Des scientifiques chinois ont modifiés génétiquement des embryons humains



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On a confirmé les rumeurs sur la modification d’embryons humains et ses implications sur l’aspect éthique.


 

Dans une première mondiale, des scientifiques chinois ont modifié les génomes d’embryons humains. Les résultats ont été publié dans le journal Protein & Cell et ils confirment la rumeur que de telles expériences ont déjà été menés. Et cela ranime des débats concernant les implications éthiques sur ce sujet sensible.

Dans leurs travaux, les chercheurs menés par Junjiu Huang, un chercheur dans la fonction de gènes de l’université Sun Yat-sen à Guangzhou, a tenté de minimiser l’aspect éthique en utilisant des embryons non-viables. Ces embryons ne peuvent pas donner de naissances et ils ont été obtenus d’une clinique de fertilité. L’équipe a tenté de modifier le gène responsable de la Beta thalassemia qui est un trouble sanguin qui peut être fatal. La modification du gène a été effectué par une technique qu’on appelle CRISPR/Cas9. Les chercheurs ont déclaré que leurs résultats ont révélés de sérieux obstacles en utilisant cette méthode dans les applications médicales.

George Daley, un biologiste des cellules souches à la Harvard Medical School, a déclaré que c’est la première fois qu’on utilise le CRISPR/Cas9 dans un cas de pré-implantation d’embryons humains et que cela doit être considéré comme un tournant, mais également un signe d’avertissement. Cette étude doit servir d’avertissement à n’importe quel practicien qui pense que cette technologie est prête pour supprimer les gènes responsables des maladies.

Certains estiment que la modification de gènes d’embryons humains est très prometteuse dans le futur parce que cela permettrait de supprimer des maladies graves avant même que l’enfant vienne au monde. D’autres estiment que ce type d’expérience franchit une limite dans l’éthique. En mars 2015, des chercheurs ont déjà averti que la modification d’embryons, qu’on connait aussi comme la modification germinale, est héréditaire et qu’on ignore ses effets sur les générations futures. Ces chercheurs estiment que toute modification de gènes dans les embryons humains est une pente dangereuse qui peut mener à un abus de la technique qui ne ne serait pas éthique et qui pourrait être dangereux pour la santé. Cette expérience, au delà de ses résultats, ranime un long débat sur la modification des embryons humains et on a d’autres rapports sur le fait que d’autres groupes de chercheurs font aussi des expérimentations avec les embryons humains.

Le gène problématique

La technique utilisée par l’équipe de Huang implique d’injecter l’enzyme complexe CRISPR/Cas9 dans l’embryon ce qui lie et fractionne l’ADN à certains endroits. Cette enzyme complexe peut être programmée pour viser un gène qui pose problème en le remplaçant par une autre molécule qui est introduite en même temps. Ce type de processus a déjà été étudié dans des cellules d’adultes humains et celles des animaux, mais on ne l’a jamais fait sur des embryons.

Huang et ses collègues veulent voir si cette procédure peut remplacer un gène dans une mono-cellule d’un embryon humain. De ce fait, toutes les cellules produites pendant le développement de l’embryon posséderaient le gène qui a été réparé. Les embyrons qu’ils ont obtenus de la clinique de fertilité ont été crée pour être utilisé dans l’insémination in-vitro, mais ces embryons possédaient des chromosomes supplémentaires qui est le résultat d’une fertilisation par 2 spermes. Cela empêche l’embryon d’être viable (pour la naissance) tout en permettant les premiers stades du développement. Le groupe de Huang a étudié les possibilités du système pour modifier le gène appelé HBB qui est utilisé pour encoder la protéine humaine Bétaglobine. Ce sont des mutations dans ce gène qui provoquent la Beta Thalassameia.

