Le Glyphosate sur l’alimentation et le bouc émissaire Monsanto

À force de diaboliser Monsanto et son pesticide Roundup qui contiennent du Glyphosate, certains écologistes et partisans d’une alimentation « bio » déforment les faits, mais surtout, ils oublient que les problèmes de l’alimentation sont remplis de nuances.


À force de diaboliser Monsanto et son pesticide Roundup qui contiennent du Glyphosate, certains écologistes et partisans d'une alimentation "bio" déforment les faits, mais surtout, ils oublient que les problèmes de l'alimentation sont remplis de nuances.

Le 15 novembre 2016, le site Food Babe a posté les résultats d’une analyse indépendante concernant des aliments vendus aux États-Unis et la présence de doses élevées de Glyphosate, une substance chimique qui est présente dans le , herbicide de entre autres.1 Le problème est que ce site prétend que les agences comme la FDA ont enterré ce rapport et cela suggère une complicité entre Monsanto et la FDA.

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Le glyphosate est l’un des produits les plus utilisés dans le monde, notamment dans les OGM. Les OGM sont conçus spécifiquement pour résister à ce produit. Le Glyphosate est un produit qu’on applique aux plantes à feuilles larges et à la mauvaise herbe.2 La forme en sel de sodium du Glyphosate est utilisée pour réguler le développement de la plante et la maturation des fruits. Le Glyphosate est utilisé depuis 1974 aux États-Unis.

Dès son entrée sur le marché, les agences l’ont surveillé avec des décisions qui ont évolué énormément au fil des années. L’hypothèse de base, qui a été vérifiée par des observations, est que le glyphosate peut s’infiltrer dans le système d’approvisionnement en eau et donc, qu’on peut l’ingérer directement ou via les aliments lorsque le résidu se dépose sur la nourriture.3

Le potentiel carcinogène du Glyphosate a été proposé par l’agence américaine de la protection de l’environnement (EPA) en 1985. En se basant sur des études concernant des rongeurs, l’EPA a classé le Glyphosate comme faisant partie du Groupe C. Cela signifie qu’il est potentiellement carcinogène pour les humains en 1986.4 5 Il y avait peu de preuves de ce potentiel carcinogène concernant les animaux et quasiment aucune donnée sur les humains. Après des enquêtes supplémentaires, qui incluaient des études financées par l’industrie, l’EPA a revu sa classification en 1993 en considérant le glyphosate comme faisant partie du Groupe E. Cela signifie que cette substance est non carcinogène pour les humains.6 Il est normal que des agences gouvernementales changent leurs décisions au fil du temps, car la science va évoluer en fonction des données accumulées.

La controverse sur le potentiel carcinogène du Glyphosate

Mais en mars 2015, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), qui fait partie de l’OMS, a lancé une véritable bombe lorsqu’ils ont refusé la classification de l’EPA et qu’ils ont considéré le glyphosate comme étant probablement carcinogène pour les humains.7 Mais un an plus tard, une réunion conjointe entre l’OMS et la FAO a conclu que le glyphosate ne provoque probablement pas un risque carcinogène pour les humains s’il est ingéré via l’alimentation.8 Par la suite, plusieurs rapports contradictoires ont été publiés sur la prétendue dangerosité du Glyphosate pour les humains. Et en septembre 2016, une méta-analyse publiée dans Scientific Reviews in Toxicology, qui répondait à tous ces rapports, a proposé une conclusion qui est identique au rapport de l’OMS. Nos données ne supportent pas la conclusion du CIRC datant de 2015 sur le fait que le Glyphosate est probablement carcinogène pour les humains.4 Cette méta-analyse était très solide puisqu’elle a été réalisée par 4 panels d’experts indépendants. Actuellement, le consensus scientifique estime que le glyphosate ne pose aucun risque pour les humains et les animaux et que les résidus, se trouvant dans des aliments, existent dans des doses largement infimes, par rapport aux normes établies.

