mercredi , 22 novembre 2017

L’Homo Naledi est très jeune et il a vécu avec les humains modernes

De nouvelles découvertes exceptionnelles des Grottes de Rising Star montrent que l’Homo Naledi est très jeune et qu’il avait des pratiques sophistiquées propres aux humains modernes.


L’Homo Naledi est très jeune et il a vécu avec les humains modernes
Face et profil de l'Homo Naledi - Crédit : Wits University/John Hawks
Les scientifiques annoncent que les Grottes de Rising Star ont révélé de nouvelles découvertes un an et demi après qu’on ait découvert que ces grottes abritaient les fossiles d’hominiens les plus riches en Afrique. Il y a un an et demi, on avait eu une découverte majeure avec une nouvelle espèce connue comme l’Homo naledi.

Ces nouvelles découvertes suggèrent que les restes de l’Homo naledi sont étonnamment jeunes. L’Homo naledi, qui a été découvert pour la première fois en septembre 2015, vivait il y a 335 000 et 236 000 ans. Ainsi, on peut dire que cette population d’hominiens à petit cerveau a vécu à proximité des Homo sapiens. Et si c’est confirmé, alors ce serait la première fois qu’une autre espèce d’hominiens a vécu aux côtés des premiers humains en Afrique.

La recherche, publiée aujourd’hui dans 3 articles dans la revue eLife, présente l’âge des fossiles Homo naledi de la Chambre Dinaledi et elle annonce la découverte d’une seconde chambre dans les Grottes de Rising Star. Dans cette seconde chambre, on a trouvé d’autres spécimens d’Homo naledi. Il s’agit d’un enfant et d’un squelette partiel d’un homme adulte avec un crâne remarquablement bien conservé.

La nouvelle découverte et la recherche ont été menées par des chercheurs de l’Université des Witwatersrand (Wits), de l’Université James Cook en l’Australie, de l’Université du Wisconsin à Madison et plus de 30 institutions internationales.

L’équipe était dirigée par le professeur Lee Berger de l’Université du Witwatersrand à Johannesburg. La découverte de la deuxième chambre avec de nombreux fossiles d’Homo naledi comprend l’un des squelettes les plus complets d’un hominien jamais découvert ainsi que les restes d’au moins un enfant et un autre adulte. La découverte d’une deuxième chambre incite l’équipe à soutenir l’hypothèse controversée selon laquelle que l’Homo naledi a délibérément disposé ses morts dans ces cavernes éloignées et difficiles d’accès.

L’Homo naledi est vraiment très jeune. Les restes fossiles ont des caractéristiques primitives qui sont similaires avec certains des premiers fossiles connus de notre lignée tels que l’Homo rudolfensis et l’Homo habilis qui sont des espèces qui ont vécu il y a près de 2 millions d’années. D’autre part, l’Homo Naledi partage également certaines caractéristiques avec les humains modernes. Après la description de la nouvelle espèce en 2015, les experts avaient prédit que les fossiles auraient l’âge de ces autres espèces primitives. Mais à la place, les fossiles de la Chambre Dinaledi sont très récents.

La datation de l’Homo naledi a été extrêmement difficile selon Dirks qui a travaillé avec 19 autres scientifiques à travers le monde afin d’établir l’âge des fossiles. Mais par la suite, nous avons utilisé 6 méthodes de datation indépendantes qui nous ont permis de limiter l’âge de cette population d’Homo naledi à une période connue sous le nom de Pleistocène Moyen tardif.

L’âge de cette population d’hominiens montre que l’Homo naledi a pu survivre jusqu’à 2 millions d’années aux côtés d’autres espèces d’hominiens en Afrique. Et à cette époque, dans une période connue sous comme le Pléistocène moyen, on pensait auparavant que seul l’Homo sapiens (homme moderne) existait en Afrique. Mais surtout, c’est précisément à cette période que nous voyons l’apparition de ce qu’on a appelé comme le comportement humain moderne en Afrique australe. Ce comportement était normalement attribué à l’apparition des humains modernes et ce comportement est censé représenter l’origine de l’homme moderne avec des activités complexes telles que l’enterrement des morts, l’auto-ornementation et les outils sophistiqués.

Plusieurs datations pour mieux comprendre l’Homo Naledi

L’équipe a utilisé une combinaison de méthodes pour la datation. On a la datation par thermoluminescence, celle avec l’uranium et le thorium et des analyses paléomagnétiques des coulées stalagmitiques. Cela a permis d’établir la manière dont les sédiments correspondent à l’échelle de temps géologique dans la chambre Dinaledi.

Sur la datation directe des dents d’Homo naledi, l’utilisation de la datation par l’uranium (série U) et la datation par résonance de spin électronique (ESR) fournit l’époque la plus récente. Nous avons utilisé des méthodes en double aveugle dans la mesure du possible selon le professeur Jan Kramers de l’Université de Johannesburg qui est un spécialiste de la datation par uranium. Le Dr Hannah Hilbert-Wolf, géologue de l’Université James Cook, qui a également travaillé sur la Chambre Dinaledi, a noté qu’il était essentiel de comprendre comment les sédiments de la chambre Dinaledi sont superposés afin de construire un cadre pour comprendre l’ensemble des datations obtenues.

