La patate douce remet en question des rencontres pré-européennes en Polynésiens et Américains

Des preuves rapportées dans la revue Current Biology montrent que les patates douces sont apparues avant qu’il y ait des humains pour les consommer. Les résultats suggèrent également que la patate douce a traversé l’océan de l’Amérique à la Polynésie sans l’aide des humains. Cette découverte soulève des doutes quant à l’existence de contacts précolombiens entre la Polynésie et le continent américain.


Des variétés de patate douce à l'International Potato Center à Lima au Pérou - Crédit : Robert Scotland
Des variétés de patate douce à l'International Potato Center à Lima au Pérou - Crédit : Robert Scotland

En plus d’identifier son progéniteur, nous avons également découvert que la patate douce est apparue bien avant les humains, il y a au moins 800 000 ans selon Robert Scotland de l’Université d’Oxford. Par conséquent, il est probable que la racine comestible existait déjà lorsque les humains ont trouvé cette plante pour la première fois.1

L’histoire de la patate douce

Scotland et ses collègues ont entrepris de clarifier l’origine et l’évolution de la patate douce qui sont l’une des cultures les plus consommées au monde et une source importante de la vitamine A. Ils ont voulaient explorer une question qui a été d’intérêt pendant des siècles : Comment la patate douce, une culture d’origine américaine, s’est-elle répandue en Polynésie au moment de l’arrivée des Européens ? En fait, des chercheurs ont suggéré que la présence précoce de la patate douce en Polynésie était la preuve de contacts pré-européens entre Américains et Polynésiens.

Une fleur d'Ipomoea cordatotriloba, un proche parent sauvage de la patate douce et qui est originaire de l'Amérique du Sud - Crédit : Pablo Munoz-Rodriguez

Une fleur d’Ipomoea cordatotriloba, un proche parent sauvage de la patate douce et qui est originaire de l’Amérique du Sud – Crédit : Pablo Munoz-Rodriguez

Les chercheurs ont combiné l’analyse du génome et la capture de l’ADN cible pour séquencer les chloroplastes entiers et 605 régions nucléaires à copie unique de 199 spécimens représentant la patate douce et tous ses parents sauvages cultivés. Les données suggèrent fortement que la patate douce est apparue après un événement de duplication du génome. Son parent sauvage le plus proche est Ipomoea trifida. Les résultats confirment qu’aucune autre espèce existante n’était impliquée dans l’origine de la patate douce.

Une hybridation naturelle

L’analyse phylogénétique des séquences d’ADN a produit des arbres généalogiques conflictuels. Mais les chercheurs rapportent que ces modèles contradictoires peuvent s’expliquer par un double rôle pour I. trifida. La patate douce est issue de I. trifida et s’est hybridée plus tard avec I. trifida pour produire une autre lignée indépendante de patates douces.

Nous démontrons que l’existence de ces deux lignées différentes est le résultat d’une ancienne hybridation entre la patate douce et son progéniteur selon Munoz-Rodriguez, premier auteur de l’article. Nous concluons que la patate douce a évolué il y a au moins 800 000 ans à partir de son progéniteur et après que les deux espèces sont devenues distinctes, elles se sont hybridées.

Un champ de patate douce à San Ramon au Pérou - Crédit : Robert Scotland

Un champ de patate douce à San Ramon au Pérou – Crédit : Robert Scotland

Les résultats sont une bonne nouvelle pour l’avenir de la patate douce. Car la perte de la diversité génétique dans les cultures est une menace majeure pour la sécurité alimentaire. Une façon d’améliorer ou de renforcer les propriétés souhaitables dans les cultures vivrières est de les croiser avec leurs parents sauvages les plus proches. Ainsi, selon Scotland, l’identification de l’ancêtre de la patate douce ouvre la porte à une compréhension plus précise de son rôle potentiel dans l’élevage de la patate douce.

Des doutes sur des contacts pré-européens entre Polynésiens et Américains

Ces découvertes sur l’histoire de la patate douce ont également des implications majeures pour la compréhension de l’histoire humaine. Nos résultats remettent en question non seulement l’hypothèse selon laquelle la patate douce a été introduite en Polynésie par les humains, mais aussi l’existence argumentée de longue date des anciens contacts entre Américains et Polynésiens selon Munoz-Rodriguez.

Ces contacts ont été considérés comme avérés sur la base de preuves provenant des poulets, des humains et de la patate douce. Les preuves provenant des poulets et des humains sont maintenant considérées comme discutables et donc la patate douce était la seule preuve biologique de ces prétendus contacts. Ces nouvelles découvertes remettent en question l’existence de contacts pré-européens à travers le Pacifique.

Sources

1.
Reconciling Conflicting Phylogenies in the Origin of Sweet Potato and Dispersal to Polynesia. Current Biology. 10.1016/j.cub.2018.03.020″ target=”_blank” rel=”noopener noreferrer”>http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2018.03.020. Published April 10, 2018. Accessed April 10, 2018.
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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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