La sinistre réputation de la planche Ouija

Derrière la réputation sinistre de la planche Ouija, on a l’avènement du mouvement du spiritualisme, mais également sa diabolisation par l’Église catholique sans oublier des films comme l’Exorciste.



La plupart d’entre nous ont des notions assez vagues sur la qui prétend qu’on peut l’utiliser pour communiquer avec les esprits des défunts. Mike Flanagan, avec son nouveau film, Ouija, l’origine du mal, va redonner du grain à moudre aux partisans de la . Ce film raconte l’ d’une veuve et de ses 2 filles qui trompait des personnes en leur faisant croire qu’elles pouvaient entrer en contact avec les morts. Par la suite, la cadette découvre une ancienne planche Ouija pour entrer en contact avec son père défunt et elle se fait posséder par des démons. Mais la planche Ouija n’a pas toujours eu cette réputation sinistre. En fait, cette planche est le symbole de l’avènement du , un mouvement du 19e siècle qui est connu pour ses visions optimistes sur le futur et la vie après la mort. Avec le déclin de ce mouvement, la Ouija est devenue une sorte de jeu de société, mais au 20e siècle, l’Église catholique et les films de possession démoniaque lui ont redonné une seconde vie teintée de ténèbres et de démons en tout genre.

Des origines spirituelles

Le Spiritualisme est un mouvement qui a commencé dans la ville de Hydesville dans l’état de New York en 1848 lorsque 2 soeurs, Kate et Maggie Fox ont prétendu qu’elles entendaient des claquements dans leur maison. Personne ne pouvait comprendre l’origine des bruits et ces claquements se sont reproduits dans d’autres maisons que les soeurs visitaient. Sans aucune source apparente, les claquements étaient attribués aux esprits et ces derniers répondaient aux questions des soeurs.

Les soeurs Fox sont devenues des célébrités du jour au lendemain et le Spiritualisme, un mouvement religieux qui se base sur la communication avec les morts était né. Ce mouvement s’est propagé à travers l’Atlantique et en Amérique du Sud, mais sa popularité a crevé le plafond pendant la Guerre de Sécession. La guerre la plus meurtrière des États-Unis a incité de nombreuses familles à contacter les personnes mortes au combat. Elles cherchaient du confort auprès de médiums comme les soeurs Fox qui pouvaient parler avec les morts. En 1893, le spiritualisme est devenu une religion officielle et en 1897, le New York Times rapportait qu’il y avait 8 millions de pratiquants de ce mouvement dans le monde.

La diabolisation de la Ouija par les chrétiens

La diabolisation de la Ouija par les chrétiens

Dès l’origine du mouvement, les chrétiens ont considéré que le spiritualisme était de la sorcellerie déguisée. Mais les spiritualistes étaient rarement morbides ou sombres. Andrew Jackson Davis, un écrivain spiritualiste, a même remis en cause la définition de l’enfer en arguant que les morts entraient dans une sorte de Summerland paisible et magnifique dans l’au-delà. Les spiritualistes soutenaient également des causes progressistes comme l’abolition, la tempérance et le vote des femmes.

À leur apogée, les spiritualistes ont développé de nombreux techniques et appareils pour parler aux morts. Les premiers spiritualistes ont pratiqué ce qu’on surnomme l’appel alphabétique dans lequel la personne répétait l’alphabet jusqu’à ce que l’esprit frappe pour une lettre précise. Cette méthode a créé une demande pour avoir des moyens efficaces pour communiquer avec les morts.

Certains médiums se sont engagés dans l’écriture automatique. Le médium entre dans un état de transe qui permet aux esprits de guider sa main lorsqu’il écrit de messages (un phénomène qui apparait dans le film). Allan Kardec, un spiritualiste français a rapporté que durant une séance en 1853, les esprits ont suggéré que les participants collent un stylo dans un panier inversé. Cela permettait à n’importe qui de placer ses mains dans le papier pour aider les esprits à guider le stylo. Ce panier a évolué pour devenir une planchette.

Une chanson de 1853 intitulée "Spirit Rappings" pour capitaliser la popularité du spiritualisme au 19e siècle.

Une chanson de 1853 intitulée “Spirit Rappings” pour capitaliser la popularité du spiritualisme au 19e siècle.

En 1886, les spiritualistes avaient amélioré la planche. Les stylos ont été abandonnés et la planchette était combinée avec une planche qui possédait l’alphabet. Il existait plusieurs modèles de ces planches parlantes. Brandon Hodge est l’un des meilleurs collectionneurs dans ce domaine. Historien inépuisable sur ces appareils, il possède plus de 200 planchettes ainsi que des planches parlantes.

