Comment Neandertal a-t-il influencé la génétique humaine au carrefour de l’Asie et de l’Europe

Une recherche suggère que le Neandertal a influencé la génétique des humains modernes quand les 2 espèces se sont accouplées dans la région du Moyen-Orient et la Turquie qui est un carrefour important pour la migration depuis l’Afrique pour aller vers l’Asie et l’Europe. Mais la quantité d’ADN néandertalien est moins importante dans cette région, car c’était simplement un passage temporaire.


Une recherche suggère que le Neandertal a influencé la génétique des humains modernes quand les 2 espèces se sont accouplées dans la région du Moyen-Orient et la Turquie qui est un carrefour important pour la migration depuis l'Afrique pour aller vers l'Asie et l'Europe.
Crédit : Dr. Leslie C. Aiello

Quand les ancêtres des humains modernes ont émigré hors d’Afrique, ils ont traversé le Moyen-Orient et la Turquie avant d’aller plus loin en Asie et en Europe. Et à ce carrefour important, on estime qu’ils ont rencontré et qu’ils se sont accouplés avec l’Homme de Neandertal. Les preuves génomiques démontrent cet ancien croisement et l’Asie occidentale est l’endroit le plus probable de la rencontre inter-espèce.

Une nouvelle étude explore l’héritage de ces accouplements interspécifiques en mettant l’accent sur l’Asie occidentale. La recherche, publiée dans Genome Biology and Evolution, analyse le matériel génétique des personnes vivant actuellement dans la région en identifiant des séquences d’ADN héritées de Neandertal.1

Concernant l’histoire humaine, cette région a été le tremplin pour le peuplement de toute l’Eurasie selon Omer Gokcumen, professeur adjoint de sciences biologiques à l’Université de Buffalo College of Arts and Sciences. C’est la région où les humains se sont installés lorsqu’ils ont quitté l’Afrique et c’est également potentiellement la région où ils ont rencontré les Néandertals. De ce fait, cette région est très intéressante sur le point de vue de la génétique.

L’étude s’est concentrée sur l’Asie occidentale. Dans le cadre du projet, les scientifiques ont analysé 16 génomes appartenant à des personnes d’origine turque. Au sein de ces génomes, les zones montrant une introgression néandertalienne relativement commune concernent les gènes associés au métabolisme et aux réponses du système immunitaire selon Recep Ozgur Taskent, premier auteur de l’étude. De manière générale, ce sont des fonctions qui peuvent avoir un impact sur la santé. Par exemple, une séquence d’ADN provenant de Néandertal comprend une variante génétique liée à la maladie coeliaque. Un autre comprend une variante liée à un risque réduit de paludisme.

Le point important de cette étude est que les relations que nos ancêtres entretenaient avec les Néandertaliens, il y a des dizaines de milliers d’années, peut continuer à exercer une influence sur notre santé aujourd’hui selon Gokcumen. En plus d’explorer les fonctions spécifiques du matériel génétique que la population turque a hérité des Néandertaliens, l’étude a également examiné l’influence des Néandertaliens sur les populations humaines en Asie occidentale de manière plus large.

On pense que cette région est la première où les humains modernes ont rencontré le Neandertal. Et pourtant, la recherche a montré que les personnes vivant dans cette région ont relativement peu d’ADN néandertalien par rapport aux habitants d’autres parties du monde. La nouvelle étude soutient cette conclusion. L’équipe de recherche a analysé les données génomiques de douzaines d’individus d’Asie occidentale et elle a observé qu’en moyenne, à quelques exceptions près, ces populations possèdent moins d’ADN néandertalien que les Européens, les Asiatiques du Centre et les Asiatiques de l’Est.

Les différences d’ascendance néandertalienne entre les populations d’Asie occidentale et d’autres populations peuvent être dues à la position unique de la région dans l’histoire de l’humanité selon Taskent. Il y a des dizaines de milliers d’années, quand l’homme moderne a quitté l’Afrique pour peupler le reste du monde, l’Asie occidentale a été le premier point d’arrêt et c’était la seule voie terrestre pour accéder au reste de l’Eurasie.

Les personnes qui vivent actuellement en Europe, en Asie centrale et en Asie de l’Est peuvent être issues de populations humaines qui ont considéré l’Asie occidentale comme une station de départ. Ces populations humaines y vivaient temporairement, s’accouplant avec les Néandertaliens de la région avant de partir vers d’autres destinations.

En revanche, les ancêtres des Asiatiques occidentaux actuels ont un lien plus profond avec la région. Ils se sont installés en Asie occidentale au lieu d’un passage temporaire. Ces anciens humains avaient également des contacts avec les Néandertaliens, mais 2 facteurs ont pu diluer l’influence des Néandertaliens.

Le premier était un afflux constant de matériel génétique d’anciens Africains qui n’avaient pas d’ADN néandertalien et qui ont continué à traverser l’Asie occidentale pendant des milliers d’années alors que les sociétés humaines se développaient en Europe et en Asie. La seconde était la présence hypothétique d’une population basale eurasienne qui est une population d’Asiatiques occidentaux qui ne se sont jamais accouplés avec les Néandertaliens. Ces 2 facteurs peuvent avoir contribué à limiter la quantité d’ADN néandertalien qui est présente chez les populations humaines dans la région selon Taskent.

Sources

1.
Taskent RO, Alioglu D, Fer E, Donertas HM, Somel M, Gokcumen O. Variation and functional impact of Neanderthal ancestry in Western Asia. Genome Biology and Evolution. October 2017. doi: 10.1093/gbe/evx216

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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