Une colonie unique de fourmis dans un bunker nucléaire en Pologne

Des chercheurs en Pologne rapportent le cas d’une colonie tellement unique de fourmis qu’il est difficile de la considérer comme une colonie légitime.


Des chercheurs en Pologne rapportent le cas d'une colonie tellement unique de fourmis qu'il est difficile de la considérer comme une colonie légitime.

Depuis plusieurs années, un groupe de chercheurs observe une colonie quasi impossible de des bois qui vit dans un bunker nucléaire à Templewo en Pologne. Complètement isolés du monde extérieur, ces membres de l’espèce Formica polyctena ont créé une société qu’on n’a jamais vue chez des .

Les Soviétiques ont construit le Bunker pendant la Guerre froide pour stocker des armes nucléaires. Le Buncker est entièrement camouflé avec de la terre et des arbres. Par la suite, une grande colonie de fourmis des bois s’est établie sur le sol au dessus du bunker. Il y avait juste un problème. Les fourmis ont construit leur nid directement sous un conduit vertical de ventilation. Quand le métal couvrant le tuyau a rouillé et qu’il s’est érodé, il a créé une ouverture béante. Chaque année lorsque la colonie de surface s’agrandit, des milliers de fourmis ouvrières tombent dans le conduit et elles ne peuvent pas remonter. Les survivants, plutôt que de dépérir, ont construit une nouvelle colonie au fond du conduit de ventilation, mais disons que cette situation est loin d’être normale.

Vue depuis le dessus sur le conduit de ventilation. En bas, on voit la colonie de fourmis du bunker.

Vue depuis le dessus sur le conduit de ventilation. En bas, on voit la colonie de fourmis du bunker.

Wojciech Czechowski, zoologue de l’académie des sciences en Pologne et ses collègues ont découvert la colonie après que d’autres zoologues ont trouvé des chauves-souris vivant dans le bunker. Même si c’est illégal d’entrer, les chercheurs ont trouvé un moyen d’observer l’intérieur et c’est là qu’ils ont découvert cette colonie unique de fourmis. L’équipe de Czechowski a découvert, après 2 saisons d’observation, qu’il y avait un groupe de près de 1 million de fourmis ouvrières qui avaient un mode de vie tellement étrange qu’il est difficile de les considérer comme une colonie selon les travaux qui ont été publiés dans The Journal of Hymenoptera.

Les conditions de vie sont tellement difficiles avec des températures très basses et un environnement stérile que les fourmis vivent dans un état de quasi-stagnation. Ces fourmis ne produisent pas de reines, de mâles ou de portée. Cette colonie est composée exclusivement de femmes ouvrières non reproductives. Et chaque année, la colonie est renouvelée par des fourmis qui tombent dans le conduit de ventilation.

Comme la plupart des autres espèces, les fourmis des bois suppriment les déchets de leur colonie. Dans le cas des fourmis du bunker, une grande partie des déchets est composée de fourmis mortes. Les chercheurs estiment que la mortalité est supérieure aux circonstances normales. Les parties plates de la butte de la colonie et le plancher des espaces adjacents sont tapissés avec des corps de fourmis. Ce cimetière de fourmis fait quelques centimètres d’épaisseur dans certains endroits et il y avait même une épaisseur d’un décimètre qui contenait plus de 8 000 fourmis mortes. Cela suggère, selon les chercheurs, qu’il doit y avoir près de 2 millions cadavres de fourmis qui sont empilées autour de la colonie.

Sur les murs, on peut voir le cimetière des fourmis avec des cadavres qui tapissent tous les alentours.

Sur les murs, on peut voir le cimetière des fourmis avec des cadavres qui tapissent tous les alentours.

Et ce cimetière est également un petit écosystème avec des mites et d’autres invertébrés qui mangent les corps des fourmis. Mais la question de l’alimentation des fourmis reste un mystère. Il se pourrait que ces fourmis consomment les créatures qui festoient dans leur cimetière, mais cela reste improbable. Une autre possibilité est les nutriments provenant du guano des chauves-souris qui vivent aussi dans le bunker.

Les fourmis des bois sont parmi les insectes les plus robustes et les plus polyvalents. On sait qu’elles peuvent vivre dans une île totalement isolée comme dans une boite minuscule. Cela laisse à penser que cette colonie souterraine pourrait donner quelque chose d’unique dans le monde des fourmis. Dans une expérience précédente, Czechowski a montré que les fourmis des bois peuvent adopter des reines d’espèces qui sont proches. Donc, si une reine tombe dans le conduit, alors elle pourrait rejoindre la colonie pour commencer une reproduction. Mais sans une source d’aliments riches, les fourmis n’auront pas assez d’énergie pour élever une nouvelle génération. La seule manière pour ces fourmis de survivre est d’attendre une nouvelle pluie de fourmis de la colonie de la surface.

Malgré une étude qui semble très robuste, il y a des questions de logique qui demeurent. Les fourmis sont capables de se déplacer et de grimper sur quasiment toutes les aspérités. Elles n’ont pas de problèmes pour s’agripper même sur des surfaces très lisses. De ce fait, pourquoi ces fourmis du bunker ne rejoignent-elles pas la colonie de la surface en remontant par le conduit ? Une des réponses est que les fourmis ne s’éloignent pas beaucoup de leur colonie et qu’elles ont du mal à rejoindre la surface. Il se pourrait aussi que le conduit soit composé dans un matériau qui empêche les fourmis de grimper. En général, les fourmis utilisent des phéromones pour tracer leurs chemins, mais cela ne fonctionne pas dans ce cas. Les fourmis tombent directement dans le trou et donc, il n’y a aucun chemin de phéromones.

Une colonie d’individus enfermés dans un endroit confiné et qui est entouré par des cadavres ? On dirait une partie de Dwarf Fortress. L’étude est fascinante et les lecteurs proposent toutes sortes de solutions. Certains estiment qu’il faut creuser un chemin dans la colonie souterraine pour que les fourmis puissent sortir. D’autres suggèrent que la colonie d’en haut et celle d’en bas vont finir par se connecter et les problèmes seront réglés. On voit souvent ce type de jugement humain et moral sur un règne animal non-humain, mais on ne doit pas interférer. L’évolution de ces fourmis peut donner quelque chose d’unique sur le long terme. Il n’y a pas de cruauté dans la nature, c’est juste comme ça.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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