L’Anthropocène favorisé par les bombes atomiques et le pétrole

L’Anthropocène est une époque géologique caractérisée par l’empreinte de l’homme sur Terre. Et aujourd’hui, un groupe de travail suggère que la bombe atomique et le pétrole ont considérablement favorisé cette nouvelle ère.


L'Anthropocène est une époque géologique caractérisée par l'empreinte de l'homme sur Terre. Et aujourd'hui, un groupe de travail suggère que la bombe atomique et le pétrole ont considérablement favorisé cette nouvelle ère.

Après la Seconde Guerre mondiale, quand les bombes atomiques ont explosé et que notre soif du pétrole est devenue une addiction, la Terre est entrée dans l’. L’Anthropocène est une nouvelle ère géologique caractérisée par l’impact environnemental humain dans les sédiments dans le monde entier. C’est la conclusion de l’Anthropocene Working Group, un groupe de chercheurs qui a passé 7 ans à déterminer si le terme d’Anthropocène devait être considéré comme une ère géologique officielle.

Après des votes au début du mois, le groupe a décidé que le début de l’Anthropocène se situait entre les années 1940 et 1950 qui sont caractéristiques du boom de l’après-guerre. Le groupe va envoyer sa demande à l’International Commission on Stratigraphy (ICS) qui gère les ères géologiques afin qu’il reconnaisse l’Anthropocène comme une série stratigraphique (équivalent à une époque géologique) au même titre que l’Holocène et le Pléistocène. Colin Waters, le secrétaire du groupe et un géologue de la British Geological Survey, va révéler les recommandations du groupe le 29 aout 2016 pendant l’International Geological Congress à Cape Town en Afrique du Sud.

Le groupe ne va pas proposer une demande officielle. Pour une demande officielle, il faut collecter plusieurs échantillons de sédiments du monde entier et démontrer une transition nette dans les traceurs géochimiques qui persistent dans les roches. Ces traceurs devront montrer un pic caractéristique du début de l’Anthropocène. Ces échantillons pourraient provenir du lit des rivières, des planchers océaniques, des glaciers, des coraux ou des anneaux d’arbres. Mais ils doivent démontrer la Grande Accélération qui désigne la période où la combustion de l’énergie fossile a décollé selon Jan Zalasiewicz, un géologue de l’université de Leicester.

Ces sections d’échantillons devront être riches avec des signatures multiples, car la proposition de l’Anthropocène fait face à des critiques acerbes de la part des statigraphes. Les membres de l’International Commission on Stratigraphy vont étudier la proposition d’un oeil très critique selon Stan Finney, président de l’ICS et un géologue de l’université de Californie.

Ce chercheur et d’autres statigraphes doutent que leurs normes puissent s’appliquer à des échantillons de boue datant de quelques décennies alors qu’en général, ils regardent les roches solides qui possèdent des frontières stratigraphiques beaucoup plus anciennes. Les statigraphes doutent de l’Anthropocène pour leur science qui définit des chronologies des roches sédimentaires. De plus, certains sont réticents sur le fait que d’autres disciplines aient joué un rôle dans la proposition, notamment des climatologues, car cela peut s’apparenter à une position politique.

Si l’ICS reconnait officiellement l’Anthropocène, alors les statigraphes risquent de se prendre un tsunami de critiques dans la tronche. La presse va se déchainer contre eux sans oublier les climato-sceptiques qui vont les discréditer. Le groupe de travail sur l’Anthropocène, un mélange de 35 géologues, climatologues, archéologues et d’autres, ont considéré plusieurs dates. Ils voulaient voter pour un début de l’Anthropocène sur 7 000 ans auparavant quand l’humanité a commencé à transformer les forêts en pâturage et en terres agricoles. Ces changements ont pu provoquer des piques du dioxyde de carbone. Il y a 3 000 ans, on a aussi l’impact de la fonte de plomb sur le sol. Plus récemment, les chercheurs ont considéré 1610, quand le pollen du Nouveau Monde est apparu en Europe et 1800, le début de l’ère industrielle. Mais la plupart des votes ont convergé vers la Grande Accélération.

La décision du groupe pour se concentrer sur une seule date provoque des remous. Bill Ruddiman, un professeur émérite de science environnementale à l’université de Virginie estime que c’est une erreur de formaliser le terme sur une seule date. Car on va manquer toute la transformation progressive de la planète. De nombreux archéologues plaident pour la date de 7 000 ans auparavant. Mais le groupe de travail a analysé la signature globale de l’impact humain qui serait présent dans les roches plutôt que les premières influences humaines sur l’environnement.

Dans une étude publiée au début d’année, le groupe de travail a souligné les principaux déclencheurs de l’Anthropocène. Les matériaux qui ont augmenté massivement dans les années 1950 telles que le plastique ou l’aluminium. On a également le plutonium dans l’atmosphère qui était visible dans le sol en 1951, car ce plutonium va persister dans le sol pendant les 100 000 prochaines années pendant sa désintégration en uranium et en plomb. Mais la preuve la plus flagrante est venue de 71 lits de lacs du monde entier. Un pic très fort de cendres volantes datant de 1950 qui désigne la haute température de la combustion du charbon et du pétrole. C’est un signal permanent selon Waters. Ces particules ne se dégradent pas. Il ajoute que la cendre est directement associée à l’augmentation humaine du CO2 qui a provoqué l’apparition de l’Anthropocène.

Avant cette année, le groupe n’avait pas trouvé un pic aussi notable. Ils privilégiaient la définition de l’Anthropocène comme une date de début et c’est une méthode utilisée par les statigraphes pour des unités de temps du Précambrien qui date de 540 millions d’années auparavant. Le Précambrien n’avait pas de signaux clairs dans la roche. Mais l’ICS avait clairement expliqué qu’une reconnaissance de l’Anthropocène passait obligatoirement par un pic d’or parfaitement démontré. Le pic d’or ne sera peut-être pas suffisant, mais Waters estime qu’on doit le considérer comme une entité propre. La Grande Accélération est très courte et fine et on peut la voir de manière très claire. Et Zalasiewicz estime que la Grande Accélération va durer même si l’humanité arrive à inverser le . Et si l’humanité ne change pas, alors les futurs statigraphes devront promouvoir l’Anthropocène au rang supérieur dans la hiérarchie géologique.

 

N'oubliez pas de voter pour cet article !
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (No Ratings Yet)
Loading...
mm

Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *