vendredi , 15 décembre 2017

Les molécules sur votre téléphone révèlent beaucoup de choses sur vous

Une recherche démontre qu’on laisse énormément de molécules sur un téléphone. En analysant chacune des substances, les chercheurs ont été capables de créer un profil généraliste de la personne. Ils peuvent dire les produits qu’elle utilise, le temps qu’elle passe à l’extérieur ou si c’est un homme ou une femme.


Les molécules sur votre téléphone révèlent beaucoup de choses sur vous
Nous laissons des traces chimiques, des molécules et des microbes sur chaque objet que nous touchons. En collectant les molécules sur les téléphones, des chercheurs de l’université de Californie et de la Skaggs School of Pharmacy and Pharmaceutical Sciences ont été capable de créer un profil de mode de vie incluant le régime, les produits hygiéniques, l’état de la santé et les endroits visités par la personne. Cette étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, possède plusieurs applications incluant le profilage criminel, la fouille dans les aéroports, l’analyse de l’adhérence médicale et les expositions environnementales.1

Vous pouvez imaginer un scénario où un enquêteur tombe sur un objet personnel tel qu’un téléphone, un stylo ou une clé sans aucune empreinte ou ADN ou que les informations d’empreintes ne sont pas dans une base de données. L’enquêteur serait un peu perdu selon Pieter Dorrestein, auteur de l’étude, mais il pourra exploiter notre approche pour connaitre le profil générique de la personne via les objets qu’il a touchés ou utilisés.

Dans une étude de 2015, l’équipe de Dorrestein avait construit des modèles en 3D pour illustrer les molécules et les microbes trouvés dans des centaines d’endroits sur le corps de 2 volontaires.2 En dépit d’une interdiction d’utiliser des produits hygiéniques pendant 3 jours avant le test, les chercheurs ont été surpris que les molécules les plus abondantes dans la peau provenaient de produits de beauté ou d’hygiène tels que de la crème solaire. Ces traces chimiques sur notre corps peuvent se transférer aux objets selon Dorrestein. Et donc, nous avons réalisé que nous pourrions construire un profil en nous basant sur la chimie des objets fréquemment utilisés par des personnes.

39 volontaires adultes ont participé au test. L’équipe a collecté 4 échantillons sur le téléphone de chaque personne et 8 échantillons provenant de la main droite pour un total de 500 échantillons. Ensuite, ils ont utilisé une technique connue comme la spectroscopie de masse pour détecter les molécules dans les échantillons. Ils ont identifié de nombreuses molécules en les comparant à la base de données GNPS.3 Cette dernière contient des données de spectroscopie de masse qui fonctionne sur la collaboration participative.

Avec cette information, les chercheurs ont développé un profil de mode de vie personnalisé pour chaque personne. Ils ont détecté des médicaments comme des crèmes anti-fongiques et anti-inflammatoires, des traitements contre la perte de cheveux, des antidépresseurs et des gouttes pour les yeux. Les molécules alimentaires incluaient du citron, de la caféine, des herbes et des épices. Des ingrédients de crème solaire et de répulsif anti-moustique ont détecté sur les téléphones des mois après que les sujets les avaient utilisés. Cela suggère que ces substances permettent de construire un profil sur le long terme.

En analysant les molécules que vous laissez sur votre téléphone, nous pouvons dire si une personne est un homme ou une femme, si elle utilise des cosmétiques haut de gamme, si elle se teint les cheveux, si elle boit du café, si elle préfère la bière au vin, si elle préfère la nourriture épicée, si elle est traitée contre la dépression, si elle met de la crème solaire et donc, qu’elle passe beaucoup de temps à l’extérieur. Pour un enquêteur, c’est une mine d’or pour comprendre globalement le mode de vie de la personne.

L’approche a des limites. Elle permet de créer un profil général et non une correspondance unique comme avec une empreinte. On peut préciser le profil, mais il faut enrichir les bases de données avec beaucoup plus de molécules, notamment celles qui se trouvent dans les aliments les plus fréquents, mais également dans les tapis, les vêtements ou la peinture. On peut créer une base de données de molécules qui peut rivaliser avec une base d’empreintes digitales, mais il faut l’aide de plusieurs laboratoires.

De plus, l’étude est limitée par son échantillon de 39 personnes et c’est pourquoi les chercheurs vont faire un autre test avec 80 personnes en intégrant d’autres objets tels que les murs ou les clés. Pour le moment, ils se concentrent sur les molécules, mais ils envisagent de profiler également les bactéries et les microbes. Dans une étude de 2010, Rob Knight, co-auteur dans l’étude actuel, avait contribué à une autre recherche qui permettait d’identifier le propriétaire d’un clavier d’ordinateur uniquement par les microbes qu’il laissait dessus.4

En dehors du secteur de l’enquête judiciaire, Dorrestein et son équipe imaginent que ces profils peuvent être utiles dans des études médicales et environnementales. Par exemple, des médecins pourraient mieux connaitre l’adhérence d’un médicament sur un patient en analysant les molécules sur sa peau. De même, des participants à un essai clinique pourraient être séparés en des groupes en fonction du métabolisme des médicaments sur leur peau. Enfin, ce profil moléculaire serait aussi précieux pour déterminer si une personne est exposée à des polluants environnementaux ou à des dangers chimiques.

Sources

1.
Bouslimani A, Melnik AV, Xu Z, et al. Lifestyle chemistries from phones for individual profiling. Proceedings of the National Academy of Sciences. novembre 2016:201610019. doi: 10.1073/pnas.1610019113
2.
Bouslimani A, Porto C, Rath CM, et al. Molecular cartography of the human skin surface in 3D. Proceedings of the National Academy of Sciences. 2015;112(17):E2120-E2129. doi: 10.1073/pnas.1424409112
3.
GNPS – The Future of Natural Products Research and Mass Spectrometry. Ucsd. http://gnps.ucsd.edu/. Consulté le novembre 15, 2016.
4.
Fierer N, Lauber CL, Zhou N, McDonald D, Costello EK, Knight R. Forensic identification using skin bacterial communities. Proceedings of the National Academy of Sciences. 2010;107(14):6477-6481. doi: 10.1073/pnas.1000162107
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A propos de Jacqueline Charpentier

mm

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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