La FDA et le test de résidu du Glyphosate

Et pendant cette joute entre le CIRC et les experts indépendants, un rapport de 2014 provenant du Government Accountability Office (l’équivalent de la Cour des comptes en France) a demandé à la FDA d’analyser les aliments pour détecter des résidus de glyphosate. 9Une décision saluée par les écologistes et les partisans de l’alimentation « bio ». Mais la FDA n’a pas pu réaliser ce test sur les résidus. Le problème est que la FDA avait déjà un programme d’analyse concernant plusieurs herbicides et qu’elle ne pouvait pas intégrer le test de résidu du Glyphosate.10 L’agence a expliqué qu’elle n’a pas réussi à proposer une méthodologie standard acceptée par les différentes agences et laboratoires aux États-Unis. Les laboratoires ont estimé qu’il fallait des instruments plus sensibles pour cette analyse. Donc, l’analyse sur les autres herbicides a été maintenue, mais le test sur les résidus a été abandonné.

Début de la théorie du complot

Et c’est là que la théorie du complot est lancée par le site Food Babe. Elle s’est uniquement basée sur la décision finale de la FDA en évitant d’expliquer clairement les causes de l’annulation. De plus, elle propose des résultats sur des études sur les animaux et elle fait un lien complètement merdique arbitraire entre la FDA et Monsanto.11 Vous avez remarqué ? Depuis le début de l’article, c’est la première fois qu’on cite Monsanto comme un acteur direct dans cette affaire alors que tous les rapports et les études concernaient uniquement le glyphosate. On doit comprendre que même s’il a été inventé par Monsanto, le brevet du Glyphosate est désormais dans le domaine public. Mais personne ne veut voir cette nuance qui est pourtant fondamentale et Food Babe peut partir sur sa lancée avec la diabolisation de Monsanto.

La FDA ne protège pas les Américains contre le Glyphosate. Après avoir annoncé en février qu’ils vont tester les aliments sur les résidus de Glyphosate, ils ont juste suspendu leurs tests cette semaine. Se pourrait-il que Monsanto n’ait pas envie que ces résultats soient connus du public ? (sic). Monsanto va tout faire pour enterrer cette histoire.

On ne peut pas nier les conflits d’intérêts et la controverse sur les études financées par l’industrie, mais il n’y a aucune preuve que Monsanto ait influencé la FDA. Mais Food Babe propose ses propres preuves qui sont basées sur des analyses de laboratoires commandés par 2 groupes environnementaux.12 On peut lire dans l’article de Food Babe que :

Des laboratoires reconnus par la FDA ont testé les aliments les plus « populaires » des USA pour déterminer la présence de glyphosate et ils ont trouvé des quantités « ALARMANTES ». Pour vous donner une idée de la quantité, une recherche indépendante suggère que la nocivité humaine pour le glyphosate commence à 0,1 ppb (partie par milliard). De nombreux aliments possèdent des taux supérieurs à 1000 ppb.

Déformation sur le taux nocif du glyphosate sur les humains

Il y a une grosse erreur dans cette affirmation concernant cette nocivité de 0,1 ppb. Une seule étude dans la liste fournie par le site prétend qu’une telle quantité est nocive.13 De plus, cette étude a testé le glyphosate chez les souris, pas chez les humains. En revanche, la FDA estime que des concentrations acceptables de glyphosate sont de 700 ppb.14 Certes, les scientifiques ne sont pas tous d’accord avec cette quantité de la FDA et il y a un certain nombre d’études sur les animaux qui montrent que des niveaux inférieurs à 700 ppb peuvent être dangereux.15 16 Mais on est très loin des 0,1 ppb.

Et comme personne ne prend la peine de lire les études scientifiques, le site Food Babe a réalisé un joli tableau ultra-simpliste qui liste tous les produits alimentaires populaires et leur taux de glyphosate correspondant.

Une liste des aliments et la quantité de glyphosate correspondante

Une liste des aliments et la quantité de glyphosate correspondante

Dans cette liste, il y a un seul produit, le Naked Pita Chips de Cheerios, qui avait des niveaux supérieurs à la limite proposée par la FDA. Le niveau de votre « indignation choquante » sera très variable quand vous lisez ce tableau. Et cela dépendra de votre niveau de confiance dans la FDA ou les études sur les animaux pour extrapoler automatiquement les impacts sur les humains. Cela revient à dire que si on met suffisamment du sel dans de l’eau, alors cette eau est nocive pour les humains. Est-ce qu’on doit bannir le sel pour autant. Tout peut devenir un poison avec une dose suffisant, mais les environnementalistes ne comprennent pas ce simple principe toxicologique et ils brandissent le glyphosate comme un épouvantail pour justifier leur propagande.