Les explorateurs dans les Grottes de Rising Star - Crédit : Wits University/Marina Elliott

Les explorateurs dans les Grottes de Rising Star – Crédit : Wits University/Marina Elliott

Nous avons été surpris par la datation très récente, mais comme nous nous sommes rendu compte que toutes les formations géologiques de la chambre étaient jeunes. Les résultats de la série U et de l’ESR sont moins surprenants selon le professeur Éric Roberts de la James Cook University qui est l’un des rares géologues à avoir accédé à la chambre Dinaledi à cause de la largeur contraignante de 18 cm dans l’entrée.

Le docteur Marina Elliott, scientifique d’exploration chez Wits et l’une des exploratrices de l’expédition de 2013 affirme avoir toujours cru que les fossiles d’Homo naledi étaient récents. J’ai déterré des centaines d’os d’Homo naledi, et quand j’ai touché le premier, je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose de différent sur la préservation comme s’il était à peine fossilisé.

L’impact significatif de l’Homo naledi

Dans un second papier écrit par Berger, l’équipe discute de l’importance de trouver une espèce aussi primitive. Ils ont noté que la découverte aura un impact significatif sur notre interprétation des assemblages archéologiques et la compréhension des espèces qui les ont créées.

Nous ne pouvons plus être certains des espèces qui ont fabriqué les outils. En fait, on peut même douter que les humains modernes soient les premiers qui aient utilisé des percées technologiques dans le bilan archéologique de l’Afrique selon Berger. S’il y a une autre espèce qui a partagé le monde avec des humains modernes en Afrique, alors il est très probable qu’il y en ait d’autres. Il suffit de les trouver.

La carte des chambres Dinaledi et Lesedi - Crédit : Marina Elliott/Wits University

La carte des chambres Dinaledi et Lesedi – Crédit : Marina Elliott/Wits University

John Hawks, de l’Université de Wisconsin-Madison et un auteur sur les trois articles, a déclaré : Je pense que certains scientifiques ont supposé qu’ils avaient une connaissance précise de l’évolution humaine, mais ces nouvelles découvertes fossiles en plus de ce que nous savons avec la génétique, nous incitent à penser disent que la moitié de la partie sud de l’Afrique possède une diversité que nous n’avons jamais vue ailleurs. Ces derniers temps, le registre fossile des hominiens a été bouleversé à plusieurs reprises et l’âge de l’Homo Naledi ne sera pas le dernier bouleversement qui nous attend dans les années à venir selon Berger

Une nouvelle chambre et un squelette

Dans un troisième papier, l’équipe annonce la découverte d’une deuxième chambre dans les Grottes de Rising Star qui contient d’autres restes de l’Homo Naledi. La grotte, qui a été nommée comme la Chambre Lesedi, se trouve à plus de 100 mètres de la chambre Dinaledi.

Découverte d'un nouveau squelette de l'Homo Naledi surnommé Néo dans la chambre Lesedi - Crédit : Wits University/JohnHawks

Découverte d’un nouveau squelette de l’Homo Naledi surnommé Néo dans la chambre Lesedi – Crédit : Wits University/JohnHawks

Elle est très difficile d’accès et elle contient également des fossiles spectaculaires de l’Homo naledi incluant un squelette partiel avec un crâne quasi complet selon Hawks, auteur principal du papier décrivant la nouvelle découverte. Le nom Lesedi signifie lumière dans la langue Setswana. Les fouilles dans cette chambre Lesedi ont commencé tardivement et elles ont duré près de 3 ans.

L’accès compliqué vers la Chambre Lesedi

L’accès à la Chambre Lesedi est moins difficile que celui de la Chambre Dinaledi selon Elliott, qui était l’excavatrice principale des fossiles du nouveau site. Après avoir traversé un passage étroit d’environ 25 cm, vous devez descendre le long d’axes verticaux avant d’atteindre la chambre. Elle est légèrement plus facile d’accès par rapport à Dinaledi, mais les recherches sont très difficiles à cause de l’étroitesse.

Mais Hawks ajoute que cette facilité est relative. Je n’ai jamais été à l’intérieur de l’une ou l’autre des chambres et je ne m’y risquerais jamais. En fait, Lee Berger est resté coincé pendant près d’une heure en essayant de sortir de la chambre Lesedi. Finalement, on a dû l’extraire avec des cordes attachées à ses poignets.

La présence d’une seconde chambre, distante de la première, contenant de multiples individus d’Homo naledi, donne une idée de l’extraordinaire effort qu’il a fallu pour que l’Homo naledi atteigne ces lieux difficiles selon Hilbert-Wolf.

