Comprendre les abeilles insensibles aux néonicotinoïdes

Deux enzymes spécifiques, l’une chez l’abeille mellifère et l’autre chez le bourdon, peuvent détenir les clés d’une nouvelle génération d’insecticides qui protègent les cultures sans menacer ces pollinisateurs essentiels


Deux enzymes spécifiques, l'une chez l'abeille mellifère et l'autre chez le bourdon, peuvent détenir les clés d'une nouvelle génération d'insecticides qui protègent les cultures sans menacer ces pollinisateurs essentiels

La compréhension des processus pour lesquelles 2 des espèces d’abeilles les plus économiquement importantes sont immunisées contre un insecticide néonicotinoïde, mais pas pour d’autres promettent de produire des traitements chimiques qui protègent les cultures des ravageurs sans nuire à ces pollinisateurs essentiels.1

Tous les néonicotinoïdes ne sont pas nuisibles aux abeilles

Les abeilles sont équipées de systèmes de défense biochimiques, sous la forme d’enzymes spécifiques, qui définissent leur sensibilité aux insecticides en leur permettant de métaboliser les produits chimiques en toute sécurité selon une équipe internationale de chercheurs dirigée conjointement par Rothamsted Research, l’Université d’Exeter et Bayer AG.

Certains néonicotinoïdes sont très toxiques pour les abeilles, mais d’autres ont une toxicité aiguë très faible. Mais dans le débat public, ils ont tendance à être mis dans le même panier selon Lin Field, responsable des Biointeractions et de la protection des semences qui dirige le groupe à Rothamsted. Chaque insecticide doit être considéré sur ses propres risques et mérites et pas seulement son nom générique.

Les résultats de l’équipe, publiés dans Current Biology, prolongent les travaux antérieurs d’autres chercheurs, qui avaient lié l’immunité au métabolisme rapide en mettant en évidence les gènes spécifiques et leurs enzymes. La découverte ouvre la possibilité de concevoir des insecticides adaptés aux abeilles. L’identification de ces enzymes fournit des outils précieux pour tester de nouveaux pesticides au début de leur développement afin de voir si les abeilles peuvent les neutraliser explique Chris Bass, professeur d’entomologie appliquée qui dirigeait le groupe à Exeter.

Anticiper de nouveaux pesticides en prévision d’un ban potentiel en Europe

Cela peut prendre une décennie et 260 millions de dollars pour mettre au point un seul pesticide de sorte que cette connaissance peut nous aider à éviter de gaspiller du temps et de l’argent sur des pesticides nocifs pour les abeilles. Les connaissances de notre étude peuvent également être utilisées pour prédire et prévenir les effets nocifs résultant du blocage par inadvertance de ces systèmes de défense.

L’UE a introduit des restrictions sur l’utilisation des néonicotinoïdes en 2013 et, à la fin du mois dernier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a publié une étude sur les risques pour les abeilles que l’unité Pesticides de l’EFSA a initiées en 2015. Une extension des restrictions pourrait être considérée.

2 enzymes sont responsables de l’immunité aux néonicotinoïdes chez les abeilles

L’identification des mécanismes qui contribuent à la tolérance inhérente nous aide ainsi que les régulateurs à mieux comprendre pourquoi certains insecticides ont une grande marge de sécurité chez les abeilles selon Ralf Nauen, un toxicologue des insectes, qui dirigeait le groupe chez Bayer.

Les 3 principaux néonicotinoïdes sont l’imidaclopride, le thiaméthoxame et le thiaclopride. Les deux premiers contiennent des dérivés de la nitroguanidine, un composé organique et ils peuvent être aussi toxiques pour les abeilles que pour les parasites qu’ils ciblent. Le troisième contient des dérivés de la cyanoamidine qui est un autre composé organique que les abeilles peuvent digérer. Les bourdons montrent des réponses similaires.

L’équipe de recherche a identifié une sous-famille d’enzymes chez les abeilles, CYP9Q, qui font partie du groupe des cytochromes P450, qui sont responsables de la dégradation des toxines chez l’homme et le principal instrument de l’immunité chez l’insecte. Le CYP9Q3 chez les abeilles et le CYPQ4 chez les bourdons. Ces connaissances, selon les auteurs, peuvent être exploitées pour protéger la santé des abeilles.

Sources

1.
Unravelling the molecular determinants of bee sensitivity to neonicotinoid insecticides. Current Biology. 10.1016/j.cub.2018.02.045″ target= »_blank » rel= »noopener noreferrer »>http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2018.02.045. Published March 22, 2018. Accessed March 22, 2018.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

2 réponses

  1. Pol75 dit :

    Ces gens sont complètement fous…

  2. Bee3R dit :

    Mais c’est merveilleux ! On va pouvoir modifier génétiquement l’abeille pour être tranquille, continuer à balancer des produits chimiques et empoisonner le monde en toute légalité et sans que ça gêne personne… On a perdu 80% des insectes, les oiseaux suivent le même chemins, les cours d’eau et les sols sont archi pollués mais si on modifies les organismes et les niveaux de détection alors plus de soucis !!!!
    Ah oui plus de pollinisateurs sauvages, mais à lire l’article c’est pas si grave seule l’abeille compte donc ça va.

    Bayer, Monsanto, Syngenta et consors je vous vomis, vous nous empoisonnerez tous.

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