mercredi , 22 novembre 2017

Le meilleur et le pire de la gamétogénèse in vitro

La gamétogénèse in vitro (GIV) est une technologie très récente, mais également la plus puissante dans le traitement de l’infertilité puisqu’elle permet de créer des ovules et du sperme à partir de cellules souches. On ignore si cette technique verra le jour sur le plan clinique, mais dans un article, 3 experts exposent le meilleur et le pire de la gamétogénèse in vitro.


Le meilleur et le pire de la gamétogénèse in vitro
Le secteur de la reproduction ou du traitement contre l’infertilité avance à pas de géant. La fécondation in vitro a fait des progrès remarquables et on a également la thérapie par remplacement des mitochondries (on surnomme cette dernière comme la technique de l’enfant à 3 parents). Mais malgré l’avancée de ces techniques, elles nécessitent toujours les gamètes qui sont le sperme et l’ovule qui provient des testicules du père et des ovaires de la mère. Mais une nouvelle technologie expérimentale connue comme la gamétogénèse in vitro permet de créer des embryons à partir de cellules souches qu’on aurait prélevées sur des cellules de la peau.

Dans la revue Science Translational Medicine, 3 experts proposent leurs perspectives sur cette technologie qui promet des avancées exceptionnelles pour le traitement contre l’infertilité et la recherche, mais elle possède un impact monstrueux sur la société et les législateurs. 1

La gamétogénèse in vitro possède le potentiel de révolutionner la fertilité et la capacité d’intervenir sur des maladies au niveau pre ou post-embryonnaire selon le Dr Eli Adashi de l’université de Brown, Glen Cohen, professeur à la Harvard Law School et le Dr George Daley qui est le doyen de la Harvard Medical School. Mais la GIV peut aussi mener à des cauchemars éthiques, car cela peut inciter les gens à personnaliser leur embryon pour créer l’enfant parfait.

Il y a quelque chose de troublant sur la possibilité de gamètes infinis qu’on peut féconder dans une quantité infinie d’embryons selon Adashi. La gamétogénèse in vitro provient de la capacité des scientifiques à manipuler les cellules souches provenant d’embryons ou de tissus normaux du corps. En travaillant avec des souris en laboratoire, les scientifiques ont déjà rapporté des succès considérables avec cette technique. Ils ont créé des cellules d’ovules fécondables à partir de cellules souches embryonnaires et ils ont aussi crée des cellules de sperme. Ils ont également développé des embryons fertilisés à partir de cellules souches. Dans ce cas, les scientifiques ont intégré des cellules souches dans les étapes préliminaires du développement de gamète et ils ont ensuite fini leur développement dans les organes reproducteurs des souris avant d’accomplir la fécondation.

Actuellement, il n’est pas possible, techniquement ou légalement, de créer un enfant avec la gamétogénèse in vitro et dépendant des barrières économiques, techniques et juridiques, on ne pourra jamais peut-être le faire. Mais pour le moment, cela reste une possibilité. La GIV peut se concrétiser et ce n’est qu’une question de temps selon Adashi qui surveille les développements de cette technique au Japon et au Royaume-Uni depuis 2005.

Les opportunités et les dilemmes

Le principal avantage de la gamétogénèse in vitro est que cela permet de produire du sperme et des ovules sans avoir besoin d’organes reproducteurs. Ainsi, on pourrait l’utiliser chez des patients qui ont perdu leur fonction reproductive telle que c’est parfois le cas chez ceux qui ont suivi une chimiothérapie.

De plus, la gamétogénèse in vitro peut révolutionner la fécondation in vitro parce qu’elle permet d’augmenter considérablement la quantité des ovules. Actuellement, on doit utiliser la médication et on doit les collecter en petites quantités avec la chirurgie et cela coute très cher.

Les hommes en bonne santé n’ont aucun problème à produire du sperme par millions, mais la possibilité d’une grande quantité d’ovules, qu’on pourrait produire en laboratoire avec du tissu de la peau ou un simple frottis, est une grande opportunité et un dilemme par la même occasion. Si la gamétogénèse in vitro peut produire beaucoup d’ovules en laboratoire, et qu’on tient compte des techniques de modification génétique, alors dans le futur, les médecins pourraient éliminer les maladies héréditaires avant même la fécondation.

