Des phéromones d’abeilles pour éloigner les éléphants

Une formulation contenant des phéromones d’abeilles repousse les éléphants en toute sécurité, promettant une nouvelle stratégie pour empêcher les plus grands animaux terrestres du monde de détruire les cultures ou de causer d’autres dommages dans les zones où les humains entrent en conflit avec les éléphants.


Des éléphants au point d'eau de Jejane au parc national du Greater Kruger en Afrique du Sud le 8 décembre 2017 - Crédit : Mark Wright, University of Hawaii at Manoa
Des éléphants au point d'eau de Jejane au parc national du Greater Kruger en Afrique du Sud le 8 décembre 2017 - Crédit : Mark Wright, University of Hawaii at Manoa

Les scientifiques ont placé un mélange de phéromones que les abeilles libèrent lorsqu’elles perçoivent le danger dans une matrice spécialisée à libération lente située à proximité de trous d’eau fréquentés par des éléphants de brousse africains, Loxodonta africana. Les chercheurs ont observé que la plupart des éléphants proches de la formulation présentaient des signes typiques d’une vigilance accrue, des signes d’incertitude et s’éloignaient calmement tandis que ceux qui approchaient des traitements de contrôle étaient impatients d’étudier l’objet étranger dans leur environnement. Les phéromones étaient distribuées dans des chaussettes blanches, pesées avec des rochers suspendus à des branches d’arbres cassées à moins d’un mètre du sol.

Des éléphants tenus à distance par les phéromones d’abeilles

Au point d’eau de Jejane au parc, 25 des 29 éléphants, qui se sont approchés des chaussettes chargées de phéromones, se sont éloignés après s’être suffisamment rapprochés pour sentir la formulation. Au cours de la même période, des expériences de contrôle ont révélé que tous les éléphants ignoraient les chaussettes suspendues semblables qui ne contenaient pas le mélange de phéromones ou qu’ils s’approchaient des chaussettes et les ramassaient et ils essayaient même de les goûter dans certains cas.

Nos résultats complètent les études précédentes qui ont démontré que les ruches des abeilles peuvent éloigner les éléphants des zones agricoles, mais ces ruches sont difficiles à mettre en oeuvre à grande échelle. Nous espérons étendre ce travail pour développer des outils supplémentaires pour la gestion passive durable des mouvements des éléphants selon Mark G. Wright, auteur principal de l’étude et professeur d’entomologie au Département des sciences de la protection des végétaux et de l’environnement de l’Université d’Hawaii à Manoa.

Le conflit croissant entre les éléphants et les humains

Cette étude est issue des deux décennies de recherche, de développement et de commercialisation de produits utilisant des phéromones et d’autres composés naturels qui manipulent le comportement animal pour contrôler les insectes qui détruisent les cultures ou propagent des maladies sans avoir besoin de pulvériser des pesticides. Mais cette étude innove en montrant que les phéromones synthétiques peuvent également avoir le potentiel d’être utilisé pour gérer en toute sécurité une grande espèce de mammifères.

Le besoin de stratégies sécuritaires de gestion des éléphants est devenu plus pressant à mesure que les populations humaines se sont développées en Afrique et en Asie, créant des zones plus vastes où les éléphants entrent en conflit avec les humains en piétinant les cultures ou causant d’autres dommages. Ces conflits sont souvent tragiques. Les gens ont été piétinés et leurs récoltes détruites. Et les éléphants réputés destructeurs sont souvent tués.

Les phéromones d’alarme des abeilles

Dans cette étude, les scientifiques ont exploité les indices chimiques qui se produisent dans la nature. Quand un mammifère semble menacer une ruche, les abeilles, qui perçoivent la menace, libèrent des phéromones d’alarme pour mobiliser d’autres abeilles pour défendre la ruche. Ensuite, un essaim d’abeilles attaque et pique le mammifère.

Les éléphants détestent être piqués selon Wright. Les tissus mous dans leurs yeux et à l’intérieur de leurs troncs sont particulièrement vulnérables aux piqûres d’abeilles. Ainsi, au cours des âges, on estime que les éléphants ont appris à reconnaître l’odeur des phéromones d’alarme des abeilles et à reculer quand ils les rencontrent.

En fait, certains agriculteurs en Afrique placent des ruches d’abeilles commerciales le long de leurs clôtures pour protéger les cultures des éléphants. Pourtant, l’utilisation de phéromones manufacturées dans une matrice à libération lente pourrait être beaucoup moins coûteuse, plus flexible et plus facile à déployer pour faciliter des coexistences plus sûres entre les éléphants et les humains dans les zones d’interface de l’habitat.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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