La planche Ouija qu’on connait aujourd’hui a été brevetée par la Kennard Novelty Company en 1891. Helen Peters, la belle-soeur de l’un des fondateurs de l’entreprise, a demandé des conseils à la planche sur le nom du modèle et elle a reçu une réponse mystérieuse avec “Ouija“. En 1882, William Fuld est devenu le superviseur de l’entreprise. Fuld est devenu riche avec la planche Ouija et il a fabriqué plusieurs usines. Étrangement, il est mort en 1927 en tombant du toit d’une de ces usines que la planche lui avait demandé de fabriquer.

Du jeu de société à la porte des enfers

Au 20e siècle, le spiritualisme était sur le déclin principalement à cause des arnaques. Même si la plupart des médiums prétendaient avoir des expériences subjectives de pendant leurs états de transe, on avait aussi des médiums physiques. Ces derniers élaboraient des arnaques sophistiquées pour convaincre leur audience d’une rencontre physique avec le . Certains de ces arnaques telles que le fait de cacher des enfants dans des placards pour qu’ils fassent du bruit ou déplacent les objets sont dépeintes dans le film de Flanagan. En 1940, l’association nationale de spiritisme a banni les médiums physiques. Mais le mal était fait, et à cette époque, vous étiez un imbécile si vous pensiez que vous pouviez parler aux morts.

Par la suite, la planche Ouija fut considérée comme un jeu de société avec très peu de connexions avec l’occultisme. Mais pendant la Première Guerre mondiale, la popularité de la Ouija a grimpé de nouveau en flèche grâce aux campus. Bill Ellis, spécialiste du folklore, a rapporté en 1920 que la planche Ouija était une menace nationale sérieuse.

Dans le même temps, de nombreux catholiques américains, qui priaient les saints, ont été attirés par le spiritualisme. Et les autorités religieuses ont réagi au quart de tour pour combattre cet exode. J. Godfrey Raupert était un enquêteur psychiatrique qui prétendait prouver le spiritualisme sur une base scientifique, mais il s’est converti au catholicisme et il a renoncé à son projet. Le pape Pie X a demandé à Raupert d’avertir les catholiques sur la planche Ouija. En 1919, il a publié un livre intitulé La nouvelle magie noire et la vérité sur la planche Ouija (The New Black Magic and the Truth About the Ouija Board).

Dans ce livre, on peut lire que la planche ne doit pas être tolérée dans les maisons chrétiennes et qu’elle doit rester à l’écart des jeunes. Mais en dépit de ces avertissements, les ventes étaient en hausse. On a eu un pic de ventes en 1960 quand la planche Ouija fut boostée par la contre-culture et l’intérêt dans l’occultisme et le symbole de cette popularité est que la Ouija a surpassé les ventes du Monopoly pendant une courte période.

Mais c’est surtout le livre L’exorciste de Peter Blatty en 1971 et son adaptation cinématographique en 1973 qui ont cimenté définitivement la sinistre réputation de la Ouija. Blatty a écrit son histoire sur un cas prétendu de possession démoniaque d’un garçon dans le Maryland en 1949. Selon le “journal” rapporté par des prêtres jésuites que Blatty a rencontré à l’université de Georgetown, le garçon a été initié à la planche Ouija par une tante intéressée par le spiritualisme. Les premiers signes de la possession ont commencé après la mort de sa tante. Le livre de l’exorciste a utilisé ces détails et il a comblé les manques. Le résultat fut aussi explosif que spectaculaire, car la nation entière fut obsédée par l’exorcisme et la possession démoniaque.

Le film Ouija: Origin of Evil rend hommage au film de l’exorciste. La bande-annonce montre une jeune fille dans un arc hystérique rappelant les fameuses contorsions de premier film. Cette position a été popularisée en premier par Jean-Martin Charcot, un neurologue français, qui avait photographié des femmes en hystérie et il avait suggéré que ce trouble était provoqué par une possession démoniaque.

Paradoxalement, cette réputation démoniaque a renforcé la popularité de la planche Ouija chez les adolescents. La planche n’était plus un moyen de parler avec les morts, mais une solution pour conjurer les forces du mal et les écarter de sa maison. Ellis suggère qu’étant une fenêtre dans le monde démoniaque, la planche Ouija permet aux adolescents de participer directement au mythe. Dans ce sens, c’est une expérience quasi-religieuse puisque la planche conjure un anti-monde démoniaque que de braves adolescents peuvent défier et rejeter. Si vous êtes dans ce cas, mais que vous ne voulez pas trop vous rapprocher des démons, alors vous pouvez simplement aller voir le film.

Traduction d’un article de The Conversation par Joseph P. Laycock, professeur adjoint en études religieuses à l’université du Texas.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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