La recherche scientifique débarque sur le Dark Web

Après avoir été supprimé l’année dernière, un site revient sur le Dark Web. Est-ce qu’il proposait des films, des musiques ou des jeux piratés ? Non, ce site proposait gratuitement des recherches et des articles scientifiques qui sont verrouillés par des éditeurs tels que Elsevier.


Sci-Hub et Library Genesis débarquent sur le Dark Web et ils dénoncent le système verrouillé de la recherche scientifique.

Il y a une bataille qui fait rage sur le fait si la doit être gratuite et c’est en train de transpirer sur le Dark Web. La plupart des articles et des recherches scientifiques sont verrouillés derrière des abonnements qui sont exorbitants. Et à moins d’avoir accès à un réseau d’une université, vous devez payer environ 30 dollars pour accéder à chaque article. De nombreux scientifiques estiment que ce système a permis d’enrichir des éditeurs tels que Elsevier. Elsevier est une entreprise qui contrôle plus de 2 000 revues scientifiques et qui est capitalisée à plus de 31 milliards de dollars. Mais ce contenu payant ne profite ni aux scientifiques qui ont mené la recherche, ni au public. D’autres estiment que les articles scientifiques gratuits pourraient être bâclés, car il n’y aurait plus d’évaluateurs pour tester la rigueur des travaux.

Il y a quelques années, une étudiante au Kazakhstan a décidé de rendre publics une grande partie des travaux scientifiques. Cette étudiante, Alexandra Elbakyan, a développé Sci-Hub, un outil en ligne qui permettait aux utilisateurs de télécharger gratuitement des recherches scientifiques qui étaient derrière un Paywall.

Sci-Hub utilise les réseaux des universités pour accéder aux papiers disponibles sous abonnement. En général, les universités ignoraient que leurs comptes étaient utilisés pour les téléchargements. Quand un utilisateur demande un article payant à Sci-Hub, le service le télécharge depuis une université qui possède un accès à la revue payante. Quand le service envoie l’article à l’utilisateur, il garde également une copie sur son serveur. Ainsi, si un autre utilisateur demande la même recherche scientifique, alors il recevra la copie en cache.

Évidemment, l’initiative d’Elbakyan a attiré les foudres des éditeurs. L’année dernière, Elsevier a poursuivi Sci-Hub et un autre site web appelé Library Genesis en justice pour avoir violé son droit d’auteur. Elsevier a déclaré que les 2 sites opéraient un réseau international de piratage afin d’accéder illégalement aux travaux qui sont dans la base de données de ScienceDirect. Le juge a donné raison à l’éditeur et le nom de domaine sci-hub.org a été suspendu. Mais le service est réapparu sous un autre nom de domaine.

On peut penser que ce nouveau domaine sera supprimé, mais Sci-Hub sera toujours accessible via le Dark Web. Cela signifie qu’il est hébergé sur des sites du réseau Tor. Un site sur le réseau TOR est quasiment impossible à suspendre et on ne peut pas identifier les utilisateurs et les webmestres du site. Notons que le FBI a pu supprimer la plateforme Silk Road qui était sur le réseau Tor. Mais il a fallu l’intervention conjointe de la NSA et du FBI pour arrêter Silk Road et il serait surprenant que les agences fédérales déploient autant de ressources pour Sci-Hub qui proposent uniquement des articles scientifiques. Mais pourquoi prendre le risque de faire face à des poursuites en publiant gratuitement des recherches scientifiques ? Dans une lettre envoyée au tribunal de New York où elle a été poursuivie, Elbakyan a déclaré que c’est son expérience d’étudiante qui l’a incité à le faire. Le fait de payer jusqu’à 30 dollars pour un seul article est tout simplement insensé quand un chercheur a besoin d’accéder à des dizaines ou des centaines d’articles.

Elbakyan estime que le libre accès vers la recherche scientifique permet de promouvoir l’indépendance des chercheurs. Aujourd’hui, les abonnements aux revues sont exorbitants et une seule personne ne peut jamais les payer. Vous avez besoin de rejoindre une institution prestigieuse ce qui fait que vous avez besoin d’adopter des normes qui suppriment votre créativité. De plus, Sci-Hub et Library Genesis reçoivent le soutien d’une grande partie de la communauté scientifique incluant les auteurs dont les contenus sont disponibles sur le Dark Web.

En 2012, durant une période de boycott d’Elsevier, même l’université d’Harvard a annoncé qu’elle avait dû mal à payer les abonnements des grands éditeurs. Nous faisons la recherche, nous écrivons les papiers, nous citons les papiers des autres chercheurs, nous avons des conseils éditoriaux et nous faisons tout ça gratuitement. Ensuite, quand nous voulons revoir nos résultats, nos devons payer des prix scandaleux pour notre propre travail selon un ancien responsable d’Harvard. Des boycotts et des mouvements pour l’ continuent de fleurir dans les universités et les communautés scientifiques.

Après la poursuite judiciaire d’Elsevier contre Sci-Hub, un groupe de chercheurs, d’auteurs et d’artistes ont créé un site avec une lettre ouverte pour supporter Sci-Hub. Comparant Elsevier à l’homme d’affaires avide dans Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, le groupe écrit que cette poursuite était un éveil sans précédent et un choc pour la communauté scientifique. Selon cette lettre ouverte, le système de publication scientifique est complètement en faillite. Il dévalue les auteurs, les éditeurs et les lecteurs. Il parasite notre travail et il bloque notre engagement envers le public et il nous refuse le succès.

Il y aura toujours des techniques pour accéder gratuitement à la recherche scientifique. Et on peut le faire sans des sites comme Sci-Hub. Certains techniques sont moins complexes que le site d’Elbakyan. Par exemple, les chercheurs et les académiciens utilisent souvent le hashtag #icanhazpdf pour demander des articles verrouillés sur Twitter. Il y a même une recherche qui analyse ce phénomène et elle est disponible gratuitement.

Mais le processus ingénieux de Sci-Hub automatise le processus, car on n’a plus besoin de quémander un article sur Twitter et que cela permet d’éviter de dire à tout le monde qu’on recherche des travaux scientifiques piratés. Sci-Hub sur le Dark Web permet d’éviter qu’une nouvelle action judiciaire puisse menacer l’initiative. La recherche scientifique doit être disponible librement. Et ce n’est pas une question de principe, mais d’éthique et même de méthologie scientifique. La plupart des travaux verrouillent également les données de ces travaux. De ce fait, on ne peut pas les reproduire sans payer l’abonnement. Cela empêche également le public d’avoir sa propre opinion en lisant directement les travaux. Au final, l’évaluation des pairs est nécessaire, mais elle ne peut pas justifier ce type de verrouillage, car elle empêche l’accès de la connaissance scientifique en général. Ce qui fait que l’évaluation produit l’effet contraire en créant un cercle vicieux dans la publication scientifique. Cela renforce également le phénomène de publier ou mourir puisque les scientifiques se font une compétition acharnée pour être publié.

Source : The Atlantic

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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