Monsanto : Le glyphosate et une roche peuvent vous tuer

Depuis plusieurs jours, les médias français parlent des Monsanto Papers. Un truc risible pour montrer que la pauvre agence du CIRC est attaquée par Monsanto pour avoir classé le glyphosate comme cancérigène. Une incompréhension totale du débat scientifique et une incompétence notoire des médias.


Depuis plusieurs jours, les médias français parlent des Monsanto Papers. Un truc risible pour montrer que la pauvre agence du CIRC est attaquée par Monsanto pour avoir classé le glyphosate comme cancérigène. Une incompréhension totale du débat scientifique et une incompétence notoire des médias.

Dire que le peut provoquer le cancer est aussi ridicule que de dire qu’une roche peut vous tuer. Et c’est vrai, une roche peut vous tuer même si on doit vous la balancer sur votre crâne avec une grande vitesse. Cette analogie permet de comprendre la différence entre le risque et le danger. Et cela permet d’éclaircir le débat sur le glyphosate qui a été totalement perverti par des activistes environnementaux totalement dogmatiques et des médias qui adorent taper sur puisque c’est l’un de leur marronnier.

« Probablement »

Reprenons un peu les faits. Le 20 mars 2015, le CIRC () déclarait que l’herbicide glyphosate était probablement cancérigène ainsi que les insecticides malathion et diazinon.1 Évidemment, on ne parle pas des 2 derniers, car ils n’ont pas le même potentiel anxiogène. Le CIRC a donc classé le glyphosate dans la catégorie 2A. Mais avant, le mot important de ce rapport est probablement qui fait une différence abyssale dans le jargon scientifique. Le rapport de l’agence se base sur des études d’exposition du pesticide sur les humains et les tests en laboratoire sur les animaux. Mais les études d’exposition sont juste des observations empiriques tandis que les tests ont utilisé des données très limitées. Étant donné qu’on va se faire traiter de corrompus par tous les anti-Monsanto, on vous propose la classification 2A selon les termes de l’agence1 :

Group 2A means that the agent is probably carcinogenic to humans. This category is used when there is limited evidence of carcinogenicity in humans and sufficient evidence of carcinogenicity in experimental animals.

Limited evidence means that a positive association has been observed between exposure to the
agent and cancer but that other explanations for the observations (called chance, bias, or confounding) could not be ruled out. This category is also used when there is limited evidence of carcinogenicity in humans and strong data on how the agent causes cancer.

Kwaaaa, des preuves limitées et on pourrait expliquer les mutations par d’autres facteurs tels que le hasard ou d’autres composants ? Et c’est bien le problème. Le CIRC n’est pas une agence remplie d’incompétents notoires (on n’oserait jamais dire ça), mais l’agence base ses conclusions sur le glyphosate, mais également d’autres formules qui contiennent du glyphosate. Pourtant, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) estime que le glyphosate n’est pas cancérigène.2 Pour la bonne et simple raison que cette agence regarde uniquement le glyphosate tandis que le CIRC regarde un ensemble de composants incluant le glyphosate. Donc, il est évident que les conclusions sont biaisées, car si vous voulez prouver que le glyphosate est certainement cancérigène, alors vous devez le tester individuellement. Oui, c’est chiant, mais c’est ce qu’on fait dans la méthode scientifique.

Au passage, la catégorie 2A du CIRC, donc probablement cancérigène, contient également des substances telle la fumée par la combustion du bois et le fait de travailler pendant la nuit et également une boisson sud-africaine appelée Mate. De plus, le CIRC considère également que l’acrylamide est probablement aussi cancérigène. Quoi, c’est un autre pesticide par ce diable de Monsanto ? Non, l’acrylamide est une substance qui apparait quand vous cuisez certains aliments à haute température comme la pomme de terre ou les graines de café… Ouais, les frites, les chips et le café sont probablement cancérigènes si on croit le CIRC. Évidemment, on peut y échapper, mais il faut manger des frites crues et du café non chauffé.

Est-ce que le glyphosate provoque le cancer ?

Est-ce que l’utilisation du glyphosate provoque le cancer ? Si on regarde le consensus scientifique par l’EFSA (Europe), l’ECHA (Europe), l’EPA (Etats-Unis), l’APVMA (Australie), l’EPA (Nouvelle-Zélande), l’ANSES (France), la PMRA (Canada), la JMPR (FAO et OMS), la BfR (Allemagne) sur la base de 3 300 études scientifiques sur 40 ans, alors le glyphosate ne provoque absolument pas le cancer. Le CIRC est la seule agence qui montre un lien probablement cancérigène, mais le CIRC est critiqué par la communauté scientifique.

Mais le CIRC évalue le danger plutôt que le risque. De plus, l’agence a subi les critiques dans son évaluation du glyphosate puisqu’on a découvert que l’un de ses principaux consultants, Christopher Portier, avait des conflits d’intérêts monstrueux avec une firme qui poursuivait Monsanto.