Un autre point important est que le rapport cité par Food Babe a été commandité par 2 groupes qui sont Food Democracy Now ! et Detox Project. Ces groupes ont collecté des preuves scientifiques supplémentaires dans le monde entier et ils ont demandé une recherche indépendante sur le glyphosate. Food Democracy Now ! est une communauté dédiée à construire un système alimentaire autonome qui protège notre environnement naturel afin de nourrir les agriculteurs et leurs familles.17 Le Detox Project est spécifiquement dédié à la recherche sur l’impact du glyphosate sur les humains.18 C’est sûr qu’on peut confiance à une organisation qui utilise le Detox puisqu’un régime Detox a failli tuer une femme

Le glyphosate ne représente aucun danger pour les humains avec les normes actuelles de l’agriculture

On doit admettre qu’il y a de nombreuses études qui suggèrent l’absence effets nocifs sur les humains. Certaines de ces études sont plus solides que d’autres. Mais dans le cas du glyphosate sur l’alimentation, le consensus est clair depuis des années et il est sans danger pour l’alimentation, résidus ou pas de résidus.

Le débat sur le glyphosate n’aurait jamais dû exister, mais le CIRC, par son incompétence et ses liens plus que douteux avec les lobbyings du bio, ont dénaturé le glyphosate en le considérant comme une arme de destruction massive.19

Monsanto, votre bouc émissaire personnalisé…

On n’a aucune preuve que Monsanto ait influencé la FDA sur le fait d’abandonner ce test sur les résidus, mais on peut se poser la question sur l’influence des grands groupes sur ce type d’agence. Mais il est malhonnête et stupide d’utiliser Monsanto comme un bouc émissaire et de pardonner à toutes les autres entreprises qui font exactement la même chose. Les écologistes accusent les industriels de financer des études. D’accord, mais ne peut-on pas dire la même chose de cette étude balancée par Food Babe ? Ce sont 2 groupes qui ont également commandité l’étude. Quelle est la différence ? Est-ce que des groupes qui affichent l’étiquette écologique sur leur front sont plus honnêtes que les groupes industriels ? Et est-ce que cette honnêteté implique qu’on utilise les mêmes pratiques de propagande pour influencer les agences et le public ? Est-ce qu’il est honnête d’accuser systématiquement Monsanto sur le glyphosate alors que ce dernier est dans le domaine public depuis 16 ans ? Pourquoi ne pas aussi accuser toutes les autres entreprises et même les agriculteurs qui fabriquent et qui utilisent le glyphosate ? Pendant l’épidémie de Zika, on avait entendu que le virus était associé à l’utilisation d’un pesticide de Monsanto…20

Le pire est que ces groupes écologiques et partisans d’une prétendue alimentation « bio » aggravent les choses. En citant systématiquement Monsanto, les autres entreprises peuvent continuer les mêmes pratiques et le système peut perdurer à jamais. Et même si ces activistes ont la peau de Monsanto dans le futur, alors il y aura 10 autres Monsanto qui prendront sa place à cause de l’absence de réflexion sur une réforme rationnelle et globale du système.