Cela renforce l’hypothèse selon laquelle l’Homo naledi utilisait des endroits obscurs et éloignés pour cacher ses morts selon Hawks. Jusqu’à présent, les scientifiques ont découvert plus de 130 spécimens hominiens de la Chambre Lesedi. Les os appartiennent au moins à 3 individus, mais Elliot estime qu’il y a encore plus de fossiles à découvrir. Parmi les individus, on a des restes de deux adultes et au moins d’un enfant. L’enfant est représenté par des os de la tête et du corps et il avait vraisemblablement moins de 5 ans. Parmi les deux adultes, l’un est représenté uniquement par des éléments de jambe et de mâchoire, mais l’autre est représenté par un squelette partiel incluant un crâne quasi complet.

Ravi de faire ta connaissance, Homo Naledi

Vue frontal du crâne du squelette de l'Homo Naledi - Crédit : Wits University/John Hawks

Vue frontal du crâne du squelette de l’Homo Naledi – Crédit : Wits University/John Hawks

L’équipe décrit que le crâne du squelette est parfaitement préservé. Nous pouvons enfin voir le visage de l’Homo naledi selon Peter Schmid de l’Université de Zurich qui a consacré des centaines d’heures à reconstruire minutieusement les os fragiles pour compléter la reconstruction.

Le squelette a été surnommé Neo par l’équipe qui signifie cadeau en langue Sesotho. Le squelette de Neo est l’un des plus complets jamais découvert, et techniquement, il est encore plus complet que le célèbre fossile de Lucy compte tenu de la préservation du crâne et de la jambe selon Berger.

Les spécimens de la Chambre Lesedi sont presque identiques à ceux de la Chambre Dinaledi. Il ne fait aucun doute qu’ils appartiennent à la même espèce selon Hawks. Les fossiles de la chambre Lesedi n’ont pas encore été datés, car cela nécessiterait la destruction de certains des matériaux d’hominiens. Une fois que nous les aurons décrits, nous allons envisager des solutions pour établir l’âge de ces fossiles selon Dirks. Et Elliot ajoute que ces découvertes sont pratiquement identiques à ceux des spécimens Homo naledi de la Chambre Dinaledi et l’équipe émet l’hypothèse que leur âge tombera approximativement dans la même période.

Berger estime qu’avec avec les milliers de fossiles des chambres Lesedi et Dinaledi, on a un potentiel de recherche pour des décennies. Nous allons traiter l’extraction du matériau de ces 2 chambres avec un soin extrême et une attention particulière pour le conserver pour les générations futures de scientifiques.

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A propos de Jacqueline Charpentier

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Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

2 commentaires

  1. Cher Madame, j’ignore si c’est auprès de vous que je dois réagir, sinon, merci de faire suivre…
    Encore un ridicule effet d’annonce au sujet de Naldi ! : non, il n’a pas été contemporain des sapiens ! qui apparaissent beaucoup plus tard (vers 150 mille, au plus tôt)
    et ce n’est certainement pas le premier cas de contemporanéité : les Australopithèques robustes vivent jusqu’à un million d’années, bien après les premiers homo (trois millions)
    c’est une affaire si classique que feindre de l’ignorer tombe dans l’abus de confiance du public (et des journalistes) et de la tricherie académique, une fois de plus,
    il faudrait bien s’habituer à admettre l’existence de plusieurs familles primates fossiles, bipèdes et artisans, sans aucun rapport avec nous, c’est connu mais mal accepté, toujours de la mythologie contemporaine,
    il faudra aussi admettre que le genre homo peut ne pas être d’origine africaine : ils sont plus nombreux en Asie, et aussi anciens
    les australopithèques, tel Naledi (genre afarensis, tout simplement) sont limités à l’Afrique, pas les homos, loin de là,
    ces intoxications, répétées sans cesse, créent des illusions de vérités rassurantes : ce qui est simple et nous confirme les préjugés, est admis sans discernement, c’est grave !
    “il y a à parier que toute idée publique, toute convention reçue, est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre” (Chamfort, dans Flaubert, Dictionnaire des idées reçues)
    toujours à votre disposition; sentez-vous libre de votre jugement,évitez les ornières …seul le solide bon sens doit vous guider ! et quelques bons potes…

  2. Bonjour Otto,
    Vous dites :
    “Encore un ridicule effet d’annonce au sujet de Naldi ! : non, il n’a pas été contemporain des sapiens ! qui apparaissent beaucoup plus tard (vers 150 mille, au plus tôt)”

    C’est inexact. Cela fait un certain temps que les fouilles Omo1 et Omo2 (dans l’est Africain) avaient reculé à 200 000 ans l’âge des plus vieux Sapiens. Et cette date est désormais repoussée de … 100 000 ans. C’est la révélation majeure annoncée début juin 2017, donc très récemment.
    Les fossiles de sapiens trouvés à Jebel Irhoud, au Maroc (donc en Afrique de l’Ouest !!!) ont 300 000 ans. L’annonce a été faite par le co-responsable de la fouille, Jean-Jacques Hublin, professeur à l’institut Max-Planck et au Collège de France. C’est l’institut Max-Planck qui a fait les datations.
    Donc : Naledi et Sapiens ont bien vécu à une même époque (ainsi que 4 ou 5 autres espèces d’Homo), et l’origine africaine de Sapiens (et pas seulement de Homo) est confirmée.

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