De nouveaux indices sur la migration humaine vers les Amériques

Une étude propose de nouvelles pistes sur l’arrivée des humains dans les Amériques. Une migration côtière devient de plus en plus intéressante même s’il faudra des preuves robustes pour le confirmer définitivement.


Un graphique montrant les sites étudiés - Crédit : ob Wilder/University at Buffalo
Un graphique montrant les sites étudiés - Crédit : ob Wilder/University at Buffalo

Quand et comment les premières personnes sont-elles venues en Amérique ? L’hypothèse conventionnelle estime que les premiers colons sont venus par la Sibérie, traversant le pont terrestre de Béring à pied et traversant le Canada quand un couloir sans glace s’est ouvert entre les énormes calottes glaciaires vers la fin de la dernière période glaciaire. Mais avec des preuves archéologiques récentes qui contredisent cette hypothèse, les scientifiques cherchent désormais de nouvelles explications. Une nouvelle hypothèse dominante : Les premiers Américains ont emprunté une route côtière le long de la frontière du Pacifique de l’Alaska pour entrer dans le continent.

Une migration humaine via une route côtière

Une nouvelle étude géologique fournit des preuves convaincantes pour soutenir cette hypothèse. En analysant les rochers et le substrat rocheux, une équipe de recherche dirigée par l’Université de Buffalo montre qu’une partie de la route de migration côtière est devenue accessible aux humains il y a 17 000 ans. Au cours de cette période, les anciens glaciers ont reculé, exposant les îles de l’archipel Alexandre du sud de l’Alaska à l’air et au soleil et peut-être à la migration humaine.

La chronologie de ces événements est essentielle : Des estimations génétiques et archéologiques récentes suggèrent que les colons ont peut-être commencé à voyager plus profondément dans les Amériques il y a environ 16 000 ans peu après l’ouverture de la porte côtière. La recherche sera publiée dans la revue Science Advances.

Les gens sont fascinés par les questions de leur origine selon Jason Briner, Ph. D., professeur de géologie au Collège des arts et des sciences de l’Université du Nouveau-Brunswick. Notre recherche contribue au débat sur la façon dont les humains sont venus dans les Amériques en ajoutant potentiellement à ce que nous savons de notre ascendance et de la façon dont nous avons colonisé notre planète.

Une terre sans glace pour faciliter la migration

Notre étude fournit certaines des premières preuves géologiques qu’une voie de migration côtière était disponible pour les premiers humains lorsqu’ils colonisaient le Nouveau Monde selon Alia Lesnek, candidate au doctorat en géologie à UB, premier auteur de l’étude. Il y avait une route côtière disponible et l’apparition de cette terre sans glace peut avoir incité les premiers humains à migrer vers le sud.

Un graphique montrant les sites étudiés - Crédit : ob Wilder/University at Buffalo

Un graphique montrant les sites étudiés – Crédit : ob Wilder/University at Buffalo

Les résultats ne signifient pas que les premiers colons ont définitivement traversé la côte sud de l’Alaska pour se répandre dans les Amériques, car le projet a examiné seulement une section de la côte et les scientifiques devraient étudier plusieurs endroits le long des côtes pour tirer des conclusions plus fermes. Pourtant, cela reste intéressant, car il laisse entendre que la théorie de la migration maritime est viable.

Les os d’un ancien phoque annelé, précédemment découverts dans une grotte voisine par d’autres chercheurs, fournissent d’autres indices. Ils affirment que la région était capable de soutenir la vie humaine au moment où les premiers colons ont pu passer selon Briner. La nouvelle étude calcule que les os des phoques ont environ 17 000 ans. Cela indique que la région était écologiquement dynamique peu de temps après le retrait de la glace avec des ressources incluant des aliments disponibles.

Une région avec suffisamment de ressources

Pour mener leur étude, les scientifiques ont voyagé sur quatre îles dans l’archipel Alexandre qui se trouvent à environ 321 kilomètres au sud-est de Juneau. L’équipe a voyagé en hélicoptère pour atteindre ces destinations éloignées. Dès l’arrivée des chercheurs, Briner savait que les îles avaient déjà été recouvertes de glace. Le paysage est glacial selon le chercheur. Les surfaces rocheuses sont lisses et rayées à partir du moment où la glace s’y est glissée et il y a des rochers erratiques partout. Quand vous êtes géologue, ça vous frappe au visage. Vous savez immédiatement qu’il y avait un glacier.

Pour déterminer quand la glace s’est retirée de la région, l’équipe a recueilli des morceaux de roche à la surface des rochers et du substrat rocheux. Plus tard, les scientifiques ont effectué des tests pour déterminer la durée pendant laquelle les échantillons et donc les îles dans leur ensemble n’avaient plus de glace.

Les chercheurs ont utilisé une méthode appelée datation d’exposition en surface. Selon Lesnek : Quand la terre est recouverte d’un glacier, le substrat rocheux de la région est caché sous la glace, mais dès que la glace disparaît, le substratum rocheux est exposé au rayonnement cosmique de l’espace ce qui l’amène à accumuler certaines substances chimiques. En examinant ces produits chimiques, nous avons pu déterminer quand nos surfaces rocheuses étaient exposées ce qui nous indique quand la glace s’est retirée.

La datation par exposition en surface

Nous utilisons la même méthode de datation pour les gros rochers appelés erratiques. Ce sont de grosses roches qui sont arrachées de la Terre et transportées vers de nouveaux endroits par les glaciers qui sont en réalité des glaciers en mouvement. Quand les glaciers fondent et disparaissent de cette région, ils laissent ces erratiques derrière et la datation d’exposition de surface peut nous dire quand la glace s’est retirée. Pour la région étudiée, cela s’est produit il y a environ 17 000 ans ce qui ouvre la voie pour une migration côtière.

Au cours des dernières années, les preuves se sont accumulées contre l’hypothèse conventionnelle selon laquelle les humains ont peuplé l’Amérique du Nord en empruntant une route intérieure à travers le Canada. Pour ce faire, ils auraient dû traverser une bande étroite de terre sans glace apparue lorsque deux grandes calottes glaciaires ont commencé à se séparer. Mais des recherches récentes suggèrent que même si cette voie s’est ouverte il y a plus de 14 000 ans, elle n’a pas développé suffisamment de diversité biologique pour soutenir la vie humaine jusqu’à il y a environ 13 000 ans selon Briner.

Cela contredit les découvertes archéologiques qui suggèrent que les humains vivaient déjà au Chili il y a environ 15 000 ans et plus et en Floride il y a 14 500 ans. La théorie de la migration côtière fournit une narration alternative et la nouvelle étude peut marquer une étape vers la résolution du mystère de la façon dont les humains sont venus aux Amériques. Dans la région que nous avons observée, la route côtière n’était pas seulement ouverte, mais elle s’est ouverte juste au bon moment selon Lindqvist. Le moment coïncide presque exactement avec la période de la migration vers les Amériques dans l’histoire humaine.

N'oubliez pas de voter pour cet article !
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Pas encore de vote)
Loading...
mm

Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *