Le changement climatique peut affamer lentement les Hapalémurs

Une espèce de lémurien, connue comme le Hapalémur, se nourrit exclusivement d’une espèce de bambou. Mais les chercheurs suggèrent que le changement climatique va augmenter la période de la saison sèche en réduisant ainsi leur seule source d’alimentation.


Une espèce de lémurien, connue comme le Hapalémur, se nourrit exclusivement d'une espèce de bambou. Mais les chercheurs suggèrent que le changement climatique va augmenter la période de la saison sèche en réduisant ainsi leur seule source d'alimentation.
Crédit : Jukka Jernvall

Les grands lémuriens de l’espèce des Hapalémurs sont considérés comme l’une des espèces de primates les plus menacées de la planète. Ils mangent presque exclusivement une seule espèce de bambou incluant le tronc boisé connu sous le nom de chaume (la tige). Mais ils préfèrent les pousses de bambou plus nutritives et tendres et ces lémuriens utilisent leurs dents spécialisées pour manger le chaume uniquement quand c’est nécessaire pendant la saison sèche.

Les chercheurs rapportent dans Current Biology que des preuves suggèrent qu’à mesure que le climat de la Terre change, les lémuriens seront progressivement forcés de manger du chaume pendant de plus longues périodes.1 Les chercheurs suggèrent que, sur la base d’une analyse des données anatomiques, comportementales, paléontologiques et climatiques, les lémuriens pourraient lentement mourir de faim.

Dans cette image, le Hapalémur mange une tige de bambou qui est beaucoup plus dure. Il le fait uniquement quand il n'a pas le choix pendant la période sèche, car il préfère les pousses de bambou plus tendre - Crédit : Jukka Jernvall

Dans cette image, le mange une tige de bambou qui est beaucoup plus dure. Il le fait uniquement quand il n’a pas le choix pendant la période sèche, car il préfère les pousses de bambou plus tendre – Crédit : Jukka Jernvall

Pour des animaux spécialisés dans une seule alimentation comme le Hapalémur, le changement climatique peut être un tueur silencieux selon Patricia Wright de l’Université Stony Brook. Wright et ses collègues de Finlande et d’Australie ont d’abord montré que les Hapalémurs sont équipés de dents très complexes et spécialisées comme les pandas géants qui sont le seul autre mammifère capable de se nourrir de chaume. Ces dents leur permettent de consommer et de survivre sur un chaume ligneux pendant une partie de l’année.

Pour en apprendre plus sur les habitudes alimentaires des Hapalémurs, les chercheurs ont passé des heures à les observer dans leur habitat naturel dans le parc national de Ranomafana à Madagascar pendant une période de 18 mois. Ils ont recueilli plus de 2 000 observations d’alimentation au total. Ces données ont montré que les lémuriens passent 95 % de leur temps à manger une seule espèce de bambou ligneux. Mais ils ne mangent le chaume qu’entre août et novembre pendant la saison sèche.

Une analyse de la distribution actuelle du Hapalémur à Madagascar, par rapport à sa distribution dans le passé dans le registre fossile, suggère que les lémuriens vivaient auparavant dans une aire plus large. Les Hapalémurs restent seulement dans les parties de l’île où la saison sèche est relativement courte. En d’autres termes, il semble qu’une courte saison sèche ait été cruciale pour la survie des plus grands Hapalémurs dans le passé.

Mais les chercheurs ont de mauvaises nouvelles. Les modèles climatiques suggèrent que les zones où se trouvent actuellement les lémuriens sont susceptibles de connaître des saisons sèches de plus en plus longues à l’avenir. Comme les lémuriens n’ont plus que du chaume pendant de longues périodes, leur survie pourrait être menacée.

Le petit d'un Hapalémur - Crédit : Jukka Jernvall

Le petit d’un Hapalémur – Crédit : Jukka Jernvall

Les résultats peuvent avoir des implications sur le sort des pandas géants qui se nourrissent également de bambou. Les pandas géants sont menacés par la déforestation et les changements dans la répartition du bambou. Mais les nouvelles données suggèrent qu’un changement climatique peut également mettre en danger les mangeurs de bambou d’une manière plus subtile en affectant la disponibilité saisonnière des espèces de bambou plus nutritives. D’autres animaux, ayant des régimes hautement spécialisés, peuvent être également vulnérables.

En étudiant des animaux spécialisés dans une seule alimentation comme le Hapalémur, nous pouvons identifier les différentes façons dont le changement climatique peut provoquer l’extinction selon l’auteur Jukka Jernvall de l’Université d’Helsinki. Et si nous n’étudions pas ces espèces en voie de disparition aujourd’hui, alors elles pourraient disparaître avant que nous ne connaissions toutes les raisons qui peuvent affecter leur survie.

Les chercheurs estiment qu’ils espèrent désormais que cette compréhension des Hapalémurs ainsi que celles sur les prévisions climatiques peuvent être appliquées à la construction de corridors de bambous dans le but de relier les populations de lémuriens isolés et d’élargir leurs habitats.

Sources

1.
« Feeding Ecology and Morphology Make a Bamboo Specialist Vulnerable to Climate Change. Cu. http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2017.09.050.
N'oubliez pas de voter pour cet article !
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (3 votes, moyenne : 5,00 sur 5)
Loading...
mm

Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *