jeudi , 23 novembre 2017

Les microbes résistants aux antibiotiques datent de 450 millions d’années

Une recherche démontre que les entérocoques, des bactéries résistantes aux antibiotiques, existent sur Terre depuis 450 millions d’années.


Les microbes résistants aux antibiotiques datent de 450 millions d’années
Les microbes résitants aux antibiotiques datent de l'époque où les animaux ont commencé à marcher sur Terre - Crédit : Mark Witton
Une nouvelle étude suggère que des superbactéries, connues sous le nom d’Entérocoque, provenaient d’un ancêtre qui remonte à 450 millions d’années à l’époque où les animaux commençaient à marcher sur Terre et bien avant la période des dinosaures. Publiée dans la revue Cell, les auteurs de l’étude analysent l’histoire évolutive de ces agents pathogènes, qui ont développé des propriétés presque indestructibles, et qui sont devenues les principales causes d’infections résistantes aux antibiotiques dans les hôpitaux.

La résistance aux antibiotiques est un des principaux problèmes de santé publique au niveau mondial. Certains microbes, souvent appelés superbactéries, résistent pratiquement à tous les antibiotiques. Et c’est particulièrement préoccupant dans les hôpitaux où environ 5 % des patients hospitalisés auront les infections résistantes aux antibiotiques pendant leur séjour. Les chercheurs du monde entier tentent de résoudre ce problème et les connaissances sur l’origine et l’évolution de la résistance aux antibiotiques contribueront à cette recherche.

Les Entérocoques sont apparus il y a 450 millions d’années

En analysant les génomes et les comportements des entérocoques actuels, nous avons réussi à remonter le temps jusqu’à leur origine et à créer une image sur la manière dont ces organismes se sont développés jusqu’à aujourd’hui selon Ashlee M. Earl, Ph.D., co-auteure et chef de groupe pour le groupe de génétique bactérienne à l’Institut général du MIT et de Harvard. La compréhension de l’environnement des microbes et de leurs capacités à adopter de nouvelles propriétés pourrait nous aider à prédire la façon dont les microbes s’adaptent à l’utilisation des antibiotiques, aux savons antimicrobiens, aux désinfectants et d’autres produits destinés à contrôler leur propagation.

Et cette image crée par les chercheurs commence avec l’émergence de la vie sur Terre. Les bactéries sont apparues il y a près de 4 milliards d’années et elles ont toujours existé depuis cette époque incluant les océans. Les animaux sont d’abord apparus dans la mer au cours de l’époque connue comme l’Explosion cambrienne il y a 542 millions d’années. Au fur et à mesure que les animaux apparaissaient dans une mer de bactéries, ces dernières ont appris à vivre avec ces animaux. Certaines bactéries protègent les animaux comme nos intestins qui possèdent plus de bactéries que de cellules dans le corps. D’autres bactéries vivent dans l’environnement et certaines bactéries provoquent des maladies. Quand les animaux ont commencé à marcher sur Terre il y a environ 100 millions d’années, ils ont amené les microbes avec eux.

La résistance exceptionnelle des entérocoques

Les auteurs de l’étude ont constaté que toutes les espèces d’entérocoques incluant celles qui n’ont jamais été trouvées dans les hôpitaux étaient naturellement résistantes à la sécheresse, à la famine, aux désinfectants et à de nombreux antibiotiques. Étant donné que les entérocoques vivent normalement dans les intestins de la plupart des animaux terrestres, il semblait probable qu’ils aient été présents dans les intestins des animaux terrestres qui ont disparus incluant les dinosaures et les premiers organismes similaires aux milles-pattes. La comparaison des génomes de ces bactéries a permis de prouver cette hypothèse. En fait, l’équipe a constaté que l’apparition de nouvelles espèces d’entérocoques correspond avec celle de nouveaux animaux. Cela inclut les animaux qui sont apparus après leur arrivée sur Terre ainsi que ceux qui sont apparus après les extinctions de masse, notamment celle qu’on connait comme l’Extinction Permien-Trias il y a 251 millions d’années.

Des animaux de mer, comme le poisson, excrètent les microbes intestinaux dans l’océan. Pour vous donner une idée de la quantité, on estime qu’il y a environ 5 000 bactéries inoffensives dans une goutte d’eau de mer. Ces bactéries coulent dans le fond marin dans des sédiments riches en microbes et elles sont consommées par des vers et des crustacés. Ces derniers sont ensuite mangés par le poisson et les microbes continuent à circuler dans toute la chaîne alimentaire. Mais sur terre, les microbes intestinaux sont excrétés comme des excréments où ils vont se dessécher mourir dans la plupart des cas.

Mais les Entérocoques sont l’une des exceptions dans ce processus. Ces microbes sont exceptionnellement robustes et ils peuvent résister à l’assèchement et à la famine ce qui leur permet de se développer et d’infecter même les hôpitaux qui pourtant sont connus pour leurs capacités de désinfection.

Nous connaissons maintenant les gènes qui ont été obtenus par les entérocoques il y a des centaines de millions d’années. Et c’est important, car nous connaissons la période où ils ont pu résister à la sécheresse, aux désinfectants et aux antibiotiques qui attaquent leurs parois cellulaires selon Michael S. Gilmore, responsable de l’étude Ph.D et directeur de l’Institut de maladies infectieuses de Harvard. Désormais, nos objectifs est de concevoir de nouveaux types d’antibiotiques et de désinfectants qui éliminent spécifiquement les entérocoques afin de protéger les patients hospitalisés selon Francois Lebreton, Ph.D. et premier auteur de l’étude.

Source : Cell (http://dx.doi.org/10.1016/j.cell.2017.04.027)

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A propos de Jacqueline Charpentier

mm

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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