Incompétence des médias français dans toute sa splendeur

Il fallait que le journal Le Monde prouve qu’il est encore un média d’investigation et donc, il nous balance que le Grand Méchant Monsanto serait en guerre ouverte contre le CIRC. Ouais, ce serait une guerre d’information. En fait, Monsanto paierait des scientifiques pour dénigrer la gentille CIRC. Ouais, ouais, elle engagerait même des trolls pour pourrir les flux des réseaux sociaux de ceux qui critiquent l’agence. Dans le journal Le Monde, on n’a pas pu accéder à son dossier puisqu’il est payant. C’est fascinant ces médias. Ils prétendent avoir de l’expertise sur le débat scientifique, mais ils refusent l’accès à leur papier alors que c’est la norme dans la méthode scientifique. Mais dans un éditorial, on peut lire ces âneries3 :

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) considèrent, en effet, le glyphosate non génotoxique et non cancérogène. Sans disqualifier a priori l’existence possible d’un débat scientifique sur le sujet, l’une des explications à cet hiatus est simple : ces agences réglementaires ne fondent pas leurs avis sur le même type de données. Elles accordent un poids déterminant aux études industrielles confidentielles évaluées par des experts parfois anonymes. Des  études dont l’interprétation et les données demeurent, sauf exception, inaccessibles à la communauté scientifique.

T’es sérieux là ? Un poids déterminant aux études industrielles confidentielles par des experts anonymes. Dites donc, bande de dégénérés, vous connaissez des études scientifiques écrites par des anonymes ? Allons voir du côté de l’EFSA comment ils ont obtenu leurs données2 :

The EFSA-led review considered a large body of evidence, including the IARC report. In addition to the original studies submitted by the applicants in line with the legal requirements, all available and
published studies were considered.

IARC included a number of epidemiological studies in its monograph that were absent from the draft EU assessment; these studies were later added to the EU dossier. In total EFSA assessed more evidence including additional key studies that were not considered by IARC.

Donc, les études payées par la méchante Monsanto incluent le rapport du CIRC… L’EFSA a également ajouté toutes les études épidémiologiques par la suite, mais sa conclusion n’a pas changé. Notons que l’EFSA explique parfaitement qu’il a consulté toutes les études scientifiques publiées sur le glyphosate. Et c’est le même son de cloche chez l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques).4 L‘EPA (Agence américaine de la protection de l’environnement) mène actuellement une étude pour évaluer la toxicité du glyphosate.5 Les résultats sont prévus dans le courant de 2017. Mais vous avez tous les sites anti-Monsanto qui disent déjà que l’EPA est corrompue par Monsanto alors que les putains de résultats ne sont même pas encore disponibles. Et c’est la même chose pour les agences de protection de l’environnement au Royaume-Uni, au Japon et même en Amérique latine. Toutes les agences du monde considèrent que le glyphosate n’est pas cancérigène avec les données actuelles sauf le CIRC. Et la science fonctionne sur un faisceau de preuves et non pas sur le principe du face à face.

T’es contre Monsanto ou t’es corrompu

Et pourtant, c’est exactement ce que font les médias français. Ils font ce qu’on appelle un faux dilemme médiatique où il y a le côté des blancs et des noirs et aucune nuance au milieu. Si le CIRC a raison, alors toutes les autres agences sont corrompues. Le journal Le Monde ose même lancer que l’interdiction du glyphosate pourrait détruire Monsanto. C’est étrange puisque ce glyphosate est dans le domaine public depuis 2000 et que les fabricants chinois proposent des dizaines de génériques à base de glyphosate qui sont moins chers que le Roundup, le produit de glyphosate de Monsanto.

Actuellement, les ventes du Roundup représentent environ 23 % du chiffre d’affaires de Monsanto, car ses principaux revenus viennent des OGM.6 Après oui, Monsanto fait du lobbying, mais c’est le cas de toutes les grandes entreprises dans le monde. Chacun défend ses intérêts et c’est le capitalisme qui fonctionne ainsi.

Dans cette affaire, on est dans une pensée dogmatique et sectaire où si on critique le CIRC, on est tout de suite corrompu par Monsanto alors qu’on regarde juste le faisceau de preuves allant dans la non-toxicité pour l’homme du glyphosate dans l’état de l’art. Si cette toxicité est avérée demain, alors on changera d’avis selon les normes scientifiques. Mais jusqu’à preuve du contraire, on doit laisser la place et le temps au débat scientifique. Et n’oubliez pas, les frites et le café sont également cancérigènes. J’attends de voir les « Nestlé Papers » pour la marque Nescafé et les « Pepscico Papers » parce que l’une de ses filiales fabrique les Nacho Cheese Doritos qui sont considérés comme les meilleures chips au monde !

Sources

1.
IARC Monographs Volume 112: evaluation of five organophosphate insecticides and herbicides. iarc.fr. http://www.iarc.fr/en/media-centre/iarcnews/pdf/MonographVolume112.pdf.
3.
« Monsanto Papers » : les leçons d’une enquête. Le Monde.fr. http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/06/03/monsanto-papers-les-lecons-d-une-enquete_5138336_3232.html. Published June 3, 2017. Accessed June 8, 2017.
4.
Glyphosate not classified as a carcinogen by ECHA – All news – ECHA. echa.europa.eu. https://echa.europa.eu/fr/-/glyphosate-not-classified-as-a-carcinogen-by-echa. Accessed June 8, 2017.
5.
Scientific Advisory Panel Report for Glyphosate Available. epa.gov. https://www.epa.gov/pesticides/scientific-advisory-panel-report-glyphosate-available. Accessed June 8, 2017.
6.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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