Traduction d’un article de Snopes par Alex Kasprak (Nous avons ajouté quelques paragraphes supplémentaires pour donner plus d’informations)

Sources

1.
Monsanto Is Scrambling To Bury This Breaking Story – Don’t Let This Go Unshared! Food Babe. http://foodbabe.com/2016/11/15/monsanto/. Published November 15, 2016. Accessed November 17, 2016.
2.
Glyphosate General Fact Sheet . Orst.edu. http://npic.orst.edu/factsheets/glyphogen.html. Accessed November 17, 2016.
3.
A. Battaglin W. Glyphosate Herbicide Found in Many Midwestern Streams, Antibiotics Not Common. http://toxics.usgs.gov/highlights/glyphosate02.html. http://toxics.usgs.gov/highlights/glyphosate02.html. Accessed November 17, 2016.
4.
Williams GM, Aardema M, Acquavella J, et al. A review of the carcinogenic potential of glyphosate by four independent expert panels and comparison to the IARC assessment. Critical Reviews in Toxicology. 2016;46(sup1):3-20. doi: 10.1080/10408444.2016.1214677
5.
6.
7.
IARC Monographs Volume 112: evaluation of five organophosphate insecticides and herbicides. IARC. http://www.iarc.fr/en/media-centre/iarcnews/pdf/MonographVolume112.pdf. Published March 20, 2015. Accessed November 17, 2016.
8.
JOINT FAO/WHO MEETING ON PESTICIDE RESIDUES. FAO. http://www.fao.org/fileadmin/templates/agphome/documents/Pests_Pesticides/JMPR/2016_JMPR_Summary_Special.pdf. Published May 16, 2016. Accessed November 17, 2016.
9.
Food Safety: FDA and USDA Should Strengthen Pesticide Residue Monitoring Programs and Further Disclose Monitoring Limitations. GAO. http://www.gao.gov/products/GAO-15-38. Accessed November 17, 2016.
10.
FDA Suspends Testing for Glyphosate Residues in Food | The Huffington Post. The Huffington Post. http://www.huffingtonpost.com/carey-gillam/fda-suspends-glyphosate-r_b_12913458.html. Published November 11, 2016. Accessed November 17, 2016.
11.
Robinson C. Teratogenic Effects of Glyphosate-Based Herbicides: Divergence of Regulatory Decisions from Scientific Evidence. J Environ Anal Toxicol. 2012;01(S4). doi: 10.4172/2161-0525.s4-006
12.
GLYPHOSATE: UNSAFE ON ANY PLATE. Food Democracy Now ! et Detox Project. https://s3.amazonaws.com/media.fooddemocracynow.org/images/FDN_Glyphosate_FoodTesting_Report_p2016.pdf.
13.
Mesnage R, Arno M, Costanzo M, Malatesta M, Séralini G-E, Antoniou MN. Transcriptome profile analysis reflects rat liver and kidney damage following chronic ultra-low dose Roundup exposure. Environmental Health. 2015;14(1). doi: 10.1186/s12940-015-0056-1
14.
DRINKING WATER STANDARDS AND HEALTH ADVISORIES TABLE. FDA. https://www3.epa.gov/region9/water/drinking/files/dwsha_0607.pdf. Accessed November 17, 2016.
15.
Larsen K, Najle R, Lifschitz A, Virkel G. Effects of sub-lethal exposure of rats to the herbicide glyphosate in drinking water: glutathione transferase enzyme activities, levels of reduced glutathione and lipid peroxidation in liver, kidneys and small intestine. Environ Toxicol Pharmacol. 2012;34(3):811-818. [PubMed]
16.
Uren Webster TM, Santos EM. Global transcriptomic profiling demonstrates induction of oxidative stress and of compensatory cellular stress responses in brown trout exposed to glyphosate and Roundup. BMC Genomics. 2015;16(1):32. doi: 10.1186/s12864-015-1254-5
17.
About | Food Democracy Now. Food Democracy Now. http://www.fooddemocracynow.org/about/. Accessed November 17, 2016.
18.
About The Detox Project. The Detox Project. http://detoxproject.org/about-us/. Accessed November 17, 2016.
19.
La cupidité, les mensonges, et le glyphosate : les « Portier Papers ». seppi.over-blog.com. http://seppi.over-blog.com/2017/10/la-cupidite-les-mensonges-et-le-glyphosate-les-portier-papers.html.
20.
Scientists Push Back Against A Viral Conspiracy Theory About Zika. The Huffington Post. http://www.huffingtonpost.com/entry/zika-monsanto-pyriproxyfen-microcephaly_us_56c2712de4b0b40245c79f7c. Published February 16, 2016. Accessed November 17, 2016.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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