Les lémuriens sont étranges à cause des fruits à Madagascar

Une recherche suggère que les lémuriens ont développé un régime très différent des autres primates à cause de la caractéristique des fruits de Madagascar. Ces fruits sont une faible teneur en azote ce qui a incité les lémuriens à se tourner vers les feuilles.


Un Microcebus, une espèce de lémurien - George Selley
Un Microcebus, une espèce de lémurien - George Selley

Les lémuriens appartiennent à la famille des , mais leur morphologie peut être étrange. On les trouve seulement à et ils se battent en sécrétant de la pâte malodorante de leurs épaules et en utilisant leur queue pour dissiper l’odeur de leurs rivaux. Certaines espèces de lémuriens deviennent inactives ou hibernent quand la nourriture est rare et d’autres espèces mangent jour et nuit pour obtenir suffisamment de nutriments. Une autre chose qui les distingue est leur régime alimentaire. La plupart des primates mangent un régime riche en fruits, mais les lémuriens mangent principalement des feuilles. Une nouvelle étude publiée dans Scientific Reports met en lumière pourquoi les lémuriens ne mangent pas autant de fruits que leurs cousins primates et pourquoi ont-ils développé ces comportements alimentaires étranges. La clé du problème est les fruits à Madagascar qui contiennent trop peu de protéines.

Les lémuriens représentent les espèces extrêmes et les plus étranges dans le monde des primates selon Abigail Derby Lewis, écologiste spécialiste de la conservation au Field Museum de Chicago et l’un des auteurs de l’étude. Cette étude consiste à analyser pourquoi nous voyons certains modèles dans le monde.

Les scientifiques savent depuis longtemps que les régimes des lémuriens sont exceptionnellement riches en feuilles pour des primates. Les hypothèses vont de la pénurie de nourriture aux fréquents cyclones à Madagascar qui augmente la difficulté pour les lémuriens de trouver tous les fruits dont ils ont besoin. Toutefois, la nouvelle étude indique une autre explication pour les régimes étranges des lémuriens qui est des fruits qui sont trop faibles en protéines.

Le Lémur fauve - Crédit : Marco Campera

Le Lémur fauve – Crédit : Marco Campera

Les protéines, qu’elles soient consommées à partir de viande ou de fruits, sont essentielles à la constitution et à la survie d’un organisme. Les protéines sont des chaînes de produits chimiques connues comme des acides aminés avec différentes séquences utilisées pour différentes fonctions allant de la construction des muscles au transport de l’oxygène.

Dans cette étude, les scientifiques ont comparé la quantité de protéines dans les fruits provenant de 62 sites forestiers en Afrique, en Asie et dans les Amériques. Ils ont examiné la quantité d’azote dans les fruits puisque l’azote est le principal ingrédient dans les protéines. Derby Lewis a recueilli des données en Équateur en recueillant des restes de fruits abandonnés par des singes hurleurs et en grimpant sur des arbres pour ramasser des morceaux de fruits. Ces échantillons, ainsi que d’autres provenant du monde entier, ont été envoyés à l’Université de Hambourg et analysée pour leur contenu nutritionnel incluant compris le pourcentage de protéines et le rapport protéine-fibre.

L’équipe a constaté une corrélation entre la quantité d’azote dans les fruits d’une région donnée et la tendance des animaux à compter sur les fruits pour leur alimentation. Dans les Amériques, où le fruit était riche en azote, les animaux mangeaient plus de fruits que les animaux d’Afrique et d’Asie. Les fruits de Madagascar possédaient le moins d’azote et la plupart des lémuriens se débrouillent sans beaucoup de fruits dans leur régime.

Ces résultats ont conduit les scientifiques à suggérer que la quantité d’azote dans les fruits de Madagascar était une force motrice dans l’évolution comportementale des lémuriens. Comme les lémuriens ne pouvaient pas obtenir les protéines dont ils avaient besoin à partir des fruits, ils ont développé d’autres moyens en mangeant plus de feuilles, en hibernant pour conserver leur énergie et en mangeant 24 heures sur 24 pour obtenir les nutriments dont ils avaient besoin.

Nos résultats ajoutent une dimension supplémentaire aux hypothèses existantes qui décrivent l’île de Madagascar comme un environnement écologiquement difficile pour les primates selon Guiseppe Donati de l’Université Oxford Brookes, auteur principal de l’étude. La faible qualité nutritionnelle des fruits à Madagascar a incité les lémuriens à différencier leur régime alimentaire et à développer certains des traits uniques que nous pouvons voir aujourd’hui.

Derby Lewis souligne l’importance de cette étude du point de vue de la conservation. Les lémuriens sont le groupe de mammifères le plus menacé de la planète et on doit comprendre leur régime alimentaire, mais également leur structure sociale et cognitive pour avoir des approches de protection efficaces selon Derby Lewis. De plus, une base de connaissances plus approfondie concernant les facteurs qui ont pu façonner les comportements alimentaires de nos cousins est un objectif important pour comprendre comment et pourquoi les humains ont-ils adopté certaines pratiques alimentaires.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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