Et avec des gamètes en abondance, les chercheurs pourraient étudier facilement les maladies au niveau moléculaire et cellulaire. Et avec des ovules prêts à l’emploi, les personnes pourraient générer des lignées cellulaires embryonnaires pour des besoins médicaux dans le futur. Cela exploiterait une technologie existante dans laquelle on crée des cellules souches en transférant un noyau à partir de cellules matures du corps dans un ovule sans noyau.

Mais ce royaume de recherche est rempli par des champs de mines éthiques. La plupart des personnes sont opposées à créer des embryons pour la recherche et l’utilisation thérapeutique. Et dans un scénario impliquant la gamétogénèse in vitro, alors les questions éthiques deviennent prédominantes. Actuellement, les lois américaines interdisent le financement pour créer des embryons pour la recherche. L’utilisation de la gamétogénèse in vitro pour une utilisation clinique devra passer de nombreux obstacles juridiques dans chaque pays.

Mais même si la GIV passe tous les tests et qu’elle soit autorisée, comment les législateurs doivent réagir face à un couple qui voudrait créer des dizaines d’embryons pour choisir le “meilleur” enfant ? Selon les 3 experts, la gamétogénèse in vitro soulève le spectre d’une culture d’embryons à des échelles inimaginables et cela pourrait exacerber les inquiétudes sur la dévaluation de la vie humaine.

Nous avons déjà parlé de la gamétogénèse in vitro quand les expériences sur les souris ont été réalisées. À cette époque, les chercheurs proposaient la possibilité que les couples gays puissent avoir des enfants 100 % biologiques. La même chose est valable pour les lesbiennes ou les couples hétéros qui souffrent de stérilité. Par exemple, on prend les cellules souches d’un partenaire dans le couple et on en fait des ovules, on fait la même chose avec le second pour créer du sperme. On mélange le tout pour avoir un embryon et on l’insère dans une mère porteuse. Pour le cas des lesbiennes, ce sera plus facile puisque l’une des femmes pourra porter l’embryon pour devenir la mère biologique.

Mais Adashi va plus loin en extrapolant à l’extrême sur un enfant à un seul parent. Rien n’empêche qu’on crée les ovules et le sperme de la même personne. Si c’est un homme, il devra quand même passer par une mère porteuse. Mais un enfant produit par un seul parent sera la frontière ultime de la dépression de consanguinité. Et on ignore comment cela va influencer sur la santé de l’enfant. Et puis pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? La gamétogénèse in vitro permet même de devenir un parent involontaire. En effet, il est facile d’obtenir des cellules souches de la peau et on pourra l’utiliser pour créer des gamètes. On pourrait prélever des cellules de votre peau à votre insu et les utiliser pour créer un enfant.

Est-ce que la loi devra criminaliser ce type de comportement ? Et si on crée des gamètes provenant de cellules de la peau, est-ce que la personne est le parent légal ou qu’on doit distinguer le patrimoine génétique et la filiation purement juridique ?

La gamétogénèse in vitro est encore pour un futur lointain

Sur le court terme, on n’aura pas à se poser ces questions sur la gamétogénèse in vitro. Elle va rester un objet de recherche pour de nombreuses années et ses premiers effets seront les progrès dans les études basiques de gamètes et des cellules germinales primordiales.

Étant donné le risque de sécurité, on ne verra pas d’essai clinique du GIV avant un bon bout de temps. Mais la médecine et la science progressent à une vitesse foudroyante. Imaginons que le GIV soit une possibilité dans 20 ans, alors il n’est pas trop tôt pour informer les gens dès aujourd’hui, car cette technique possède le potentiel de révolutionner notre concept même de reproduction, de fécondation et au simple fait d’avoir un enfant.

Sources

1.
Cohen IG, Daley GQ, Adashi EY. Disruptive reproductive technologies. Sci Transl Med. 2017;9(372):eaag2959. doi: 10.1126/scitranslmed.aag2959
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A propos de Jacqueline Charpentier

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Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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