Le NIH va financer les chimères génétiques

Après un moratoire datant de l’année dernière, le NIH revoit sa position sur le financement des recherches liées aux chimères génétiques. Une volte-face opportuniste pour éviter d’être laissé sur le carreau face à la Chine qui investit énormément dans la génétique de pointe.


Les Etats-Unis, par l'intermédiaire du NIH, vont financer les recherches sur les chimères génétiques sous certaines conditions.

Depuis septembre 2015, le NIH (National Institutes of Health) ne finançait plus les recherches liées aux chimères animales-humaines ou encore les chimères génétiques. Une chimère est le résultat de cellules humaines qu’on ajoute dans des embryons d’animaux tels que des moutons ou des porcs. Ainsi, on supprime chimiquement la capacité d’un animal à développer un organe pour que les cellules humaines prennent le relais. De cette manière, l’animal peut posséder ou un plusieurs organes humains. Le potentiel est gigantesque que ce soit pour l’amélioration de la , le test de médicaments, mais surtout pour fournir des organes abordables et en quantité illimitée.

Mais la recherche sur les chimères génétiques est très controversée et les spécialistes de l’éthique estiment que c’est une étape bien trop grande dans l’état actuel de la recherche. C’est pourquoi le NIH ne finançait pas les recherches sur les chimères. Mais des chercheurs américains ont déclenché une fronde en estimant qu’ils ne respecteraient pas l’interdiction en allant chercher le financement dans le secteur privé. Et actuellement, des laboratoires développent des chimères animales-humaines même si les spécimens sont détruits au bout de quelques jours pour éviter les mauvaises surprises.

Le NIH va donc financer ces recherches sous des conditions très strictes. On pourra implanter des cellules humaines dans des embryons de primates non humains, mais l’embryon devra être détruit avant le développement de son système nerveux. C’est pour éviter que des cellules humaines puissent faire partie du cerveau de la . Le NIH interdit également de croiser des animaux avec des cellules humaines, par exemple, pour empêcher qu’un embryon humain puisse se développer dans un utérus non humain, car cela pourrait provoquer la naissance d’un animal qui serait plus humain que ses parents.

Et la réaction de la communauté scientifique est plutôt mitigée. Steven Goldman, un neuroscientifique de l’université de Rochester, estime que le moratoire de 2015 était exagéré, mais que ces nouvelles règles sont plus intelligentes par rapport au point de vue de la recherche. Mais Ali Brivanlou, un biologiste développemental de l’université de Rockefeller, estime que le NIH se concentre sur le mauvais problème. Plutôt que de limiter le délai de modification, on aurait dû limiter le pourcentage de cellules humaines dans un embryon animal. Pour le moment, ce pourcentage est de 5 % de cellules humaines dans l’animal. Mais qu’est-ce qui se passe si on ajoute 40 % ?

Francoise Baylis, une bioéthicienne de l’université de Dalhousie, estime que les chimères génétiques provoquent des problèmes qui ne sont pas traités par le NIH. Actuellement, les personnes et les animaux sont les 2 seuls types de recherche et on a une distinction claire entre les deux. Mais avec une chimère, les chercheurs créent une catégorie qui n’est pas dictée par une directive de recherche. Est-ce qu’on doit les traiter comme des animaux non humains comme si rien ne s’était passé ?

Le Royaume-Uni interdisait également la recherche sur les chimères génétiques même si on reçoit un financement privé. Mais de nouvelles lois en janvier 2016 mentionnent que certains types de chimères pourraient être autorisés à condition que ces chimères ne possèdent pas des caractéristiques propres aux humains tels que la main ou le visage.

On voit une certaine fébrilité dans l’attitude des agences américaines et anglaises. D’un coté, ces structures bureautiques ont dû mal à appréhender et à légiférer sur les domaines génétiques les plus pointus et de l’autre coté, ces agences ne peuvent pas laisser leurs propres chercheurs se faire distancer par un pays comme la Chine. Actuellement, la Chine n’est pas la plus avancée en génétique, mais les législations sont très souples. Et les Américains et les Anglais sont obligés de suivre la cadence. L’année dernière, des chercheurs chinois avaient créé un tollé parmi la communauté scientifique en faisant des modifications génétiques dans des embryons humains. Quelques mois plus tard, l’Angleterre accordait sa première autorisation de recherche sur le même type de modification et les États-Unis ont suivi par la suite.

 




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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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