Des obstacles sérieux

L’équipe a fait des injections dans 86 embryons et ils ont attendu 48 heures qui est le temps nécessaire pour que le système CRISPR/Cas9 et les molécules remplacent l’ADN manquant et que l’embryon puisse produire 8 cellules. Sur les 71 embryons qui ont survécus, 54 ont été testé génétiquement et cela a révélé que 28 d’entre eux ont pu être séparés avec succès et c’est seulement une fraction des embryons qui possédaient le gène de remplacement. Huang a déclaré que si on veut le faire dans des embryons normaux, alors on doit être proche d’un succès de 100 %. Les chercheurs ont arrêté l’expérience parce qu’ils pensent que la technique est encore trop immature.

L’équipe a aussi découvert un certain nombre de mutations qui n’étaient pas prévus et qui ont été introduits par l’enzyme complexe CRISPR/Cas9. Et ces mutations affectaient d’autres parties du génome. Et c’est précisément ce type d’effet qui est la crainte des détracteurs de cette technique pour modifier des gènes d’embryons humains. Ces mutations non-désirés peuvent être dangereuses. De plus, Huang ajoute qu’ils n’ont détectés qu’une partie des mutations parce que leur expérience ne concernait qu’une portion du génome qu’on connait comme l’exome. On aurait trouvé de nombreuses autres mutations si on avait étudié tout le génome.

Les problèmes d’éthique

Huang a déclaré que son article a été rejeté par les revues Nature et Science à cause des problèmes éthiques. Huang ajoute que la plupart des critiques concernaient les faibles chances de succès et de la quantité élevée des mutations non-désirés et que cela pourrait être lié parce qu’ils ont utilisés des embryons anormaux dans l’expérience. Huang accepte ces critiques, mais il estime qu’il n’y aucune expérience qui a été menée sur des embryons normaux et on ne peut pas déterminer si la technique aurait donné de meilleurs résultats sur des embryons normaux.

De plus, il maintient que cet embryon permet de prédire un modèle plus fiable et plus proche d’un embryon humain normal que celui d’un animal ou en utilisant des cellules adultes humaines. Nous voulions montrer nos données au monde pour que les gens comprennent ce qui s’est vraiment passé avec ce modèle plutôt que d’en parler sans les données à l’appui.

Mais Edward Lanphier, l’un des scientifiques qui a déjà averti sur ce type d’expérience a déclaré : Cela montre ce que nous disions dans le passé. Nous avons besoin d’arrêter temporairement cette expérience et d’avoir un grand débat sur la direction que nous allons prendre dans ce domaine. Edward Lanphier est le président de Sangamo BioScience à Richmond en Californie qui utilise des techniques de modification de gène sur des cellules humaines adultes.

Le prochain objectif de Huang sera de réduire les mutations non-désirés en utilisant des cellules humaines adultes ou des modèles d’animaux. Il pense à différentes techniques telles que modifier les enzymes pour les guider précisément à l’endroit désiré ou en introduisant les enzymes dans un format différent qui pourrait réguler leur durée de vie afin de réduire l’accumulation de mutations non-désirés. Il pense également à utiliser une autre technique que la CRISPR/Cas9. Parmi ces autres techniques, on a un système appelé TAKEN qui est connu pour son faible niveau de mutations.

Le débat sur la modification des embryons humains va faire encore rage pendant de nombreuses années. Et la CRISPR/Cas9 est connu pour sa facilité d’utilisation et Lanphier a peur que d’autres scientifiques lancent des expériences en se basant sur les travaux de Huang. Cette technique est assez accessible pour que n’importe quel scientifique dans le monde pourrait faire ce qu’il veut. Des sources proches de la communauté scientifique chinoise estiment qu’il y a au moins 4 groupes dans le pays qui travaillent sur la modification des gènes d’embryons humains.

 

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Houssen Moshinaly

Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009 et vulgarisateur scientifique.

Je m'intéresse à tous les sujets scientifiques allant de l'Archéologie à la Zoologie. Je ne suis pas un expert, mais j'essaie d'apporter mes avis éclairés sur de nombreux sujets scientifiques.

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