et soulignent la nécessité d’études régionales détaillées pour révéler toute la complexité des migrations préhistoriques conclut le Dr Valdiosera.

Sources

1.
Four millennia of Iberian biomolecular prehistory illustrate the impact of prehistoric migrations at the far end of Eurasia. PNAS. 10.1073/pnas.1717762115″ target=”_blank” rel=”noopener noreferrer”>http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1717762115. Published March 12, 2018. Accessed March 12, 2018.
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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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